L’évolution des migrations incite l’Eglise à des précisions

Rome: Instruction vaticane à propos des relations entre chrétiens et musulmans

Rome, 14 mai 2004 (Apic) Dans une instruction publiée le 14 mai 2004, le Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement a souhaité préciser les relations entre chrétiens et musulmans, soulignant «l’importance du principe de réciprocité» en ce qui concerne leurs droits et leurs devoirs. Le document émet un certain nombre de précisions à propos des mariages entre un musulman et une catholique, de l’émigration, des pays d’accueil et du dialogue interreligieux.

Cette longue instruction intitulée «Erga migrantes caritas Christi» (la charité du Christ envers les migrants) souhaite «mettre à jour la pastorale des migrants, en tenant compte des nouveaux flux migratoires et de leurs caractéristiques». Elle souhaite aussi être «une réponse ecclésiale aux besoins pastoraux des migrants, pour les conduire à leur tour, à transformer l’expérience migratoire en une occasion, non seulement de développer leur vie chrétienne, mais aussi de nouvelle évangélisation et de mission».

S’arrêtant au fil de son texte sur «les relations entre chrétiens et pratiquants d’autres religions», le Conseil pour la pastorale des migrants a insisté sur le fait que «le principe de réciprocité revêt une grande importance». «Il s’agit non pas d’une attitude purement revendicatrice, est- il précisé, mais d’une relation fondée sur le respect mutuel et sur la justice dans les traitements juridiques et religieux». Le Conseil pense «notamment aux nombreux migrants chrétiens vivant dans des pays où la population est majoritairement non chrétienne et où le droit à la liberté religieuse est fortement restreint ou violé».

A côté des convergences entre l’islam et le christianisme, est-il présenté, «il existe aussi des divergences, dont certaines concernent les acquis légitimes de la modernité». «Soucieux en particulier des droits de l’homme, a affirmé le Conseil dirigé par le cardinal japonais Stephen Fumio Hamao, nous souhaitons donc de la part de nos frères et soeurs musulmans une prise de conscience toujours plus grande qu’on ne peut remettre en question l’exercice des libertés fondamentales, des droits inviolables de la personne, de l’égale dignité de l’homme et de la femme, du principe démocratique du gouvernement de la société et d’une saine laïcité de l’Etat».

Mariages

Concernant le mariage entre une catholique et un musulman et «au vu des expériences amères», le Conseil préconise «une préparation particulièrement soignée et approfondie» qui «devra amener les fiancés à connaître et à assumer en connaissance de cause les profondes diversités culturelles et religieuses auxquelles ils devront faire face, que ce soit entre eux ou avec les familles et l’environnement d’origine de la partie musulmane, vers lesquels ils seront éventuellement appelés à revenir après un séjour à l’étranger». «Dans le cas où le mariage serait transcrit auprès d’un consulat d’un Etat islamique, la partie catholique devra cependant se garder de lire ou de signer les documents contenant la shahada (la profession de croyance musulmane)».

Le Conseil a encore rappelé que dans le cadre du dialogue interreligieux, qu’elle soit «explicite ou implicite», l’annonce «du salut apporté par le Christ», doit «rester pour (les catholiques) absolument incontournable».

Pays d’accueil et phénomène migratoire

Le Conseil s’est, en outre, arrêté sur la situation des pays d’accueil en soulignant la «situation précaire de tant d’étrangers, qui devrait attirer la solidarité de tous», et qui «provoque au contraire des peurs et des craintes chez beaucoup de personnes qui perçoivent les immigrés comme un poids, qui les regardent avec méfiance et qui les considèrent même comme un danger ou une menace. Cette attitude entraîne souvent des manifestations d’intolérance, de xénophobie et de racisme».

En matière d’émigration, est-il précisé, «des politiques purement restrictives» sont considérées comme «inefficaces», susceptibles de provoquer des effets «négatifs» et «risquent d’augmenter les entrées clandestines et même de favoriser l’activité des organisations criminelles».

«Le phénomène migratoire, affirme le Conseil, soulève une véritable question éthique, à savoir la recherche d’un nouvel ordre économique international en vue d’une répartition plus équitable des biens de la terre, qui contribuerait, pour une part non négligeable, à réduire et à modérer de manière significative une grande part des flux des populations en difficultés». (apic/imedia/pr)

14 mai 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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