Le pape se dit proche de tous ceux qui souffrent.

Rome: Jean Paul II suit le chemin de croix à la télévision depuis sa chapelle

Rome, 28 mars 2005 (Apic) Jean Paul II a suivi le chemin de croix qui se déroulait dans la soirée du 25 mars par le biais d’un écran de télévision installé dans sa chapelle. Il est apparu de dos aux milliers de fidèles réunis autour du Colisée. Pour la première fois, le pape ne participait pas, sur place, à la traditionnelle ’Via Crucis’, présidée en son nom par le cardinal Camillo Ruini, vicaire de Rome.

Pendant une heure et demie, Jean Paul II est apparu à plusieurs reprises sur les écrans géants disposés autour du Colisée lors des 14 stations du chemin de croix qui fait mémoire de la montée du Christ vers le calvaire. De dos, portant une étole liturgique rouge – en signe de participation à la cérémonie – Jean Paul II a suivi en silence la ’Via Crucis’ sur un écran de télévision installé devant lui. Au terme de la cérémonie, il a béni les pèlerins avec un crucifix de bois, restant dos à la caméra et silencieux.

Dans un message lu au début de la célébration par le cardinal Camillo Ruini, le pape s’est dit «spirituellement uni» aux fidèles rassemblés au Colisée, au coeur de Rome. «Un lieu, a écrit le pape, qui m’évoque tant de souvenirs et d’émotions». «Je suis, à mon tour, proche de ceux qui, en ce moment, sont éprouvés par la souffrance» a affirmé Jean Paul II dans son message, assurant qu’il «prie pour chacun d’eux». En ce jour, a encore écrit le pape, «je regarde et j’adore avec vous la croix», lui demandant qu’elle «nous donne patience et courage, qu’elle obtienne au monde la paix».

Croix portée par une grande diversité de personnes

Ce premier chemin de croix sans Jean Paul II était retransmis en mondovision sur 54 chaînes de télévision dans 39 pays d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’Europe. Des milliers de fidèles italiens et du monde entier s’étaient rassemblés au Colisée au soir du vendredi saint pour la commémoration de la passion du Christ. Au cours de cette ’Via Crucis’, une quinzaine de personnes ont porté la croix, représentant la diversité des états de vie, des nations et les préoccupations de l’Eglise. Ainsi, ce sont des religieux et religieuses, des célibataires et des familles qui se sont chargées de la croix en plus président de la célébration, le cardinal Camillo Ruini. Le vicaire du diocèse de Rome et président de la Conférence épiscopale italienne a tenu la croix lors de la première, de la deuxième et de la dernière station. L’an passé, Jean Paul II avait porté la croix lors de la dernière station, tout en restant assis.

Deux frères franciscains originaires du Ghana et de Jordanie, venus de Terre Sainte, participaient à ce chemin de croix, ainsi qu’une religieuse indienne, des laïcs de Corée, du Sri Lanka ou du Soudan. Il y avait aussi une famille italienne et une autre, albanaise, immigrée dans la péninsule.

Cette année, c’est le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi qui avait été choisi par Jean Paul II pour rédiger les méditations et prières du chemin de croix lues au Colisée. Ces textes étaient axés autour d’une phrase du Christ, tirée de l’Evangile selon saint Jean: ’Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit’.

L’Eglise, une «barque prête à couler»

Dans ces méditations et prières, le cardinal allemand a dressé un tableau plutôt sombre de l’Eglise, de certains de ses prêtres ainsi que des grands de ce monde. Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi n’a pas hésité pas à y comparer l’Eglise à une «barque prête à couler».

En interprétant les chutes du Jésus sous le poids de la croix, le cardinal Ratzinger a ainsi écrit que le Christ devait, aujourd’hui, également «souffrir dans son Eglise». Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a regretté les «souillures dans l’Eglise», s’arrêtant «particulièrement» sur les prêtres, n’hésitant pas à accuser certains «d’orgueil et d’autosuffisance». «Ton Eglise nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l’eau de toute part», a encore écrit le cardinal Ratzinger, s’adressant directement au Christ. «Les vêtements et le visage si sales de ton Eglise, a affirmé le cardinal allemand, nous effraient», ajoutant que «c’est nous-mêmes qui les salissons» et «qui te trahissons chaque fois, après toutes nos belles paroles et nos beaux gestes».

L’homme est devenu une marchandise

Evoquant la condamnation de Jésus, le cardinal Ratzinger s’est exclamé : «Combien de fois les insignes du pouvoir portés par les puissants de ce monde ne sont-ils pas une insulte à la vérité, à la justice et à la dignité de l’homme!» Le doyen du collège des cardinaux a aussi estimé que l’orgueil «a contribué à ce que les hommes soient devenus une sorte de marchandise, pouvant s’acheter et se vendre, tel un réservoir de matériaux pour nos expérimentations».

Le préfet de l’ex ’Saint-Office’ a critiqué l’apparition d’un «nouveau paganisme qui, en voulant mettre définitivement Dieu à part, a fini par se débarrasser de l’homme». Il a prié le Seigneur de détruire le pouvoir des idéologies, «afin que les hommes reconnaissent qu’elles sont tissées de mensonges» et aussi affirmé qu’»en cette heure de l’histoire précisément, nous vivons dans l’obscurité de Dieu».

C’est en 1964 que Paul VI a repris la tradition du chemin de croix au Colisée, dont le premier exemple remonte à l’année sainte 1750. Jean Paul II a, quant à lui, perpétué cette tradition après son élection, en 1979. Lors des années saintes 1984 et 2000, il avait lui-même rédigé les commentaires des 14 stations du chemin de croix. Depuis 1985, le pape a souhaité que la rédaction des méditations du chemin de croix soit donnée à des personnalités. L’an passé, ces méditations avaient été rédigées par le trappiste et ermite belge André Louf. En 2003, à l’occasion du 25e anniversaire de son élection, Jean Paul II avait choisi comme texte du chemin de croix, les méditations qu’il avait composées en 1976, en tant que prédicateur des exercices spirituels de la curie. (apic/imedia/ami/bb)

28 mars 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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