Aveu public des fautes commises durant l’histoire

Rome: L’Eglise demandera pardon pour les bûchers de l’Inquisition

Rome, 12 août 1998 (APIC) A l’occasion du Jubilé de l’an 2000, l’Eglise catholique romaine va vraisemblablement demander pardon pour les bûchers de l’Inquisition. Un colloque scientifique international va examiner les responsabilités de l’Eglise dans les pratiques de cette institution, a confirmé une nouvelle fois mardi le théologien dominicain suisse Georges Cottier sur les ondes de Radio Vatican. Le théologien de la Maison pontificale fait partie du Comité du Grand Jubilé de l’An 2000.

La Commission théologique et historique du Comité pour le Jubilé travaille en fait depuis deux ans sur les moments de l’histoire de l’Eglise que le pape Jean Paul II souhaite voir réexaminés, notamment les racines de l’anti-judaïsme en milieu chrétien et les «Inquisitions». Un congrès d’historiens – dont des experts non-catholiques, dans une volonté d’ouverture et d’objectivité – devra examiner, à huis clos, les fautes de l’Eglise commises durant l’Inquisition.

Le Jubilé, année de la rémission des péchés et de la conversion

Le pape, qui recevra les résultats des travaux scientifiques, devrait en tirer des éléments pour une déclaration de reconnaissance des fautes commises par l’Eglise durant l’histoire. Cet aveu, attendu avec impatience, sera rendu public en l’an 2000. Dans la tradition catholique, qui trouve ses origines dans l’Ancien Testament, le Jubilé est un grand événement religieux: c’est l’année de la rémission des péchés, de la réconciliation et de la conversion.

Un moment privilégié qui pourrait être marqué solennellement, comme l’a déjà suggéré le théologien italien Rino Fisichella, membre du Comité du Jubilé, par un acte d’une grande force prophétique: la béatification du prédicateur dominicain Jérôme Savonarole (1452-1498), excommunié par le pape contesté Alexandre VI Borgia et brûlé sur son ordre par le «bras séculier» le 23 mai 1498 à Florence.

Le Père Cottier a souligné dans son entretien à Radio Vatican qu’il ne s’agira pas dans cette rétrospective historique d’accuser des personnes après-coup ni de s’excuser à leur place. Il s’agit plutôt pour l’Eglise de reconnaître publiquement que certaines choses se sont passées dans certains contextes historiques, qui n’auraient pas dû arriver. Il s’agira aussi de demander pardon pour la quantité de péchés qui ont été commis par des chrétiens et qui ont jeté une ombre sur le message chrétien, a-t-il ajouté.

Le théologien de la Maison pontificale a encore souligné que l’acte de contrition de l’Eglise ne doit pas être interprété comme si l’Eglise dans son ensemble n’était qu’une succession de fautes et de crimes. Il faut à ses yeux distinguer entre les erreurs commises par des individus et les fautes collectives. «L’Eglise, dont certains membres ont commis des fautes, est la même que celle qui a toujours aussi engendré des martyrs».

La Commission théologique du Grand Jubilé étudie depuis plusieurs années la proposition d’un grand acte de contrition publique de l’Eglise. «Il est nécessaire que nous, les chrétiens d’aujourd’hui, réfléchissant à l’histoire de l’Eglise, fassions pénitence devant Dieu pour les fautes commises par nos pères, par nos ancêtres. Qu’on assume l’histoire. Pas pour se replier sur le passé, mais au contraire pour affronter le futur en disant: voilà des choses que l’on ne doit plus faire!», confiait il y a quelque temps le Père Cottier à l’APIC.

Distinguer les faits des mythes, discerner entre l’Histoire et l’image que l’on en a

«Au sujet du passé, poursuivait-il, il y a les faits et aussi les mythes, comme l’a dit un historien. Beaucoup de choses fausses ont été racontées au sujet des croisades ou de l’évangélisation de l’Amérique. Des fautes ont certainement été commises, mais il faut se remettre dans le contexte de l’époque, voir aussi ce qu’il y a eu de positif…J’espère que ce travail scientifique, quelle que soit la décision prise, ne sera pas perdu. Parce que s’il est de haute qualité – comme nous l’espérons – il sera publié. Il restera cet effort de l’Eglise pour reconnaître la vérité historique telle qu’elle est. Mais encore une fois, en faisant des discernements entre ce qu’est vraiment l’histoire et l’image que les gens s’en font!»

Pour le Père Georges Cottier, le repentir de l’Eglise doit se baser sur des faits avérés, «car on ne peut pas demander pardon pour des fautes qui n’existent pas; on ne va pas non plus réagir à des slogans qu’on nous lance parfois gratuitement; nous voulons d’abord réaliser un travail scientifique, d’historiens!» Notons que l’acte de repentir public qui devrait avoir lieu à l’occasion du Grand Jubilé a été explicitement voulu par le pape Jean Paul II. Il a mentionné ce désir dans son encyclique «Tertio Millenio Adveniente» sur la préparation en vue du Jubilé de l’An 2000, publiée en date du 10 novembre 1994. (apic/cic/com/be)

12 août 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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