Le Congrès des historiens , un premier pas vers la repentance

Rome: L’Inquisition vue par Jean Paul II

Rome, 1er novembre 1998 (APIC) Pour Jean Paul II, toute éventuelle demande de pardon au sujet de l’Inquisition requiert au préalable une «information exacte» sur les faits du passé, par respect de la vérité. C’est pourquoi il estime que le Congrès de 60 experts internationaux -surtout des historiens- réunis ces jours-ci pour la première fois autour du thème de l’Inquisition, au Vatican, et auxquels il s’est adressé samedi constitue le «premier pas» vers la repentance. Une démarche que l’Eglise doit entreprendre lors du Grand Jubilé de l’An 2000 et qui peut servir, aux yeux du pape, également à la société civile.

Les travaux des historiens seront communiqués au pape et publiés en un volume au cours des mois qui suivent.

Le pape rappelle, dans son discours aux membres du Congrès, que «l’Inquisition appartient à une phase tourmentée de l’histoire de l’Eglise» sur laquelle il a invité les chrétiens à réfléchir avec un esprit sincère. Il cite son exhortation apostolique de 1994 pour la préparation du Grand Jubilé, «Tertio Millennio adveniente», où il faisait allusion à l’Inquisition en invitant les «fils de l’Eglise à examiner, avec un esprit ouvert à la repentance, le consentement donné, spécialement à certaines époques, à des méthodes d’intolérance et même de violence dans le service de la vérité» (TMA, 35).

C’est pourquoi, affirme Jean Paul II, le «premier pas» consiste à interroger les historiens. Il ne leur est pas demandé un jugement d’ordre «éthique», précise le pape, mais «d’offrir une aide à la reconstruction la plus précise possible des événements, des usages, des mentalités d’alors, à la lumière du contexte historique de l’époque».

Car l’information exacte suppose une forme de détachement, précise le pape, par rapport aux «images véhiculées par l’opinion publique souvent chargées d’émotivité passionnelle», ce qui empêche, dit-il, «un diagnostic serein et objectif».

Information exacte sur la situation d’une époque

Ainsi, se pencher sur l’Inquisition demande d’une part, remarque Jean Paul II, la prise en compte des données «culturelles et politiques», c’est-à-dire, une information exacte sur la situation d’une époque. Elle demande aussi d’autre part, dit-il, de considérer l’Eglise dans son essence ainsi que les exigences évangéliques qui en règlent la vie.

«C’est seulement lorsque la science historique a pu rétablir la vérité des faits, explique Jean Paul II, que les théologiens et le Magistère de l’Eglise sont à même d’exprimer un jugement objectivement fondé.

Et de préciser à propos de la demande de pardon qu’il en va de la «cohérence» de la vie de l’Eglise: «La demande de pardon dont on parle beaucoup en ce moment, concerne en premier lieu la vie de l’Eglise, dit le pape, sa mission d’annoncer le salut, son témoignage du Christ, son engagement pour l’unité, en un mot, la cohérence qui doit marquer l’existence chrétienne».

Pourtant, cette démarche n’est pas non plus étrangère, ajoute Jean Paul II, à l’amélioration de la société civile, à laquelle l’Eglise travaille aussi aujourd’hui en s’engageant pour le respect des droits de l’homme. «La lumière et la force de l’Evangile, dont l’Eglise vit, dit-il, ont la faculté d’éclairer et de soutenir, comme en surabondance, les choix et les actions de la société civile, dans le plein respect de leur autonomie. C’est pour cela que l’Eglise ne cesse d’agir, par les moyens qui lui sont propres, pour la paix et la promotion des droits de l’homme».

Appel au pardon et à la réconciliation

Il lance finalement aux responsables politiques cet appel au pardon: «Au seuil du troisième millénaire, il est légitime, dit-il, d’espérer que les responsables politiques et les peuples, surtout ceux qui sont impliqués dans des conflits dramatiques, alimentés par la haine et le souvenir de blessures souvent anciennes, se laissent conduire par l’esprit de pardon et de réconciliation dont témoigne l’Eglise, et s’efforcent de résoudre les conflits grâce à un dialogue loyal et ouvert». (apic/imed/ba)

1 novembre 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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