Rome: La «Civiltà cattolica» trouve «excessive» la loi prohibant les signes religieux à l’école

Laïcité ou laïcisme plus ou moins fermé et intolérant ?

Rome, 7 mars 2004 (Apic) La loi française prohibant le port «ostensible» de signes religieux à l’école est aux yeux de «La Civiltà cattolica», la prestigieuse revue jésuite italienne proche du Vatican, «injuste et excessive». L’éditorial de l’édition du 6 mars 2004 estime qu’elle limite sans motif la liberté religieuse.

Votée par l’Assemblée nationale le 10 février 2004, la loi prohibant les signes religieux à l’école a été adoptée par le Sénat – par 276 voix contre 20 – le 3 mars 2004. La revue des jésuites, dont les articles sont relus par la Secrétairerie d’Etat du Vatican avant publication, estime «que, si à cause de la laïcité, on doit prohiber qu’un croyant exprime par des signes extérieurs son appartenance religieuse dans les limites de l’ordre public et le respect des autres, de leurs droits et de leurs croyances, la loi nous semble injuste et excessive, parce qu’elle limite sans motif la liberté religieuse.»

Interdiction du voile ou intégration de la communauté islamique ?

La Civiltà cattolica se demande aussi si la nouvelle loi ne sera pas vue et interprétée comme une mesure répressive et anti-islamique, qui risque encore d’enfermer davantage les jeunes filles musulmanes dans leurs communautés et en les poussant à affirmer leur identité islamique par le voile utilisé comme un signe de protestation.

La revue jésuite, dont le directeur Gian Paolo Salvini a été consulté par la Commission Stasi sur la laïcité, voulue par le président de la République française, s’interroge sur le fondement, l’opportunité et l’efficacité de la nouvelle législation française. Pour ce bimensuel, «le texte de loi sans le vouloir et sans s’en rendre compte, transforme la laïcité, qui devrait être ouverte et accueillante, en un laïcisme plus ou moins fermé et intolérant», d’autant que «la loi sur le voile islamique ne semble pas aider à résoudre les vrais problèmes de la communauté islamique en France.»

Quid des racines chrétiennes de l’Europe dans la Constitution de l’UE ?

Ainsi, poursuit la revue, on ne voit pas pourquoi le port d’un voile, d’un crucifix ou d’une kippa à l’école serait un danger pour l’ordre public et une contestation du principe de laïcité sur lequel s’est fondée la République française. Le véritable péril semble être que la laïcité, fondée sur les principes rationnels et positifs inspirés de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, «ne retourne dans une certaine mesure en arrière». «Un signe de ce retour serait, peut-on lire encore dans l’article, l’opposition française d’insérer dans la Constitution européenne la reconnaissance des racines chrétiennes de l’Europe».

Par ailleurs, la question de l’équilibre entre la loi et les graves problèmes posés par la présence en France de 5 millions de musulmans, pour la majorité, des citadins confrontés à des problèmes d’intégration et soumis à des groupes de pression fondamentalistes, est soulevée par la revue des jésuites.

«Dans cette situation, le voile islamique n’est pas un signe religieux, mais un signe d’appartenance identitaire et de protestation. C’est aussi un signe de sujétion et d’infériorité de la femme quand il est imposé par les familles ou par des chefs religieux», souligne l’auteur. Ainsi pour La Civiltà cattolica, «seulement dans ce dernier cas, la prohibition du port du voile à l’école a un sens positif.»

Le cardinal Paul Poupard rappelle la dimension sociale de la foi

Quant au cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture, il a rappelé aux intervenants d’un colloque sur la loi de 1905 qui s’est tenu fin février à Nice, que «le religieux ne peut jamais se réduire à la sphère du privé individuel où voudraient le confiner les pouvoirs.

La foi est une conviction qui influence les comportements et le fait religieux comporte par nature une dimension sociale». Pour le cardinal, «cette laïcité si souvent invoquée s’apparente trop souvent à un laïcisme, dans une relecture de l’histoire soumise au prisme d’idéologies réductrices.»

Dans son discours au dernier groupe des évêques français en visite «ad limina» au Vatican, Jean Paul II, reprenant une partie des propos prononcés en janvier 2004 devant le corps diplomatique accrédité auprès du Saint- Siège, était revenu, le 27 février, sur le thème de la laïcité «bien comprise», qui «ne doit pas être confondue avec le laïcisme» et qui «ne peut non plus gommer les croyances personnelles et communautaires». (apic/imedia/be)

7 mars 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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