Rome: La nomination d’un évêque de l’Eglise chinoise officielle reconnue par le Saint-Siège
Sa nomination a été «approuvée» par le pape: horizons nouveaux?
Rome, 30 juin 2005 (Apic) Joseph Xing Wenshi, le prêtre chinois de l’Eglise officielle ordonné évêque auxiliaire de Shanghai le 28 juin 2005, a déclaré publiquement que le pape avait reconnu sa nomination. Si ses propos n’ont pas été officiellement validés par la publication officielle de cette nomination par le Saint-Siège, ils sont véridiques, a-t-on affirmé de source vaticane à I.Media, l’Agence partenaire de l’Apic à Rome. De même source, on précise que ce n’est pas la première fois que cela arrive.
Le prêtre chinois Joseph Xing Wenzhi a été ordonné évêque dans la matinée du 28 juin 2005, dans la cathédrale Saint-Ignace de Shanghai, par Mgr Aloysius Jin Luxian, évêque «officiel» du diocèse. Des représentants des autorités chinoises ont assisté à la cérémonie. Le nouvel évêque a affirmé publiquement que Benoît XVI avait reconnu sa nomination.
Si cet évêque «l’a dit, c’est que cela est vrai», affirme-t-on au Vatican. Sa nomination a bien été «approuvée» par le pape. Cela signifie qu’il a eu «le courage» de demander son approbation au pape et «de la proclamer publiquement», précise-t-on. Mais «ce n’est pas nouveau, ce n’est pas le premier cas». Il y a «des dizaines de cas rendus publics» et «la grande majorité» des évêques de l’Eglise officielle étant reconnus par le Saint-Siège. Si cette nomination a été particulièrement remarquée, c’est sans doute en raison de sa localisation, Shanghai étant «une métropole».
L’importance de la reconnaissance vaticane
En Chine, pour la nomination d’un évêque, une assemblée de représentants de «l’Eglise officielle» – l’Association patriotique – composée de prêtres, laïcs et religieux d’un diocèse se réunit pour proposer plusieurs noms. Ceux-ci sont ensuite soumis au Parti communiste chinois avant que la Conférence épiscopale de l’Eglise officielle nomme publiquement le nouvel évêque. C’est un processus non conforme à la volonté du Saint-Siège, qui revendique de pouvoir nommer seul les évêques et dénonce «l’ingérence» de l’Etat chinois dans les affaires religieuses. Pour autant, et même sans être consulté par les autorités chinoises, le pape peut reconnaître une nomination. C’est ce qui s’est passé pour Mgr Joseph Xing Whenzi.
«Sur place, les catholiques chinois donnent de l’importance à cette reconnaissance pontificale. Quand elle n’a pas lieu, ils ne se rendent généralement qu’en nombre restreint à l’église où célèbre l’évêque. Celui- ci a aussi du mal à asseoir son autorité et à gouverner. Le futur évêque cherche donc généralement à obtenir l’approbation du pape. Pour éviter les problèmes de gouvernement et pour que son Eglise fonctionne, le Parti «se plie» à cette volonté des catholiques d’obtenir la reconnaissance du Saint- Siège», souligne-t-on au Vatican. Reste que la procédure de reconnaissance n’est pas strictement établie. «On ne sait pas quand la décision du pape s’intercale dans le processus de nomination».
Si le Saint-Siège ne publie pas ces nominations qu’il valide, c’est «qu’il n’y a pas de liberté religieuse» en Chine, justifie-t-on aussi au Saint-Siège. Au Vietnam par exemple, «où le pape peut nommer les évêques», ces nominations sont publiées officiellement à Rome.
Relations diplomatiques: le Vatican est prêt
Le secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, Mgr Giovanni Lajolo, a jugé positive l’évolution des relations entre la Chine et le Saint-Siège, au cours d’une table ronde tenue à Singapour lors de son séjour en Asie mi-juin 2005. Mais au-delà de l’affirmation de bonnes intentions, le Vatican attend toujours des gestes concrets de la part des autorités chinoises. «Le Vatican est prêt à reprendre les relations diplomatiques avec la Chine, si Pékin garantit toutefois la liberté de culte», avait ainsi déclaré l’évêque italien.
De son côté, Pékin se dit près à étudier la reprise de relations diplomatiques à deux conditions: la fermeture de la nonciature de Taiwan et la garantie que le pape n’intervienne pas, «au nom de la religion», dans les affaires intérieures de la Chine. La Chine n’a pas envoyé de délégation pour les obsèques de Jean-Paul II le 8 avril 2005. Cependant elle a chaleureusement félicité le cardinal Ratzinger de son élection le 19 avril 2005. Pékin a alors souhaité que Benoît XVI puisse «créer des conditions favorables pour améliorer les relations entre la Chine et le Vatican». Près d’un mois plus tard, les autorités chinoises ont réaffirmé leur volonté «sincère» de renouer leurs relations avec le Saint-Siège.
Plus de liberté
Mais au Vatican, on souhaite une «plus grande liberté d’action pour les évêques», qu’ils puissent notamment «traiter directement avec le pape». On souhaite aussi que les religieux arrêtés et détenus depuis plusieurs années soient libérés. Régulièrement, le Saint-Siège dénonce les enlèvements de religieux qui surviennent généralement au moment des fêtes chrétiennes. Enfin, on voudrait que les catholiques clandestins «puissent exercer leur culte» sans être menacés par la police d’Etat.
Ces faits permettraient «une amélioration réelle» de la situation, souligne-t-on au Vatican. Mais pour le moment, le Saint-Siège ne constate pas encore de gestes allant dans ce sens. En cas d’établissement de la liberté religieuse en Chine, les évêques pourraient communiquer librement avec le pape. Le transfert de l’ambassade de Taipei à Pékin serait alors «automatique», déclare-t-on aussi au Vatican, ce que les autorités chinoises «savent» pertinemment.
La République populaire de Chine compte entre 12 et 15 millions de fidèles catholiques, répartis entre une communauté «patriotique» ou officielle, dont les deux tiers des évêques seraient reconnus par le Saint- Siège, et une communauté «souterraine» ou clandestine, que les autorités chinoises tolèrent plus ou moins selon les régions et les périodes de l’année. Le pouvoir communiste chinois reconnaît le droit de pratiquer les religions reconnues par l’Etat, dont le catholicisme, mais interdit le prosélytisme.
Selon le Rapport 2005 sur la liberté religieuse dans le monde publié par la branche italienne de l’association «Aide à l’Eglise en détresse» (ACS) le 30 juin 2005, «la situation est extrêmement grave en Chine, où 19 évêques ont été arrêtés ou empêchés d’exercer leur ministère». En tout une cinquantaine d’évêques et prêtres, ainsi qu’une vingtaine de religieux, seraient incarcérés dans les geôles chinoises. (apic/imedia/ar/pr)



