Rome: La première femme évêque luthérienne du monde s’exprime sur l’oecuménisme
De «Dominus Iesus» à la question des femmes dans l’Eglise
Rome, 5 novembre 2000 (APIC) La situation de l’oecuménisme en Allemagne – «renforcé» après les dernières déclarations controversées de Saint-Siége (red: «Dominus Iesus») – et la «question des femmes» dans l’Eglise ont été les thèmes abordés par la première évêque luthérienne du monde lors d’une série de rencontres tenues à Rome. Témoignage, à propos de l’exemple de l’intercommunion pratiquée parfois en Allemagne entre luthériens et catholiques, et du geste d’un évêque catholique asiatique, qui a assisté à une Sainte Cène présidée par elle et qui a communié, «justement pour montrer qu’il reconnaissait mon ministère».
Maria Jepsen, née en Allemagne en 1945, pasteur depuis 1972, a été élue évêque de Hambourg de l’Eglise du nord de l’Elbe en 1992, devenant ainsi la première femme évêque non seulement de l’Eglise luthérienne allemande, mais aussi de toutes les communautés qui font partie de la Fédération luthérienne mondiale (FLM) – organisation qui rassemble environ 59,5 millions de fidèles dans le monde.
L’admission au ministère de pasteur et d’évêque a été pour l’Eglise luthérienne «une grande bénédiction», a estimé l’évêque Jepsen, en reconnaissant que ce changement «ne s’était pas produit sans problèmes, en raison d’une certaine mentalité sexiste difficile à changer».
Après le discours de l’évêque, il y a eu plusieurs interventions, et notamment celle d’un représentant du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, qui a exprimé des paroles de bienvenue à Maria Jepsen, sans toutefois aborder la question controversée des ministères féminins.
Toutefois, la présence du représentant du Vatican a été accueillie par les luthériens comme un acte de courtoisie, après les polémiques provoquées au sein de la FLM et dans toute l’Allemagne par la Déclaration «Dominus Iesus», affirmant que le catholicisme est la voie menant au salut.
Oecuménisme à deux niveaux
C’est d’ailleurs sur cette question qu’ont porté les nombreuses demandes faites par le public à l’évêque Jepsen. «La conscience que nous avons de nous-mêmes, a répondu Maria Jepsen, selon laquelle les Eglises luthériennes sont aussi de vraies Eglises, ne dépend pas de ce que dit Rome de nous». L’oecuménisme a deux niveaux, a-t-elle précisé, un niveau «officiel», et un autre, «de base». «Si le premier semble actuellement en crise, le second continue de se développer».
En fait, a ajouté l’évêque Jepsen, «du moins en Allemagne, la déclaration «Dominus Iesus» a renforcé l’engagement oecuménique de nombreux catholiques, qui ne sont pas d’accord avec le document de Rome. En somme, pour de nombreux catholiques de la base, nous, luthériens, sommes à tous les points de vue une `Eglise soeur’. En ce qui concerne le niveau officiel, je pense que les plus hautes instances de l’Eglise catholique romaine devraient reformuler de nombreuses demandes, et de nombreuses réponses théologiques, et surmonter certaines contradictions actuelles. Mais il ne faut pas oublier que nous dialoguons seulement depuis quelques décennies, alors que nous avons été séparés pendant des siècles. Ce n’est pas en quelques années que l’on règle des divergences séculaires. Il faut une patience réciproque».
Reconnaissance
Pour donner un exemple du climat oecuménique qui règne en Allemagne, Maria Jepsen a rappelé qu’il existe des paroisses catholiques et luthériennes qui célèbrent normalement «l’intercommunion»: les catholiques participent à la Sainte Cène dans les églises luthériennes et communient et les luthériens font de même chez les catholiques. En plus de ces cas, de caractère «institutionnel», il y a de nombreux fidèles, catholiques et luthériens, qui communient tranquillement dans l’une ou l’autre Eglise. «Mais je pourrais, a ajouté Maria Jepsen, citer aussi le cas d’un évêque catholique asiatique qui a assisté à une Sainte Cène que je présidais et qui a communié, justement pour montrer qu’il reconnaissait mon ministère».
Après avoir répété qu’au sein de l’Eglise luthérienne il y a aussi des problèmes à régler (»il nous est souvent difficile de prendre au sérieux les problèmes et les demandes des gens»), l’évêque Jepsen a souligné qu’il serait bon, pour progresser dans l’oecuménisme, de «rappeler que le Nouveau Testament nous présente des Eglises très différentes, et pourtant unies dans la foi en Christ. Même aujourd’hui, nous devons tendre vers une diversité réconciliée».
Aux yeux de l’évêque Jepsen, c’est justement parce que nous sommes unis par la foi en Christ que «les différences entre nous et les catholiques ne devraient pas nous empêcher de vivre une `diversité réconciliée’». (apic/eni/pr)



