Deux livres de l’Académie pontificale pour la Vie
Rome: L’Eglise face aux biotechnologies:
Rome, 14 octobre 1999 (APIC) Aliments transgéniques, carte génétique, choix du sexe…: le débat sur les répercussions éthiques de l’utilisation des biotechnologies est lancé. Certains craignent «la nourriture de Frankenstein», d’autres, et c’est le cas d’universitaires de Pavie (Italie), dénoncent une réaction «alarmiste» sans fondement scientifique et soulignent les avantages énormes que l’on peut tirer d’une utilisation «pertinente» des biotechnologies.
Jusqu’ici, l’Eglise catholique n’a pas fait connaître de position explicite en la matière. Croyants et non croyants attendaient qu’elle se prononce au sujet des manipulations génétiques. C’est à leur intention que l’Académie pontificale pour la Vie, créée par Jean Paul II en 1994, va publier deux ouvrages, l’un sur le génome humain, l’autre sur les biotechnologies.
Nouvelle responsabilité
Comme l’explique le jésuite Angelo Serra, éminent généticien et professeur émérite à la Faculté de Médecine de l’Université du Sacré-Coeur à Rome, la recherche sur le génome humaine a commencé en 1989 et, dix ans plus tard, on connaît environ 6% de cette carte qui contient trois milliards de lettres. On connaît 1462 gènes dont dépendent les maladies génétiques, tandis que 4500 maladies monogénétiques ont été identifiées (auxquelles il faut ajouter toutes les autres, comme les tumeurs, qui sont des maladies polygénétiques).l»Les progrès de la connaissance scientifique sont exceptionnels, a ajouté le Père Serra, même s’il y a du retard dans l’application. Les 600 expériences d’ingénierie génétique en cours sur des maladies comme le sida, le cancer, ainsi que sur des maladies monogénétiques et enzymatiques, n’ont pas encore donné de résultats définitifs, car on n’a pas réussi à guérir le dysfonctionnement de certains gènes qui provoquent la maladie».
Le P. Serra déplore que «ces connaissances ont conduit à un naufrage moral au lieu de rendre le personnel médical et le personnel de santé davantage conscient de ses responsabilités». Ainsi, quand le diagnostic prénatal tend à «éliminer le sujet qui pourrait développer la maladie, au lieu de le guérir»: ce sont «d’authentiques cas d’eugénisme qui sont en train de triompher en médecine». Le P. Serra est convaincu que «les progrès dans la connaissance scientifique apporteront de grands bénéfices pour l’humanité et qu’on ne peut donc incriminer la science», mais cela demande «une plus grande responsabilité et une plus grande attention du corps médical et des institutions quant aux limites éthiques que beaucoup voudraient franchir».
Sensationnalisme catastrophique
Giuseppe Bertoni, professeur à l’Institut de Zootechnique de la Faculté Agraire de l’Université Catholique du Sacré-Coeur à Plaisance (Italie), critique «le sensationnalisme catastrophique avec lequel la presse présente les biotechnologies». Pourquoi avoir peur du progrès scientifique? «C’est vrai qu’il y a des limites éthiques à respecter, dit-il, mais il faut surtout connaître la réalité de la biotechnologie. Et je le dis: si on connaît les biotechnologies, on n’en a pas peur».
Refuser les biotechnologies parce que leurs brevets sont entre les mains des multinationales est «un argument idéologique et non scientifique», estime Bertoni. C’est peut-être vrai que les multinationales détiennent 40% de la connaissance dans ce domaine, mais c’est vrai aussi que les structures publiques et certaines petites entreprises travaillent activement dans la recherche et donnent des garanties qu’il ne faut pas mépriser».
Concernant le clonage animal, le prof. Bertoni pense qu’il «pourrait servir pour résoudre de manière définitive le problème des espèces en voie de disparition. On est en train de faire une tentative avec le panda, mais le clonage pourrait s’appliquer aussi à d’autres espèces».
La position de l’Eglise
Pour Mgr Elio Sgreccia, vice-président de l’Académie Pontificale pour la Vie et directeur de l’Institut de Bioéthique de l’Université du Sacré-Coeur à Rome, «il n’existe pas d’indications spécifiques du Magistère de l’Eglise sur les biotechnologies» – hormis sur le clonage humain, qu’il rejette de toutes ses forces, et c’est pourquoi il a «freiné tous ceux qui exigeaient une condamnation de ces produits».
Le livre «Biotechnologies animales et végétales, nouvelles frontières et nouvelles responsabilités», précise-t-il, vise à apporter des éclaircissements sur cette question. «Nous exposons les lignes idéologiques: la recherche dans le domaine de la biotechnologie pourrait résoudre des problèmes énormes, comme par exemple l’adaptation de l’agriculture dans des terres arides, ce qui pourrait permettre de résoudre le problème de la faim. Il faut que les produits biotechnologiques contribuent au bien-être de l’homme, en donnant des garanties face à d’éventuels dangers. Il faut donc de la transparence. Une fois que les caractéristiques de santé adéquates du produit ont été garanties, il est juste que le consommateur puisse savoir s’il a été modifié génétiquement». (apic/zn/tg/pr)



