Le message de l’archevêque de Cali survivra à son assassinat

Rome. La mort de Mgr Duarte est un appel contre la violence, dit le cardinal Castrillón Hoyos

Rome 19 mars 2002 (APIC) La voix de Mgr Isaias Duarte contre le trafic de drogue et la violence ne s’est pas éteinte avec son assassinat, affirme le cardinal colombien Dario Castrillón Hoyos. Le préfet de la Congrégation pour le clergé, dans un entretien au quotidien italien «Avvenire», le 19 mars 2002, commente la mort de l’archevêque de Cali, qui était un ami proche.

L’archevêque de Cali, Mgr Isaias Duarte, a été assassiné samedi soir dans la paroisse du Bon Pasteur, dans le grand bidonville d’Aguablanca (600’000 habitants) par deux tueurs à gages à la sortie d’une messe. Il aurait dû être entendu par la justice sur ses accusations contre le rôle du trafic de drogue dans la politique colombienne.

Le procureur de Bogota, Luis Camilo Osorio, a révélé lundi qu’il voulait savoir si Mgr Duarte avait des révélations à faire à propos des narcotrafiquants. Les funérailles du prélat, mardi matin à la cathédrale de Cali, ont attiré une foule nombreuse. Le pape a parlé «d’acte barbare» à propos de cet assassinat d’un évêque qui dénonçait courageusement la violence, d’où qu’elle vienne.

Avant les élections du 10 mars pour le renouvellement du Congrès, Mgr Isaias Duarte avait mis en cause «l’argent brûlant» de la drogue dans la campagne électorale au coeur du département du Valle del Cauca, dont Cali est le chef-lieu. Il avait appelé les électeurs à «choisir des candidats propres».

«Les courageuses déclarations de l’archevêque contre l’argent du trafic de drogue dans les campagnes électorales doivent nous contraindre à continuer de travailler dans cette direction», a souligné le procureur Luis Camilo Osorio.

Le procureur soupçonne les narcotrafiquants, le cardinal Hoyos la guérilla

Le cardinal Hoyos rappelle l’engagement que le prélat a toujours en faveur du peuple. Qualifiant l’acte de «crime abominable», le cardinal Castrillón Hoyos se dit inquiet pour l’avenir de son pays qui est désormais arrivé «à un point extrêmement grave» et «dont on ne peut prévoir les conséquences». Pour l’ancien président du Conseil épiscopal latino- américain (CELAM), la mort de Mgr Duarte a toutefois laissé une telle impression qu’il espère «qu’elle puisse inciter à un moment de réflexion et peut-être à un changement d’attitude».

«Je souhaite vraiment qu’elle fasse réfléchir en particulier les chefs des différents mouvements de la guérilla», a déclaré le cardinal Castrillon Hoyos. Les deux mouvements de guérilla, FARC et ELN, ont tous deux démentis dans un communiqué leur implication dans l’assassinat de l’archevêque de Cali, un homme qui ne les avait pourtant jamais ménagés.

Mgr Duarte était connu pour ses fortes prises de position contre le trafic de drogue et la guerre civile qui secoue le pays depuis près de 30 ans. Dans une interview donnée peu de temps avant sa mort à l’agence vaticane FIDES, il venait de dénoncer comme «criminels de guerre», les acteurs de la guérilla, les paramilitaires, les riches familles et les hommes politiques, «tous retranchés derrières leurs intérêts personnels». (apic/imed/efe/sh/be)

19 mars 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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