Elever le niveau de connaissance réciproque
Rome: L’Eglise ne peut différer son dialogue avec l’Islam, estime le cardinal Karl Lehmann
Rome, 10 octobre 2005 (Apic) L’Eglise catholique ne peut «différer» dans le temps le dialogue avec l’Islam, a estimé le cardinal Karl Lehmann, dans une interview accordée au quotidien italien «La Stampa».
Interrogé le 10 octobre sur les enjeux du pontificat de Benoît XVI, le président de la Conférence épiscopale allemande, actuellement à Rome pour le Synode des évêques, s’est aussi exprimé sur la religiosité en Europe.
Pour le cardinal Lehmann, archevêque de Mayence, le christianisme européen peut répondre de façon constructive au défi islamique par un «dialogue» mené «avec sérieux». Cela permettra, pense-t-il, d’abattre de très nombreux préjugés.
Pour le prélat allemand, «nous devons chercher à avoir un meilleur niveau de connaissance réciproque», admettant que «nous savons très peu des grandes découvertes culturelles et techniques faites par l’Islam, par sa mystique, son architecture.». Et de souligner que «l’occident a souvent sous-évalué les éléments plus valables de l’Islam».
«Il y a toutefois des thèmes qui conditionnent l’ordre du jour actuel du dialogue et qui doivent être mis en évidence», a cependant souligné le cardinal allemand. «Il s’agit, par exemple, de la signification différente attribuée aux notions de foi et de droits humains, du rôle divergent assigné à la violence dans la religion, des différentes herméneutiques utilisées pour résoudre les contradictions présentes dans les respectifs écrits révélés (dans le Coran par exemple), de la façon diverse de considérer la liberté religieuse (selon le principe d’une réciprocité effective)».
«Il y a aussi la façon singulière de réfléchir sur le rapport existant entre Dieu, la présence du mal et la souffrance dans le monde», a- t-il poursuivi. Et si pour l’archevêque de Mayence, le dialogue avec l’Islam n’en est qu’»à ses débuts», «nous ne pouvons le différer ultérieurement en perdant encore un temps précieux».
Nouvelle forme de religiosité en Europe
Interrogé sur l’émergence d’une nouvelle forme de religiosité en Europe, le cardinal Lehmann a expliqué que «la foi chrétienne ne coïncide pas simplement avec des besoins religieux déterminés ou des formes expressives particulières de la religiosité». «Avec l’actuelle renaissance de la religion s’affirme par exemple un type de superstition qu’on pensait dépassée», a-t-il souligné en évoquant les mouvements sectaires.
«Au-delà de ces déformations, des tendances font vraiment espérer en une renaissance de cette religiosité qui, jusqu’à avant-hier, était considérée comme morte», a cependant estimé le cardinal. Pour lui, il faut distinguer attentivement «nature et déformation de la religion». «Rien n’est plus important que le discernement de la vraie religiosité», a-t-il insisté.
Un pontificat de mots davantage qu’un pontificat de gestes ?
Le cardinal président de la Conférence épiscopale allemande depuis 18 ans, a par ailleurs été interrogé sur la personnalité de Benoît XVI, qu’il connaît bien. «Benoît XVI connaît l’importance du geste. En lui, les gestes sont peut-être plus mesurés, mais pas moins significatifs pour autant», a-t- il affirmé. Il commentait les propos de Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Saint-Siège, aux JMJ de Cologne, qui avait affirmé que le pontificat de Benoît XVI serait un pontificat de mots alors que celui de Jean Paul II avait été davantage un pontificat de gestes.
«Jean Paul II aussi savait recourir à la parole, l’utilisant avec des objectifs précis. Le geste comme la parole sont des éléments qui font partie intégrante de la façon d’articuler le service pétrinien», a aussi expliqué le cardinal allemand. Et d’ajouter «ce que Benoît XVI accentue de façon particulièrement significative est l’utilisation posée et réfléchie de la parole». «Ce qui était manifesté de façon évidente pour Jean Paul II était le rapport instauré avec l’opinion publique et, en particulier, le monde des médias», a renchéri le cardinal allemand. «Mais il faut préciser que cette relation a mûri au cours d’un long pontificat. Donnons donc à Benoît XVI le temps d’affirmer son style», a-t-il lancé. (apic/imedia/ar/pr)



