Benoît XVI a réussi son baptême du feu
Rome: L’organisateur des voyages pontificaux enthousiasmé par les JMJ
Antoine-Marie Izoard, agence I.MEDIA
Rome, 22 août 2005 (Apic) Pour Mgr Renato Boccardo, organisateur des voyages pontificaux et secrétaire général de la Cité du Vatican, Benoît XVI a réussi son baptême du feu lors de son premier voyage hors d’Italie, à l’occasion des JMJ.
I.MEDIA, partenaire de l’Apic à Rome, a interrogé Mgr Boccardo, ancien responsable des JMJ au Conseil pontifical pour les laïcs, au lendemain du voyage, le 22 août.
I.Media: Vous qui étiez aux côtés de Benoît XVI, que retenez-vous essentiellement de ce premier voyage du pape à l’étranger pour les Journées mondiales de la jeunesse ?
Renato Boccardo: Comme d’habitude, l’émotion des JMJ, la foule de jeunes motivés et pleins de bonne volonté. A côté de cela, il y a aussi l’accueil chaleureux que les jeunes ont réservé au pape. C’était un point d’interrogation. Il s’agit de la génération Jean Paul II. allaient-ils se reconnaître en Benoît XVI qui n’est pas comme Jean Paul II ?. Comment le pape allait-il ’passer’ auprès des jeunes ?. On avait le droit de se poser la question. Et l’on a vu un accueil ouvert, disponible. J’ai été impressionné par le silence dans lequel les jeunes ont accueilli les messages du pape, essentiellement lors de la veillée et de la messe. Pour Benoît XVI, c’était évidemment un baptême du feu. On a vu combien il y a une paternité et une proximité qui s’expriment par des gestes beaucoup plus discrets que ceux Jean-Paul II, mais pas moins intenses. C’est une paternité qui continue, même si elle est incarnée de manière différente. Et je peux dire que le pape était très satisfait, content de voir cette foule de jeunes bien motivés auxquels on peut faire confiance.
I.Media: Peut-on vraiment dire qu’il s’agira d’un pontificat de ’concepts’ et de ’paroles’ plus que de ’gestes’, comme l’a affirmé au début du voyage le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, Joaquin Navarro-Valls ?
R.B: Non, je pense que c’est une lecture très restrictive. En disant cela, on pourrait interpréter que Jean Paul II n’a pas prononcé de paroles fortes mais fait que des gestes. Lorsque l’on voit ses messages aux jeunes pour les JMJ, on ne pas dire qu’il n’a pas eu de paroles, souvent difficiles et exigeantes. Je crois qu’il faut tenir compte de la personnalité des gens. Or, Jean Paul II communiquait d’une certaine manière, Benoît XVI communique d’une autre. J’insiste sur le fait que les médias avaient présenté le cardinal Ratzinger comme le défenseur de la foi, le gardien de l’intégrité de la foi catholique et, indirectement, il avait l’image d’un homme un peu raide.
I.Media: Il a justement pris le contre-pied. Il n’a pas brandi des principes et des interdits, mais montré le chemin du bonheur d’être chrétien.
R.B: Je pense que l’image que l’on avait de lui, dans l’opinion publique, était celle de quelqu’un de presque rigide, presque froid, et qui ne communiquait pas, un théologien et un scientifique bien carré. Depuis le début du pontificat, beaucoup découvrent chez lui, par des gestes discrets, une humanité et une paternité méconnues.
I.Media: Le grand théologien Ratzinger a parlé aux jeunes pendant quatre jours de l’histoire des rois mages. n’est-ce pas un peu surprenant ?
R.B: Quant on lit les textes et l’on voit comment il a expliqué l’histoire des rois mages, on trouve une réflexion dogmatique. C’est comme dans un tableau: il y a le cadre, qui peut être intéressant, mais ce qui l’est plus encore c’est la toile. D’ailleurs, un pasteur qui a été professeur, comme le pape, doit bien savoir utiliser les occasions, les folklores, les traditions spirituelles, pour en tirer un enseignement.
I.Media: Que dire de la visite de Benoît XVI à la synagogue de Cologne ?
R.B: Il y tenait. Dès la première rencontre de préparation avec les Allemands, il a manifesté son souhait de s’y rendre. Les responsables, sur place, ont été ravis de l’accueillir et touchés de la visite d’un pape allemand. On sait bien son souci de garder des rapports avec les juifs mais surtout d’avoir, même, un dialogue sérieux et approfondi au niveau théologique.
I.Media: Avant le voyage, on a beaucoup parlé de la visite du pape à la synagogue, mais on attendait peu des paroles aussi fortes que celles prononcées contre le terrorisme devant les représentants de l’Islam.
R.B: C’est vrai que l’on a beaucoup mis l’accent sur la synagogue, au risque de réduire la portée de son voyage en Allemagne, et d’oublier les Journées mondiales de la jeunesse. La rencontre avec les musulmans était une réponse du pape à une invitation qui lui avait été adressée. Il a voulu manifester son respect et son attention envers l’Islam, dans la continuité de l’attitude de l’Eglise catholique, spécialement depuis le concile Vatican II, sans aller au-delà de la vérité. Il s’agit d’un désir de collaboration en vue de la coexistence pacifique. C’est comme pour l’oecuménisme : on ne peut pas faire de l’oecuménisme en dehors de la vérité. Il faut bien dire les choses telles qu’elles sont, mais il faut que chacun ait conscience de son devoir et prenne aussi ses responsabilités.
I.Media: Devant les musulmans, Benoît XVI a dit combien les batailles et les guerres du passé entre les deux religions devraient «remplir de honte» l’ensemble des croyants. N’est-ce pas une expression difficile à avaler côté musulman où l’on est moins habitué à la repentance ?
R.B: Un jour, en parlant avec Jean Paul II, nous nous disions que c’est toujours l’Eglise catholique qui demande pardon, qui ouvre des portes sans que, de l’autre côté, il y ait de réciprocité. «Il faut bien que quelqu’un fasse le premier pas», nous a répondu le pape. Il ne faut pas mesurer notre attitude ou notre engagement sur la réponse que l’on reçoit. Il faut aller de l’avant. Je crois que la rencontre de Cologne s’insère exactement dans cette philosophie.
I.Media: Enfin, vous l’avez dit, il s’est agi du baptême du feu pour Benoît XVI, comment s’est passée cette découverte ?
R.B: Il avait bien sûr participé aux voyages de Jean Paul II en Allemagne. Mais, c’est évidemment son premier voyage comme pape! Ainsi, en préparant le voyage, il nous posait des questions: «Alors il faut faire comme cela ?. On doit aller à tel endroit?. A ce moment-là que fait le pape?.» Sur place, avant chaque évènement, avec ses collaborateurs, nous lui expliquions le déroulement, les gestes protocolaires bien sûr, mais aussi les petites attentions comme de saluer les gens. Tout un tas de petites choses qui ne sont pas essentielles, mais utiles dans l’équilibre global du voyage. (apic/imedia/ami/bb)



