Le pape appelle à « utiliser la force militaire en dernier recours »

Rome : L’ambassadeur d’Irak près le Saint-Siège reçu par Jean Paul II

Rome, 15 décembre 2004 (Apic) Le pape Jean Paul II a appelé lundi le gouvernement intérimaire irakien à « utiliser la force militaire seulement en dernier recours », en recevant le nouvel ambassadeur irakien auprès du Saint-Siège, Albert Yelda, 45 ans, venu au Vatican présenter ses lettres de créance.

« Puisse votre gouvernement travailler sans relâche à régler les disputes et les conflits à travers le dialogue et la négociation, en recourant à la force militaire seulement en dernier ressort », a dit Jean Paul II, selon le texte de son discours à l’ambassadeur.

Le gouvernement intérimaire a autorisé et appuyé l’assaut, toujours en cours lundi, sur la ville de Falloujah (50 km à l’ouest de Bagdad). L’offensive, qui en est à sa seconde semaine, a laissé près de 1300 morts, marines américaines comprises, et des centaines de blessés. Aucun bilan n’a en revanche été fait au sujet des victimes civiles.

Dans son discours, Jean Paul II demande au gouvernement irakien de construire une démocratie tolérante, sans recours à la violence, dans respect des différences religieuses et ethniques du pays.

Le pape a demandé que, dans le passage «d’un régime totalitaire à un Etat démocratique» en Irak, les «droits de chaque personne soient respectés et que tous les citoyens aient les mêmes droits». «Il est essentiel que l’Etat, avec l’assistance de la Communauté internationale, promeuve la compréhension et la tolérance mutuelle entre les es différents groupes ethniques et religieux».

Pour des élections libres et transparentes

Pour le pape, le gouvernement irakien «doit s’atteler à la tâche d’arrêter les disputes et les conflits à travers le dialogue et la négociation, en ayant recours aux forces militaires qu’en ultime recours». Le Saint-Siège encourage aussi «ses efforts pour assurer que les élections soient justes et transparentes», afin que tous les citoyens exercent «ce droit démocratique».

Le coup d’envoi du processus d’inscription sur les listes électorales en prévision du scrutin de janvier 2005 dont sortira le premier gouvernement démocratique irakien, a été donné le 1er novembre 2004.

«C’est mon souhait que le peuple irakien puisse continuer à promouvoir sa longue tradition de tolérance», a poursuivi le souverain pontife, rappelant que la culture et la civilisation irakienne peuvent «se vanter de la présence chrétienne depuis les débuts de la chrétienté elle-même». Cette présence est «un bon exemple des différentes voies dans lesquelles les membres des diverses religions peuvent vivre en paix et en harmonie», a-t- il insisté, demandant «d’établir une distinction claire entre les sphères religieuses et civiles qui permette à chacun l’exercice de ses propres responsabilités, dans le respect réciproque et la complète liberté de conscience».

Le pape a ainsi assuré au diplomate irakien que «l’Eglise catholique, et particulièrement l’Eglise chaldéenne présente dans son pays depuis les temps apostoliques sont engagées afin d’assister son peuple dans la construction d’une nation plus stable et paisible».

Enfin, rappelant que depuis «le début de la période de conflit» il est resté proche du peuple irakien à travers la présence du nonce apostolique à Bagdad alors que les autres diplomates avaient quitté le pays, le pape a assuré au nouvel ambassadeur son engagement en faveur des «nombreuses victimes du terrorisme et de la violence». «Je prie pour qu’elles puissent être épargnées par la douleur et recevoir l’assistance dont elles ont besoin de la part des organisations humanitaires internationales».

Soutien au gouvernement

Quant à l’ambassadeur de confession chrétienne, né en 1959, père de quatre enfants et qui s’occupait jusqu’à présent d’apporter une assistance juridique aux immigrés irakiens à Londres, il a souhaité que «l’Irak et le Saint-Siège travaillent ensemble à élever un pays de tolérance et d’harmonie entre les religions et joignent leurs efforts pour lutter contre la guerre, le sida et la famine au Proche-Orient, en Afrique et dans le reste du monde».

Jean Paul II avait déjà encouragé «les efforts des Irakiens en vue d’établir des institutions démocratiques», en recevant le Premier ministre Iyad Allaoui, le 4 novembre dernier. Le Saint-Siège a toujours apporté son soutien au gouvernement provisoire irakien depuis son instauration en juin 2003. «Il est maintenant impératif de soutenir le gouvernement actuel dans ses efforts pour ramener le pays à la normale, et à un système politique substantiellement démocratique et en harmonie avec les valeurs de ses traditions historiques», avait ainsi affirmé le secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, Mgr Giovanni Lajolo, à la tribune de l’Onu le 29 septembre 2004.

Le pape s’était déjà fortement opposé à la guerre anglo-américaine en Irak et à l’usage de la force pour renverser le régime de Saddam Hussein. L’Irak compte une minorité chrétienne, l’Eglise chaldéenne qui est liée à Rome et dont le patriarcat est à Bagdad. (apic/imedia/ag/hy/pr)

15 novembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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