Rome: Jean Paul II «vivement préoccupé» par la situation à Jérusalem
Appel à une solution juste pour la Ville sainte
Rome, 26 octobre 1997 (APIC) Jean Paul II s’est une nouvelle fois déclaré «vivement préoccupé» par la situation à Jérusalem. Recevant samedi le nouvel ambassadeur du Maroc venu lui présenter ses lettres de créances, le chef de l’Eglise catholique a souligné qu’il est possible à des croyants de traditions religieuses différentes de vivre en paix et dans le respect mutuel. A cette occasion, le pape a lancé un appel à la communauté internationale en faveur d’une solution juste pour la Ville sainte.
Lors de l’audience accordée à Abdelouhab Maalmi, nouvel ambassadeur du Maroc, le pape s’est réjoui de l’estime et de la confiance dont jouissent les catholiques au Maroc. Il a rappelé le principe fondamental de la liberté religieuse, en particulier nécessaire à Jérusalem, où la diplomatie marocaine pourrait se révéler d’une influence bénéfique.
Dans son discours, Jean Paul II a en effet évoqué la difficile situation de Jérusalem, à laquelle l’ambassadeur avait fait allusion, et a souhaité l’instauration «d’un dialogue loyal» entre les communautés présentes dans la Cité sainte.
Jérusalem, a déclaré le pape, «continue à être une source de vive préoccupation pour les croyants qui voient en cette ville le symbole de la paix qui vient de Dieu». «Je souhaite ardemment que les efforts de la communauté internationale pour trouver une solution équitable et adéquate au problème délicat de la Ville sainte parviennent enfin à un heureux aboutissement alors que nous nous préparons à entrer dans le troisième millénaire de l’ère chrétienne», a-t-il poursuivi. Pour Jean Paul II, «un dialogue loyal doit permettre d’avancer sur cette voie dans le respect de la justice et des droits légitimes de toutes les communautés concernées».
Le pape réclame la garantie de la liberté religieuse
La partie arabe de Jérusalem, annexée illégalement par Israël, est désormais systématiquement isolée des territoires palestiniens occupés, ce qui empêche l’accès tant des chrétiens que des musulmans palestiniens à leurs lieux saints respectifs situés dans la vieille ville. Ainsi, contrairement aux touristes ou aux pèlerins étrangers, la plupart des jeunes chrétiens de Bethléem ou de Beit Sahour n’ont jamais eu l’autorisation – qu’il faut souvent «arracher» aux autorités israéliennes – de se rendre au tombeau du Christ, à la basilique du Saint Sépulcre, situé pourtant à quelques kilomètres de leurs villages.
C’est dans ce contexte insatisfaisant que le pape a également réclamé la garantie de la liberté religieuse et de culte et l’institution de relations fraternelles: «Il est aussi nécessaire, disait-il, que les communautés qui entourent les lieux saints des trois religions monothéistes puissent y vivre dans la concorde et développer leurs activités religieuses, éducatives et sociales en toute liberté, dans un esprit de réelle fraternité, faisant ainsi de cette ville unique la véritable «Cité de la paix». J’invoque le Dieu Tout-puissant pour que cette terre, si chère au cœur des croyants, connaisse enfin le temps de la réconciliation entre frères et la paix définitive».
Pour ce qui est du Maroc, le pape s’est félicité de la décision du Roi Hassan II d’établir la résidence de son ambassadeur près le Saint-Siège à Rome: «Sa Majesté le Roi, a dit le pape, témoigne [ainsi] de l’importance qu’il attache à l’affermissement de liens, déjà anciens, entre le Royaume du Maroc et le Siège apostolique, en vue de favoriser des relations toujours plus confiantes».
Le pape souligne la «longue tradition d’ouverture et de tolérance» du Maroc
Evoquant sa visite historique à Casablanca le 19 août 1985, où il s’était adressé à la jeunesse musulmane marocaine, Jean Paul II a souligné la «longue tradition d’ouverture et de tolérance» du pays et la coexistence entre catholiques et musulmans. Au Maroc, a-t-il relevé, catholiques et musulmans ont de nombreuses occasions de se rencontrer pour chercher ensemble à améliorer la qualité de leurs relations.
Reprenant les termes de l’ambassadeur, le pape a insisté sur les bienfaits de la coopération entre les croyants. «Chrétiens et musulmans, a-t-il déclaré, sont appelés à travailler ensemble à l’édification d’un monde de justice et de paix, dans la considération mutuelle et la reconnaissance de leurs points de vue. En portant au Très-Haut l’adoration et l’obéissance qui lui sont dues, nous devons aussi témoigner ensemble du respect qui doit être porté à tout homme, créé à l’image de Dieu».
Le pape a alors rappelé les pas faits par l’Eglise catholique depuis le Concile: elle s’est «engagée de façon plus résolue sur les chemins de la rencontre fraternelle et de la collaboration avec tous les hommes de bonne volonté et particulièrement avec les musulmans». Le pape s’est dit heureux de savoir qu’au Maroc «les catholiques jouissent de l’estime et de la confiance de tous, témoignant ainsi clairement qu’il est possible à des croyants de traditions religieuses différentes de vivre en paix et dans le respect mutuel».
Notons que ce discours coïncide avec la visite «ad limina» des évêques d’Afrique du Nord auxquels le pape devrait s’adresser en fin de semaine. Spécialiste de droit constitutionnel, ancien professeur à l’Université Hassan II de Casablanca, l’ambassadeur Maalmi est né en 1952 à Fès. Il est diplômé en sciences politiques et en droit de l’université de Bordeaux. Il a été consulteur du Ministère des affaires étrangères de son pays. (apic/imedia/be)




