Compatibilité de ces concepts avec la dignité humaine
Rome: L’Académie pour la vie se penche sur la qualité de la vie et sur l’éthique de la santé
Rome, 18 février 2005 (Apic) L’Académie pontificale pour la vie se réunira du 21 au 23 février au Vatican pour sa 11e assemblée plénière sur le thème ’Qualité de la vie et éthique de la santé’. Son but est de définir dans quelle mesure ces concepts sont compatibles avec celui de la dignité humaine, a expliqué le 17 février à la presse vaticane Mgr Elio Sgreccia, le président de l’Académie.
«Le but de cette Conférence internationale est de réaliser un discernement autour de deux concepts de grande actualité et de grande importance», a expliqué Mgr Sgreccia, récemment nommé à la tête de l’Académie pour la vie : «celui de la ’qualité de la vie’ et celui de ’la santé’».
L’expression ’qualité de vie’, dont le concept est apparu dans les années 50, «n’est pas encore claire pour le grand public et peut-être pas non plus pour les politiques», a-t-il aussi affirmé. Si elle recouvre les champs de la santé, du social, de l’économie et de l’écologie, progressivement est apparue une autre signification «à caractère clairement réducteur, parce que se référant prioritairement au bien-être physique de la personne comprise dans le sens sélectif», a-t-il dénoncé. On y affirme «que là où n’existe pas un niveau de qualité de vie acceptable, la vie même perd sa valeur et ne mérite pas d’être vécue».
Mgr Sgreccia a alors expliqué que «le terme qualité de vie assumait alors un caractère opposé à celui de sacralité de la vie», car «on absolutise la qualité et on relativise la sacralité». Il a aussi souligné que le concept de qualité de vie finissait ainsi par impliquer aussi les questions d’euthanasie et d’eugénisme.
«La tâche de l’Académie pour la vie sera donc de contribuer à une oeuvre de clarification conceptuelle, a-t-il poursuivi, en en déterminant les sens compatibles et cohérents avec la dignité et le droit à la vie de chaque être humain et ceux qui, au contraire, semblent incompatibles avec de telles valeurs».
La santé, une valeur utopique et mythique
Concernant la santé, le président de l’Académie a critiqué le fait que, «depuis que l’OMS a défini la santé comme ’un bien-être complet de nature physique, psychique et social’», cette valeur soit devenue «utopique et mythique, induisant un concept de bien-être hédoniste, et parfois porteur d’un sens fatal». «Il suffit de penser au fait que l’avortement ait été légalisé pour des raisons de santé de la femme, et que pour réaliser les programmes de santé dite reproductive, des campagnes de stérilisation et de diffusion de contraceptifs d’urgence soient proposées». «Tout cela dans le but de mettre un bien sous tutelle, la santé, mais en réalité à travers la suppression et la négation d’un bien plus grand qui est la vie de l’enfant». Mgr Sgreccia a alors dénoncé «la culture de la mort» ambiante.
S’il a aussi souligné que la santé «constitue un bien très important qui exige le devoir moral de la conserver, de la soutenir et de la récupérer», il a aussi affirmé qu’elle ne représentait pas «le bien ultime de la personne».
La santé, une grande valeur, ni plus ni moins
Intervenant au cours de la conférence donnée aux journalistes, le Dr Manfred Lütz, psychiatre allemand, membre de l’Académie pour la vie, a rappelé que la santé «n’a jamais constitué la valeur maximale de l’entière tradition chrétienne». «C’est une grande valeur, ni plus ni moins». Il a alors dénoncé ce qu’il a qualifié de «religion de la santé», «les conséquences éthiques de ce nouveau mouvement quasiment religieux et international» étant pour lui «très graves». Selon cette conception, seul «l’homme sain est le vrai homme» et «celui qui n’est pas sain devient tacitement un homme de seconde ou 3e classe».
Le médecin allemand a alors souligné l’importance du témoignage de Jean-Paul II incarnant «avec grande intensité» le message de son texte de début de pontificat sur ’le sens salvifique de la douleur humaine’. Pour lui, une «alternative vécue à la folie salutiste dominante» émane de la personne du souverain pontife.
S’attaquer aux causes des maladies de civilisation
Interrogé à l’issue de la conférence par l’Apic, Jean-Marie Le Méné, également membre de l’Académie pour la vie, a expliqué qu’il espérait que la prochaine assemblée plénière aboutisse à «des recommandations formulées et des retombées concrètes». Pour lui, il faudrait «recentrer les missions des services de santé dans les pays développés» et «s’attaquer politiquement aux causes des maladies de civilisation» comme la dépression.
Il a aussi dénoncé les comités éthiques qui «accoutument l’opinion publique et les médias à la transgression» en proposant une «réflexion technique cherchant à aller toujours plus loin», mais n’écoutant pas les lois de la morale. Au lieu d’évacuer la mort et la réflexion sur le sens de la vie, «il faut se poser la question de ce qui est réellement dû à la personne humaine», a-t-il ainsi suggéré. Pour lui, l’Eglise catholique, l’unique institution à se battre dans ce domaine, «n’a pas perdu la guerre, même si elle perd des batailles». En effet, son discours a une «place importante» dans la société, car «chez toute personne humaine il y a une conscience».
40 à 60 personnes seront rassemblées dans la salle du Synode, au Vatican, les 21, 22 et 23 février prochains. L’Académie s’était réunie il y a un an pour fêter son 10e anniversaire. (apic/imedia/ar/bb)



