Une contribution au dialogue sur la famille, la vie et l’éthique
Rome: L’évêque suisse Karl Romer commente le lexique sur la famille, la vie et l’éthique
Johannes Schidelko, collaborateur de l’APIC à Rome / traduction Bernard Bovigny
Rome, 10 janvier 2002 (APIC) Déjà avant sa diffusion, le nouveau lexique du Conseil pontifical pour la famille provoque des vagues. «Halte à la culture du sexe», a même titré le journal «La Repubblica», diffusé à Rome. Plusieurs considèrent que l’Eglise catholique lance une offensive contre la liberté sexuelle et l’autodétermination, avec l’ONU dans sa ligne de mire.
«Trop superficiels et simplificateurs», estime l’évêque saint-gallois Karl Joseph Romer, secrétaire du Conseil pontifical pour la famille, au sujet des commentaires suscités par le lexique sur le mariage et la famille. Le prélat, dans un commentaire à l’agence APIC, affirme que ce document de presque mille pages contribue de façon scientifiquement fondée au dialogue sur les questions controversés touchant actuellement la famille, la vie et l’éthique. Le Vatican a également voulu donner son point de vue sur certains décalages touchant des termes et des concepts en lien avec la protection de la vie et la morale sexuelle.
Le lexique contient 80 expressions-clés, qui vont de «avortement» à «libre choix», de «médecine reproductive» à «genre». Sa parution est prévue encore pour janvier, d’abord en italien. L’édition en espagnol suivra peu après, puis celles en anglais et en français.
Les progrès en science et en technique, les changements dans les styles de vie, ainsi que la création de nouveaux termes et l’interprétation différente d’anciens concepts ont incité les autorités de l’Eglise catholique à rédiger ce document, soutient Mgr Romer. Selon lui, les médias et certaines décisions de la justice ont également contribué au glissement de certains critères de valeurs et à des confusions.
Vous avez dit: «Libre choix?»
Un exemple caractéristique cité par l’évêque suisse est la notion de «libre choix». Aucun homme sensé ne peut s’opposer à la liberté, qui constitue une des plus grandes valeurs de l’humanité. «Mais cette notion s’est réduite à un contenu, qui est devenu pratiquement exclusif: la libre disposition du corps, y compris lorsqu’un autre être, un enfant, y habite. Et la femme serait libre de le tuer», commente Mgr Romer.
Le lexique contient des éclaircissement sur certains termes, et par là même sur une certaine culture linguistique. Il analyse notamment l’influence des notions juridiques sur la conscience et le développement des valeurs. Exemple: dans quelle mesure l’opinion générale selon laquelle un avortement est légal durant les trois premiers mois influence-t-elle le jugement personnel, et contribue ainsi à des mauvais jugements?
Le Conseil pontifical pour la famille veut également, à travers ce document, mettre à jour des pratiques qu’il juge inacceptables, comme l’avortement tardif. Appelée «partial birth abortion» aux Etats-Unis, et mise régulièrement en pratique dans ce pays, elle est «plus grave que toute autre forme de carnage», soutient le secrétaire de ce conseil. «Une parole doit être dite à ce sujet. La société doit savoir ce qui se passe dans les hôpitaux publics qu’elle finance».
La plus grande part du lexique est consacrée au mariage et à la famille, à ses droits et à ses devoirs, à sa place dans la société, au phénomène de son refoulement dans la sphère privée. Il aborde également les revendications de reconnaissance juridique des couples non-mariés officiellement et des unions homosexuelles. Les auteurs analysent de quelle manière sont utilisées, dans la discussion, des notions comme la tolérance, le compromis et la discrimination.
Un point de vue constructif sur les thèmes actuels
Le lexique ne cherche pas à réaffirmer des prises de position déjà connues de l’Eglise catholique, soutient Mgr Romer. Il apporte un point de vue constructif sur des thèmes actuels qui touchent le monde et la science, dans leurs dimensions philosophico-théologique, sociologique et politologique. Le Conseil pontifical pour la famille s’est appuyé pour sa rédaction sur des auteurs renommés, comme des cardinaux et des Prix Nobel. Le document n’est pas seulement destiné aux évêques et aux prêtres, soutient l’évêque d’origine suisse, mais à tous ceux qui participent à la formation de la culture actuelle. «Nous voulons faire de l’enseignement de l’Eglise une part au dialogue dans le monde». (apic/cic/wm/bb)



