Ses propos ont suscité l’indignation générale
Rome: L’iman de la grande mosquée suspendu pour incitation à la violence
Rome, 15 juin 2003 (Apic) Abdel-Samie Mahmoud Ibrahim Moussa a été suspendu le 14 juin de son poste d’iman de la grande mosquée de Rome. Son appel prononcé vendredi 6 juin à «anéantir les ennemis de l’islam» et rapporté dans le quotidien italien «La Reppublica» du 7 juin, a provoqué l’indignation et la désapprobation tant des musulmans italiens, que des juifs et des catholiques, de même que des autorités civiles italiennes.
L’imam révoqué avait appelé à «anéantir les ennemis de l’islam et à assurer partout dans le monde la victoire de la nation de l’Islam». Il avait également prier Dieu «d’accorder le triomphe aux combattants islamiques en Palestine, Tchétchénie et partout ailleurs».
Le ministre de l’Intérieur, Giuseppe Pisanu, s’est déclaré «outragé» par les propos de l’iman Moussa et a demandé que les mosquées italiennes soient «complètement libres de toutes prêches de violence, de recruteurs de guerre sainte et d’agents étrangers aux intérêts de l’Italie.» Les représentants de la communauté juive, notamment le Centre Simon Wiesenthal qui a écrit au président Silvio Berlusconi, ont demandés la suspension «de toute urgence» de l’imam Moussa, qualifiant ses propos de «validation du terrorisme».
Le chef de la Ligue musulmane mondiale en Italie, Mario Scialoja, a confirmé samedi 14 juin la suspension du grand iman, après réunion vendredi 13 du Conseil administratif de la Ligue, dont dépend la grande mosquée de Rome. Maria Scialoja a déclaré «nous ne pouvons pas permettre que la mosquée soit utilisée pour diffuser la violence». Il a en outre précisé que les quelque 90’000 musulmans de Rome sont pacifiques et ne partagent pas les vues de l’iman Moussa. Le chef de la ligue a également indiqué qu’un replaçant permanent va succéder à ce jeune iman de 32 ans, nommé il y a cinq mois à la tête de la grande mosquée de Rome par l’Université d’Al- Azhar au Caire, la plus haute autorité de l’islam sunnite.
Les dérives d’un islam importé
«Nous prenons nos distances sans hésitation des paroles violentes de l’imam Ibrahim Moussa à la mosquée de Rome. Ces dérives viennent de l’islam importé en Italie et ne font pas partie de l’islam italien autochtone. Dans les mosquées italiennes, il faudrait des imams italiens, qui connaissent et comprennent le contexte social et culturel du Pays et puissent réaffirmer l’esprit oecuménique universel de l’islam» C’est ce qu’a déclaré à l’agence Fides Shaykh’Abd al Wahid Pallavicini, Président du COREIS (Communauté Religieuse Islamique Italienne) à Milan. Pallavicini, représentant officiel de l’islam à la rencontre inter-religieuse d’Assise en 1986, est le responsable de la mosquée de Rome auprès du Conseil Pontifical pour le Dialogue Inter-religieux.
Pallavicini rappelle que la COREIS entend proposer un islam «pleinement compatible avec la société et avec le système juridique italien», et regarde avec faveur le «pacte avec l’islam» proposé par le Ministre de l’Intérieur, «dans le refus de toute forme d’exclusivisme confessionnel, d’hégémonie idéologique d’origine islamique ou de sujétion vis-à-vis des courants politiques d’Etats étrangers».
La COREIS, née en 1993 à Milan, autour de la figure de Shaykh’Abd al Wahid Pallavicini, dirigera la mosquée en construction à Via Meda à Milan, qui pourra accueillir 150 personnes. Grâce aux bons rapports qu’elle a dans les milieux ministériels, la Communauté représente officiellement l’Italie dans les rassemblements islamiques mondiaux organisés régulièrement par le Roi du Maroc, par l’Université islamique Al-Azhar du Caire, et par la Ligue Islamique Mondiale.
Depuis le mois de février 1998, la COREIS fait partie de la Commission Nationale pour l’Education Interculturelle auprès du Ministère de l’Instruction Publique, et organise dans toute l’Italie des cours de mise à jour pour les enseignants musulmans italiens
Propos incompatibles avec une société démocratique
«On ne peut laisser la place à ceux qui font l’éloge de la haine et invitent les autres à tuer. C’est une véritable folie. C’est un problème d’ordre public que le gouvernement devra étudier. L’utilisation des endroits institutionnels comme églises, mosquées, places, pour inciter à la violence et à la guerre, est inadmissible dans un pays civilisé et démocratique. C’est en ces termes que le Père Justo Lacunza Balda, Supérieur de l’Institut Pontifical d’Etudes Arabes et d’Islamologie (PISAI), commente dans un entretien avec l’Agence Fides la prédication de vendredi dernier à la grande mosquée de Rome.
Le professeur Lacunza est préoccupé par l’orientation que peut prendre la situation : «La liberté religieuse n’a rien à voir. Il faut dire avec clarté que la Constitution italienne elle-même, ne permet pas d’inviter publiquement à la violence et à la haine contres des ennemis fantomatiques, dont, entre autres, on n’indique pas l’identité. L’incident de vendredi ne peut être considéré comme un accident de parcours : c’est un fait très grave, inadmissible dans une société démocratique. Cela soulève le problème sérieux des rapports entre cultures et religions en Italie, une question qui touche la coexistence même dans le pays. L’invitation à la djihad nuit à la communauté musulmane italienne elle-même, parce qu’elle alimente la culture de l’intolérance, favorise la suspicion et le refus envers les musulmans», a déclaré le professeur.
Le Père Lacunza se dit en outre étonné par le changement subit d’orientation de la grande mosquée de Rome, où le précédent imam Mahmoud Hammad Sheweita, un des rares à condamner l’attentat du 11 septembre, était connu pour sa tolérance, son ouverture et son dialogue, et participait souvent à des rencontres inter-religieuses. Le Supérieur du PISAI soulève alors le problème de la nomination des imam au Centre culturel islamique (à la mosquée de Rome) et de la gestion de la communauté Musulmane en Italie, dans laquelle plusieurs pays ont un poids, l’Arabie Saoudite, le Royaume du Maroc et l’Université de Al-Azhar au Caire. (apic/fides/ag/sh)



