Mgr Leonard inquiet des propositions d’élargir la loi
Rome: L’évêque de Namur préoccupé par l’évolution des lois sur l’euthanasie en Belgique
Rome, 27 janvier 2005 (Apic) Mgr André-Mutien Léonard, évêque belge de Namur, s’est dit préoccupé par l’évolution des lois sur l’avortement et l’euthanasie dans son pays. Présentant, au cours d’une conférence de presse au Vatican le 27 janvier 2005, le message du pape pour le Carême 2005, l’évêque belge a aussi salué la qualité du débat en France sur la question de l’euthanasie.
«Dans les pays où l’euthanasie a été dépénalisée, on a procédé comme dans le cas de l’avortement», a ainsi regretté le prélat belge. «Le problème a été affronté à partir de cas exceptionnels et particulièrement émouvants, en soutenant par ailleurs la nécessité de dépénaliser parce que, de fait, l’euthanasie était déjà pratiquée». Rappelant que la loi en faveur de l’euthanasie a été votée en Belgique en mai 2002, Mgr Léonard a déploré que soit aujourd’hui proposé «d’élargir» les conditions prévues par la législation en vigueur.
En effet, un an après les Pays-Bas, la Belgique a été le second pays au monde à autoriser l’euthanasie sous certaines conditions. Cette loi exige que le patient soit majeur ou mineur émancipé, conscient au moment de sa demande, qui doit être formulée de manière volontaire, réfléchie et répétée. Par ailleurs, la maladie doit être déclarée irrémédiablement sans issue et le patient doit faire état d’une souffrance physique ou psychique constante et insupportable. Enfin, le dossier de chaque patient doit passer devant une commission de contrôle pouvant rejeter la demande. Un projet de loi présenté au Sénat en juillet 2004 propose désormais de permettre au médecin de proposer l’euthanasie dans des cas de démence du patient ou d’hémorragie cérébrale.
Testament de mort
Selon l’évêque belge, ce projet de loi permettrait d’étendre la portée de ce qu’on appelle la «déclaration anticipée» ou encore le «testament de vie», précisant qu’il le qualifierait plutôt de testament «de mort». Tout ceci, a ajouté Mgr Léonard, laisse à penser que, à l’avenir, les restrictions prévues aujourd’hui ne seront plus respectées et seront supprimées, comme dans le cas de la loi sur l’avortement.
Autre cas préoccupant aux yeux de l’évêque de Namur, «le nombre des médecins qui, comme aux Pays-Bas, préfèrent pratiquer l’euthanasie sans accomplir les formalités prévues par la loi».
Le prélat belge a ensuite souligné plusieurs dangers. Il a regretté l’idéologie répandue selon laquelle chaque individu est libre de ses choix, de vie ou de mort. «Nous voulons être les patrons de notre propre vie, a-t- il ajouté, et nous emparer de notre naissance comme de notre mort.» «Si la loi sur l’avortement avait des effets rétroactifs, je ne sais pas si les députés belges l’auraient votée», a-t-il encore lancé.
Mgr Léonard, qui a souligné l’importance des soins palliatifs, a dénoncé le danger de voir «la profession médicale devenir un instrument décisif en vue de la réduction des dépenses sanitaires ou l’instauration d’une politique sélective fondée sur le concept de la qualité de la vie». Il s’est dit inquiet de l’évolution du rapport entre patients et médecins si le sens profond du travail de ces derniers devenait non plus seulement «l’art de soigner et de guérir» mais aussi «l’art de tuer».
La pertinence française
Au terme de la conférence de presse au Vatican, l’évêque, interrogé par l’Apic, a enfin regretté que le débat autour de l’euthanasie, en Belgique, n’ait pas été assez développé soulignant au contraire qu’en France il avait été beaucoup plus incisif et pertinent.
Dans son message pour le Carême 2005, publié ce 27 janvier au Vatican, Jean
Paul II a invité les chrétiens et hommes de bonne volonté à prendre soin des personnes âgées et rappelé le commandement de la Bible ’Tu ne tueras pas’, qui demande que «la vie soit respectée et promue, toujours, depuis son début jusqu’à son crépuscule naturel». (apic/imedia/ami/pr)



