Il faut revoir le concept de laïcité en Europe

Rome : L’archevêque de Paris ne veut pas du modèle américain pour construire l’Europe

Rome, 7 mars 1999 (APIC) Le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, ne désire pas que «la construction de l’unité européenne se fasse sur le modèle des Etats-Unis dont la situation est parfaitement dissemblable». L’archevêque de Paris prône aussi, face aux brassages des populations qui s’opèrent en Europe, le respect des autres, notamment des musulmans. Il a pu réaffirmer ses convictions à Rome, en fin de semaine dernière, à l’occasion d’une conférence intitulée: «Espérer en l’Europe à venir», au centre culturel Saint-Louis de France.

«L’originalité européenne s’est caractérisée jusqu’à présent par la diversité des langues et par un christianisme fragmenté en plusieurs modèles, a précisé le cardinal français, alors que les Etats-Unis ont été marqués par une unité linguistique et par la domination sociale et culturelle du modèle biblique protestant. La construction de l’unité de l’Europe ne peut se faire que par la création d’un art de vivre européen suffisamment fort et enviable, ’fondé sur des valeurs communes’, pour faire face à l’arrivée massive de populations immigrées de religion majoritairement musulmane».

Le cardinal Lustiger estime qu’il n’y a pas aujourd’hui d’identité européenne claire pouvant se substituer à celle des nations, et que cela crée un risque de submersion devant l’arrivée massive de populations nouvelles sur le continent européen.

Aller au delà de la simple tolérance

Face à cela, il faut trouver un «art de vivre» propre à l’Europe, a-t-il expliqué, qui soit spirituel, donc culturel, avant d’être économique ou linguistique. Cet art de vivre doit reposer sur la reconnaissance de la liberté religieuse par les sociétés civiles, a ajouté le cardinal, au plan privé et individuel mais aussi social, ce droit impliquant «une solidarité qui va plus loin que la simple tolérance et dont le meilleur nom est le respect».

Pour qu’une cohabitation des différentes religions soit possible en Europe, a encore expliqué le cardinal Lustiger, il faut que les musulmans puissent «adopter les valeurs européennes fondamentales sans pour autant avoir à renier leur foi, et qu’ils consentent eux aussi à être éprouvés par la raison critique quand bien même celle-ci se dit athée».

Revoir le concept de laïcité

Il faut revoir aujourd’hui le concept de laïcité en Europe, a également indiqué le cardinal, celui-ci ayant été formulé autrefois dans une culture homogène dont le christianisme était l’élément constitutif et communément admis. Or ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Dans sa conclusion, l’archevêque de Paris a invité ses auditeurs à être réalistes face aux difficultés de la construction de l’Europe, difficultés que la monnaie unique ne suffira pas à dépasser, a-t-il insisté, dans le cas d’un réveil des nationalismes, d’une crise économique renforcée ou simplement des contraintes quotidiennes imposées par ce grand brassage de populations». (apic/imed/ba)

7 mars 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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