Rome: Jean Paul II célèbre la messe pour les détenus de la prison «Regina Coeli».

Demande de réductions de peines pour les prisonniers

Rome, 9 juillet 2000 (APIC) Jean Paul II s’est rendu à la prison romaine de «Regina Coeli» dimanche matin pour y célébrer la messe en présence de quelque soixante-dix détenus et d’une centaine de membres du personnel des prisons, en l’honneur du jubilé des prisons. A l’issue de la visite, Jean Paul II a renouvelé par ailleurs un appel aux autorités civiles, demandant une réduction de la peine des détenus du monde entier.

C’est dans une pièce circulaire ­ qui relie les quatre ailes du bâtiment de la prison – que le pape a célébré la messe, avec le cardinal Roger Etchegaray, président du Comité central pour le grand Jubilé et du cardinal Camillo Ruini, vicaire de Rome, entourés de neuf détenus en aube blanche ­ dont un Africain et deux Sud-Américains -, et en présence du ministre italien de la Justice, Piero Fassino.

L’espace étant relativement restreint, seuls une cinquantaine d’hommes et une dizaine de femmes – venues d’une autre prison de Rome, celle de Rebbibia – ont pu assister à la cérémonie, assis à deux ou trois mètres de Jean Paul II. Une vingtaine d’entre eux devaient recevoir la communion des mains du pape.

L’autel avait été placé au centre de la rotonde. Une centaine de membres du personnel d’encadrement participaient également à la cérémonie, ainsi que des aumôniers et des volontaires familiers de «Regina Coeli», que Jean Paul II devait encourager dans leur service au cours de son homélie. D’autres détenus étaient assis dans les couloirs donnant sur la rotonde, et se sont manifestés à plusieurs reprises par quelques exclamations et par des applaudissements, tandis qu’une quinzaine d’entre eux avaient été chargés des chants de la messe. Le reste des 860 détenus de le prison ­ tous des hommes – pouvaient suivre la cérémonie dans leur chambre, celle-ci étant retransmise en direct par la télévision italienne.

Cadeaux confectionnés par des prisonniers

Au cours de la messe plusieurs prisonniers ont apporté des cadeaux au pape, qu’ils avaient réalisés eux-mêmes. L’un d’eux, qui se déplaçait avec des béquilles, a offert à Jean Paul II une peinture sur laquelle la figure du pape se détachait avec un grand réalisme, tandis qu’un autre lui a remis un catalogue de plus de 550 cartes à thèème religieux, réalisées par des prisonniers du monde entier à l’occasion de leur jubilé.

«Je me présente comme témoin de l’amour de Dieu, a assuré le pape aux prisonniers en prenant la parole pendant la cérémonie. Je viens vous dire que Dieu vous aime, et désire que vous parcouriez un chemin de réhabilitation et de pardon, de vérité et de justice».

«Le baume de la miséricorde»

Jean Paul II a encore expliqué aux prisonniers que le Christ, s’il «établit la loi, la proclame et la consolide, ne le fait pas par la force mais par la douceur. Il soigne ce qui est malade et renforce ce qui est brisé», a assuré le pape. «Il proclame avec force la justice, mais soigne les blessures avec le baume de la miséricorde». Jean Paul II a ainsi évoqué «les dommages provoqués par le péché dans la psychologie humaine et dans la biologie même de l’homme».

«J’imagine, a-t-il ajouté, qu’il vous arrive souvent de constater cela, en vous penchant sur vos histoires personnelles ou en écoutant celles de vos copagnons de cellule». Pour le pape, la «prison» dont Dieu veut libérer l’homme est avant tout celle dans laquelle l’esprit se trouve enchaîné, et cette libération ne concerne pas seulement les conditions physiques et extérieures, mais est avant tout une libération du coeur».

«Là où les hommes sont enfermés par les verrous des prisons, selon la logique d’une justice humaine qui reste nécessaire, il faut que souffle l’Esprit du Christ Rédempteur du monde», a finalement lancé Jean Paul II. «Laissez-moi donc vous demander de tendre de toutes vos forces vers une vie nouvelle, dans la rencontre avec le Christ. La société toute entière profitera alors de votre démarche, et les personnes mêmes à qui vous avez causé du tort auront peut-être davantage le sentiment d’avoir obtenu en voyant votre changement intérieur que par la peine que vous aurez effectuée».

Demande du pape pour une réduction des peines

A l’issue de la cérémonie, Jean Paul II a demandé une réduction de la peine des détenus du monde entier. Evoquant leur désir de liberté, le pape a rappelé le message qu’il a écrit pour le jubilé dans les prisons, publié le 30 juin dernier. «Sur les traces de mes prédécesseurs, j’ai invoqué pour vous un signe de clémence, à travers une réduction de la peine, a-t-il déclaré aux détenus qui applaudissaient. Je l’ai demandé dans la conviction profonde qu’un tel choix constitue un signe de sensibilité envers votre condition, capable d’encourager et de solliciter un repentir personnel».

Après cet appel, un détenu ­ visiblement très ému – a pris la parole au nom de l’ensemble des prisonniers pour remercier le pape de sa venue. Jean Paul II a ensuite salué près d’une centaine de personnes, détenus, volontaires et gardiens en uniforme. Dans l’ensemble, l’atmosphère était plutôt recueillie, chaleureuse et détendue, alors qu’un épisode de révolte dans l’une des sections de «Regina Coeli» avait été particulièrement remarqué le 30 juin dernier, à quelques jours de la visite du pape.

La plus célèbre visite

Si Jean Paul II a souvent visité des prisons au cours de ses voyages ­ une dizaine en Italie -, la plus célèbre de ses visites est restée celle du 27 décembre 1983, lorsqu’il s’est rendu dans la prison de Rebbibia et s’est entretenu en tête à tête pendant une vingtaine de minutes avec Ali Agca, auteur de l’attentat contre le pape sur la place Saint-Pierre le 13 mai 1981.

Avant Jean Paul II, Jean XXIII s’était rendu dans la prison de «Regina Coeli», qui est située au bord du Tibre à moins d’un kilomètre du Vatican, le 26 décembre 1958. Elu pape moins de deux mois avant, il avait parlé avec les prisonniers vêtus à l’époque d’uniformes à rayures. Le 9 avril 1964, Paul VI avait effectué la même visite. Enfin, près d’un siècle auparavant, d’après le quotidien italien «Il Messaggero», Pie IX s’était rendu dans une autre prison romaine le 10 septembre 1970, dix jours avant la fin des Etats pontificaux. (apic/imed/ba)

9 juillet 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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