Vibrant appel contre la guerre, l’injustice et la pauvreté

Rome: Jean Paul II reçoit les ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège

Rome, 14 janvier 2001 (APIC) Le pape Jean Paul II a lancé samedi un vibrant appel contre la guerre, l’injustice et la pauvreté en recevant les ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège. Respect du droit international au Moyen-Orient, massacres de chrétiens en Indonésie et attentats terroristes en Espagne: ce sont quelques-uns des thèmes que Jean Paul II a abordés samedi 13 janvier, lors de la traditionnelle réception du corps diplomatique au Palais apostolique du Vatican.

Près de 400 personnes – les diplomates et leurs épouses – étaient présentes pour cette rencontre, et ont toutes défilé devant le pape pour le saluer personnellement, tandis que le doyen du Corps diplomatique près le Saint-Siège, l’ambassadeur de la République de Saint-Marin, avait adressé en français ses vœux à Jean Paul II au nom de tous.

Dans un discours en français, le pape a invité la communauté internationale à ne pas accepter au Moyen-Orient «la banalisation d’une sorte de guérilla, la persistance de l’injustice, le mépris du droit international ou la mise entre parenthèses des Lieux Saints et des exigences des communautés chrétiennes».

Israël: retourner aux principes de la légalité internationale

Pour Jean Paul II, Israéliens et Palestiniens ne peuvent envisager leur avenir qu’ensemble, et chacune des deux parties doit respecter les droits et les traditions de l’autre. «Il est grand temps de retourner aux principes de la légalité internationale», a-t-il insisté, en citant l’interdiction de l’acquisition des territoires par la force, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et le respect des résolutions de l’Organisation des Nations Unies et des conventions de Genève. Si ces principes ne sont pas respectés, a mis en garde le pape, «tout est à craindre», depuis «des initiatives unilatérales aventureuses» jusqu’à «une extension difficilement contrôlable de la violence».

Jean Paul II a évoqué par ailleurs le drame des chrétiens tués récemment en Indonésie, et plus largement les «discriminations patentes» dont sont victimes des communautés de croyants, chrétiens ou non, dans certains pays d’obédience marxiste ou islamiste. Face à cela, le pape demande une vigilance et une solidarité sans faille. Il estime que «la méfiance, les luttes, de même que les séquelles des crises du passé peuvent toujours être surmontées par la bonne volonté et la solidarité internationale».

Le terrorisme frappant l’Espagne «humilie l’Europe entière»

Le pape a cité ainsi l’exemple récent du progrès du dialogue entre les deux Corée, et l’avancée du Timor-Oriental vers l’indépendance. Il a déploré en revanche, en Europe, «les attentats terroristes qui sèment la mort en Espagne», qui, selon lui, «défigurent le pays» et «humilient l’Europe entière». Jean Paul II a dénoncé par ailleurs la circulation des armes, la fragilité des démocraties, et une «corruption dévastatrice» dans beaucoup de pays africains. Il a déploré le drame algérien et la guerre au Sud du Soudan, en parlant de «massacre sans merci des populations», ainsi que «le chaos où sont plongés les pays de la région des Grands Lacs».

Le pape a salué en revanche avec satisfaction l’accord de paix entre l’Erythrée et l’Ethiopie, signé à Alger le 12 décembre 2000, et s’est réjoui des efforts menés à bien en Somalie en vue d’un retour progressif à la normalité. Enfin, il a parlé de certaines zones de l’Amérique du Sud, «où les disparités socio-économiques et culturelles, la violence armée ou la guérilla, la remise en cause des acquis démocratiques, délitent le tissu social et font perdre aux populations la confiance en l’avenir».

Jean Paul II a donc invité à aider cet immense continent à faire fructifier tout son patrimoine humain et matériel. A propos de l’Europe d’autre part, Jean Paul II a insisté sur l’importance de ses racines chrétiennes, tout en l’invitant à être «généreuse envers ceux – individus ou nations – qui frappent à sa porte».

Le pape regrette par ailleurs que certains répugnent à évoquer la dimension religieuse de l’homme et de son histoire, ou voudraient réduire la religion à la sphère privée. L’expérience religieuse fait partie de l’expérience humaine, a-t-il insisté. Elle est un élément vital pour la construction de la personne et de la société.

Contre la réduction de la personne au rang d’objet

Pour Jean Paul II en outre, les progrès actuels de la science comportent un risque dangereux dans la mesure où ils incitent à penser que les hommes peuvent devenir «maîtres de la nature et de l’histoire». Pour le pape, un monde «programmé» par la seule mesure des projets humains «pourrait devenir irrespirable». Il dénonce ainsi fortement la légalisation de l’avortement et de l’euthanasie, et lance un appel aux responsables de la société pour qu’ils fassent en sorte que la personne ne devienne pas «un objet que l’on dissèque, que l’on achète ou que l’on vend». On ne peut pas réduire l’homme «à ce qu’il est capable de faire ou de produire», a-t-il insisté, en mettant également en garde contre le conditionnement des lois par le «mercantilisme» ou par «les revendications égoïstes de groupes minoritaires».

175 pays ont des relations diplomatiques avec le Saint-Siège

Actuellement, 175 pays ont des relations diplomatiques avec le Saint-Siège, alors qu’il y en avait 93 au début du pontificat de Jean-Paul II. Il s’agit plus précisément de 172 pays, auxquels on rajoute l’Ordre de Malte et deux «missions à caractère spécial»: celle de la Fédération de Russie, qui n’a pas d’»ambassade» à proprement parler, tout en ayant un ambassadeur, et le Bureau de l’Organisation pour la Libération de la Palestine, à la tête duquel se trouve un «directeur». (apic/imedia/be)

14 janvier 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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