Hommage du cardinal Poupard

Rome: L’Abbé Pierre a contribué à surmonter l’image négative de certains envers l’Eglise

Rome, 22 janvier 2007 (Apic) Le cardinal Paul Poupard a jugé que l’Abbé Pierre, décédé le 22 janvier 2007 à Paris, avait contribué à surmonter l’image négative que certains avaient de l’Eglise.

Dans une interview accordée à l’agence de presse I.MEDIA, le président des Conseils pontificaux de la culture et pour le dialogue interreligieux a qualifié l’Abbé Pierre de «très grande figure». Ce prêtre français, a-t-il souligné, a «modifié la culture dominante en faisant que la charité devienne l’affaire de tous».

Pour le cardinal français en poste à Rome, l’Abbé Pierre, décédé lundi à l’âge de 94 ans, est une «très grande figure qui a eu le mérite de se battre avec beaucoup d’efficience pour aider non seulement les catholiques mais tous les Français, qui l’ont très bien perçu, et plus largement à l’étranger, à prendre conscience que les besoins des autres nous concernaient, non seulement dans l’hexagone mais partout dans le monde».

L’Abbé Pierre a contribué à surmonter l’image négative que certains avaient de l’Eglise, a aussi reconnu le cardinal Poupard. Il a estimé que le fondateur des compagnons d’Emmaüs a contribué à faire en sorte que les gens comprennent ce qu’explique l’Encyclique de Benoît XVI, «Dieu est charité»: «l’Eglise toute entière et tous les chrétiens sont charité».

A ses yeux, l’Abbé Pierre a rendu ce que nous appelons la charité des chrétiens et l’a fait passer à travers l’humanitaire des laïcs. «Il a ainsi modifié la culture dominante en faisant que la charité devienne l’affaire de tous». Interrogé sur le fait que le prêtre français avait eu, plusieurs fois, des prises de positions éloignées de celles de l’Eglise en matière de morale ou de discipline ecclésiale, le cardinal Poupard a souhaité que «l’arbre ne cache pas la forêt». «En vieillissant, on lui a fait dire un certain nombre de choses regrettables», a ainsi commenté le haut prélat.

Pour sa part, le cardinal Roger Etchegaray a qualifié l’Abbé Pierre de «pionner de la charité», voyant en lui un exemple vivant de l’amour envers le prochain et une véritable «icône de la solidarité». Interrogé par l’agence de presse Ansa, le vice-doyen du collège cardinalice a indiqué que l’Abbé Pierre avait manifesté avec son action quotidienne la force de l’Evangile, nouant un rapport particulier avec les pauvres. Selon le cardinal français, sa disparition laissera un grand vide mais aussi «un grand héritage, la communauté d’Emmaüs».

Un vrai disciple de l’Evangile

«Les gens l’appréciaient et se reconnaissaient en lui et, même s’il n’était pas parfait, il peut être considéré comme un disciple de l’Evangile», a encore affirmé le cardinal Etchegaray. Ce dernier a souhaité soulever un aspect qui n’est pas souvent rappelé concernant le prêtre défunt. «Durant la Seconde guerre mondiale, lorsque la France était occupée par les nazis, il sauva, avec son courage, la vie de nombreux juifs», a expliqué l’ancien président des Conseils pontificaux Justice et paix et Cor unum. «Il ne s’est jamais trompé de combat en déclarant la guerre à la misère», a également déclaré le cardinal Etchegaray à l’AFP.

Longtemps personnalité préférée des Français, le fondateur des compagnons d’Emmaüs est décédé à Paris le 22 janvier 2007 à l’aube, à l’âge de 94 ans. Henri Grouès est né le 5 août 1912 à Lyon. Il avait pris, à l’époque de la Résistance, le nom d’Abbé Pierre. Entré chez les capucins, il avait ensuite rejoint le clergé diocésain à Grenoble. Il s’était rendu célèbre en lançant un vibrant appel en faveur des sans-abri en février 1954, sur les ondes de Radio-Luxembourg.

Depuis, il était devenu la figure emblématique de la lutte contre la pauvreté, prenant la défense des mal-logés, des immigrés sans-papiers ou des déboutés du droit d’asile en France. Parfois en marge de l’Eglise, l’Abbé Pierre s’est prononcé en faveur du mariage des prêtres ou de l’ordination des femmes, reconnaissant même dans ses mémoires avoir fait une entorse à son voeu de chasteté. Seul véritable faux pas, en 1996, il avait soutenu son vieil ami, le philosophe Roger Garaudy, qui venait de publier un livre à caractère antisémite. Ce dont il s’excusa après-coup. (apic/imedia/ami/be)

22 janvier 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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