Le tragique destin des chrétiens du Pakistan
Rome: L’annonce de la mort d’un évêque pakistanais jette la stupeur au Synode pour l’Asie
Rome, 7 mai 1998 (APIC) La mort de l’évêque de Faisalabad, Mgr John Joseph, 65 ans, a été annoncée mardi matin aux membres du Synode pour l’Asie par le président de la Conférence épiscopale du Pakistan, Mgr Armando Trinidade. Au commencement des travaux du synode, le prélat a invité ses confrères à prier pour le défunt. La salle de presse du Vatican a annoncé qu’elle ne donnerait aucun communiqué à ce sujet mardi.
Radio Vatican reprend la version du suicide annoncé par les agences internationales. Mgr Siméon Anthony Pereira, archevêque de Karachi, joint au téléphone par Aide à l’Eglise en Détresse, annonce que Mgr John Joseph s’est suicidé le 6 mai vers 21 heures 30 en protestation contre la condamnation à mort d’un chrétien accusé de «blasphème» et l’absence d’aide dans sa tentative de le sauver. Selon Mgr Pereira, l’évêque s’est tué dans la cour du tribunal de Sahival, à quelque 700 km au sud d’Islamabad, avec une arme personnelle, qu’il possédait depuis qu’il avait reçu des menaces.
Après une réunion de prière, l’évêque est allé prendre un léger dîner, puis, accompagné, à sa demande, d’un autre prêtre et de son chauffeur, il s’est rendu dans la cour de l’immeuble où se trouve le tribunal, vers 21 heures. Il a ensuite demandé à être laissé seul, et les deux personnes se sont éloignées de quelques mètres en pensant «qu’il voulait prier». Elles sont retournées précipitamment auprès de lui en entendant un coup de feu. Mais l’évêêque était mort sur le coup, toujours selon la même source.
«Il était frustré, affirme Mgr Pereira, parce qu’il n’avait trouvé personne pour l’aider, ces dernières semaines». L’évêque avait été vice-président de la Conférence épiscopale et était président de la commission Justice et Paix de la conférence épiscopale pakistanaise. Pour Mgr Pereira, Mgr Joseph «n’aurait pas fait un tel geste s’il n’avait pas été mentalement bouleversé, mais il était trop déprimé».
Le 6 mai, Mgr Joseph revenait en effet d’une réunion de prière à Sahival, dans la province à majorité catholique du Penjab, dans la paroisse du P. Yaqoob Faroq, dominicain, pour les victimes de la loi «du blasphème» et en particulier le jeune Ayub Masih, condamné à mort le 27 avril dernier pour avoir, dit-on, publiquement loué l’oeuvre de Salman Rushdie.
Depuis l’annonce de la sentence, Mgr Joseph avait cherché en vain un avocat pour défendre le jeune homme et n’avait reçu que des refus. «Aucun juge ou aucun avocat ne prendra le risqu, dans ce pays, de défendre un chrétien», affirme la même source. Récemment en effet un juge a été condamné à mort après avoir acquitté un chrétien. Mgr Pereira ajoute: «Personne ne vient à notre aide».
Les évêques pakistanais bouleversés
Mgr Pereira et l’ensemble des évêques catholiques du pays sont «bouleversés» par cette fin tragique. Il avait vu Mgr Joseph pour la dernière fois lors de la Semaine-Sainte qui avait rassemblé les évêques du pays à Multan et il semblait «aller bien».
Les funérailles de l’évêque auront lieu le 8 mai dans son village natal de Khuspur, un village catholique, et non pas au siège épiscopal de Faisalabad, en raison d’une fête des musulmans chiites, qui rendrait «délicate» la présence d’une procession catholique, toujours selon la même source. Pour le moment il n’y a pas eu de réaction des autorités pakistanaises, mais la nouvelle de la mort de l’évêque a été publiée jeudi matin dans les journaux.
Trois évêques du Pakistan sont actuellement présents au Vatican à l’occasion du Synode pour l’Asie: Mgr Armando Trinidade archevêque de Lahore, et président de la conférence épiscopale, Mgr Joseph Coutts, évêque de Hyderabad, et Mgr Anthony Lobo, évêque de Islamabad. Dans son intervention au Synode, Mgr Coutts avait sévèrement dénoncé le manque de liberté religieuse dans son pays. (apic/imed/mp)




