Demande de médiation du Vatican dans l’affaire du petit Elian
Rome: Jean Paul II a reçu le ministre des Affaires étrangères de Cuba
Rome, 17 janvier 2000 (APIC) Le pape Jean Paul II a reçu lundi 17 janvier le ministre des Affaires étrangères de Cuba, Felipe Perez Roque. Rien n’a filtré sur l’entretien entre les deux hommes. L’affaire du petit Elian, retenu aux Etats-Unis, pourrait avoir été au centre de la discussion.
Peu avant son départ de La Havane, dimanche soir, le ministre Perez Roque avait assuré que Cuba allait officiellement demander la médiation du Vatican dans l’affaire du petit Elian Gonzales, âgé de 6 ans, encore et toujours retenu aux Etats-Unis sous la pression des milieux de droite et des milieux anti-castristes.
Devant un parterre de journalistes, le ministre des Affaires étrangères du Cuba a assuré peu avant son départ pour une visite d’une dizaine de jours dans plusieurs pays européens qu’il n’allait pas manquer de faire intervenir le Saint-Siège dans ce conflit, qui a d’ores et déjà vu la justice des Etats-Unis trancher un faveur d’un retour de l’enfant dans son pays.
A l’heure ou des sénateurs appuyés par les milieux cubains des Etats-Unis réclament la naturalisation de l’enfant, le ministre cubain a relevé qu’il demanderait aux pays européens d’intervenir également dans cette affaire. Le père du jeune garçon, qui réclame son enfant, ainsi que Fidel Castro n’hésitent pas à parler d’enlèvement. A la Havane, des manifestations ont à chaque fois rassemblé plus de 100’000 personnes. L’Eglise catholique de Cuba a emboîté le pas pour exiger la restitution de l’enfant à son père.
Rencontre avec la curie
Au cours de sa visite au Vatican, le ministre cubain a pu s’entretenir du développement des relations entre l’Eglise et l’Etat cubain avec le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, et avec Mgr Jean-Louis Tauran, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, qui s’est lui-même rendu à La Havane à la fin du mois de novembre 1999.
D’après le communiqué officiel publié par le Saint-Siège, Felipe Perez Roque a assuré à cette occasion que le gouvernement de Cuba souhaite favoriser «une collaboration mutuelle harmonieuse» entre l’Eglise et l’Etat. Le Saint-Siège pour sa part souhaite «une liberté religieuse toujours plus grande» à Cuba, dans la ligne de ce que Jean Paul II avait demandé au cours de son voyage sur l’île en janvier 1998.
Kosovo: Depuis l’arrivée des troupes de la KFOR, 70 églises et monastères serbes détruits
Destruction de l’héritage chrétien par les extrémistes albanais
Decani/Kosovo, 17 janvier 2000 (APIC) Au Kosovo, 70 églises et monastères serbes – dont certains datant du Moyen Age – ont été détruits par des extrémistes albanais «dans le but d’effacer la présence culturelle serbe séculaire», dénoncent les responsables de l’Eglise orthodoxe au Kosovo, qui lancent un cri d’alarme aux nations occidentales et aux responsables chrétiens.
Après le nouvel attentat à la bombe qui a détruit samedi l’église serbe orthodoxe de Saint-Elias, dans le village de Cernica, près de la ville de Gnjilane, au sud-est de la capitale provinciale Pristina, l’Eglise serbe dénonce la recrudescence des attentats contre les civils serbes et la destruction de l’héritage culturel serbe. «Des attentats qui n’ont pas lieu en temps de guerre, mais en présence de 50’000 soldats de l’OTAN».
«Est-ce que les pays européens sont intervenus au Kosovo dans le but d’installer un extrémisme albanais anti-chrétien et anti-civilisation dirigé contre l’héritage chrétien européen», écrit le diocèse de Raska et Prizren, au Kosovo. Les responsables de l’Eglise serbe affirment que depuis la fin des bombardements de l’OTAN et l’installation des troupes de la KFOR, plus de 200’000 non Albanais – Serbes et Tziganes – ont dû fuir la province
albanophone, victimes à leur tour de la «épuration ethnique» de la part des Kosovars, le même type d’action criminelle dont ces derniers avaient été victimes de la part des troupes de Slobodan Milosevic.
L’explosion de samedi a partiellement détruit l’église de Saint-Elias, un édifice construit en 1912 dans le village ethniquement mixte de Cernica, où vivent 450 Serbes et près de 3’000 Albanais. L’Eglise serbe attire une nouvelle fois l’attention sur la destruction planifiée par des «gangs extrémistes albanais» de l’héritage chrétien du Kosovo, prenant pour cible notamment de très anciens monastères de renommée internationale qui avaient pourtant survécu à tous les troubles qu’a connus la région tout au long de l’histoire.
L’une des causes principales des malheurs serbes, la politique irresponsable de Milosevic
Dans une interview accordée au quotidien d’opposition belgradois «Danas», le Père Sava Janjic, célèbre moine du monastère de Visoki Decani, au Kosovo, n’hésite pas à accuser le régime de Slobodan Milosevic de porter la plus grande part de responsabilité dans le malheur actuel des Serbes. «Sa politique irresponsable et sa violence ont amené la guerre au Kosovo. Ensuite, une grande part de responsabilité revient également aux extrémistes albanais, qui veulent obtenir par la violence un Etat purement albanais du point de vue ethnique, mais aussi à la communauté internationale, qui a voulu résoudre ce problème par un usage unilatéral de la force, et n’a pas réussi à stopper la vague de violence qui a suivi la guerre. Des trois côtés, l’on a utilisé la force pour répondre à un problème politique, ce qui a empiré la situation sur le terrain».
Le régime de Milosevic laisse derrière lui les restes calcinés des maisons, des fosses communes, des maisons pillées et de pauvres Serbes sans secours qui paient maintenant pour ses méfaits et les crimes de ses généraux, déplore le Père Sava. «Le bombardement de la Serbie a été une grande tragédie et un crime, mais nous devons garder à l’esprit que cela a été provoqué par le comportement du régime de Belgrade. La confrontation avec le monde entier dans le but de prolonger la dictature a représenté pendant des années le style de gouvernement de Milosevic. Il est conscient que les bombardements ont prolongé sa survie politique».
Discrimination ethnique totale au Kosovo
Pour le «cybermoine» de Decani – c’est sous ce nom que le jeune Père Sava (il est âgé de 35 ans), est connu au plan international grâce aux informations qu’il diffusait durant la guerre sur Internet, «le Kosovo est aujourd’hui un territoire qui connaît une discrimination ethnique totale».
«Les Serbes ont été confinés dans des ghettos et privés des libertés fondamentales. Les Albanais veulent créer un Etat ethniquement pur, et les actions passées de Milosevic leur donnent une couverture parfaite pour réaliser ce projet». Et de rappeler que ce ne sont pas seulement les Serbes qui sont victimes de l’extrémisme albanais: les musulmans non albanais – Goranes et Bosniaques – , les Tziganes (Romas), les juifs et les Croates subissent persécutions et violences, et les Turcs sont dans une situation de plus en plus difficile. «La KFOR et l’UNMiK veulent stabiliser la situation, mais pas au prix d’une confrontation avec les Albanais.»
Le moine de Decani, qui est un interlocuteur incontournable pour tous les diplomates et responsables politiques occidentaux qui se rendent au Kosovo ou qui travaillent sur place, estime que toute solution pour le Kosovo est impossible tant que Milosevic, qu’il qualifie d’»incendiaire», reste au pouvoir. Le Kosovo n’est d’ailleurs intéressant pour le maître de Belgrade que dans la mesure où il est utile pour manipuler l’opinion publique serbe, déploret-il. Et de constater que l’intoxication des esprits fonctionne toujours: «Notre peuple est encore manipulé à tous les niveaux; au Kosovo, on trouve encore des Serbes qui sont convaincus qu’ils ont gagné la guerre et qui attendent le retour du général Pavkovic sur un tank de couleur blanche. Ce fait indique le degré actuel d’érosion spirituelle des Serbes et le niveau avec lequel le régime manipule les gens».
Les crimes des hommes de Milosevic sont suffisamment documentés
Quant aux atrocités commises par les forces serbes au Kosovo, même si elles ont été à son avis manifestement exagérées par les médias occidentaux pour justifier l’intervention de l’OTAN, elles sont pour le Père Sava suffisamment documentées par les rapports de l’OSCE.
«C’est un fait que des crimes ont été commis et qu’il y a des fosses communes. J’ai vu de mes propres yeux l’expulsion des Kosovars albanais de Pec, les colonnes de gens désespérés, les maisons incendiées… J’ai parlé avec beaucoup de ces gens. Nous en avons recueilli dans le monastère de Decani autant que nous pouvions, mais nous étions impuissants à prévenir ce mal. Tout ce qui a été fait au Kosovo est une grande honte et une disgrâce pour le peuple serbe, qui ne trouve pas encore la force de se débarrasser de ce régime.»
Finalement, le Père Sava plaide pour remettre aux mains de la justice tous ceux qui ont commis des crimes et qui ont du sang sur les mains, quelle que soit leur appartenance ethnique. Le moine de Decani souhaite que tous soient jugés par le Tribunal de La Haye parce qu’il est soutenu par l’ensemble de la communauté internationale. Milosevic et ses hommes désireraient transformer leur culpabilité personnelle en culpabilité collective du peuple serbe, conclut le Père Sava, «et nous ne devons pas le permettre, car ceux qui sont innocents doivent pouvoir le prouver devant la justice; je crois personnellement que la coopération avec le Tribunal de La Haye est la condition pour que la Serbie puisse retourner au sein de la communauté internationale». (apic/kna/decani/be)



