Entretien avec l’ambassadeur de Serbie près le Saint-Siège

Rome: La Serbie concernée par les prochains voyages du pape en Croatie et en Bosnie

Rome, 28 mars 2003 (Apic) Les membres du Saint Synode orthodoxe de Serbie et Monténégro rencontreront début avril les évêques catholiques de la région. Un geste qui est interprété comme un signe de détente entre les deux parties, par l’ambassadeur de la nouvelle Union près le Saint-Siège, Tanaskovic Darko.

Le diplomate serbe souligne l’amélioration des rapports entre le Saint- Siège et le patriarcat de Belgrade, en particulier à la veille des prochains voyages pontificaux en Bosnie et en Croatie, mais insiste pour qu’on laisse aux Serbes le temps de se reprendre.

Les relations entre le Saint-Siège et le patriarcat orthodoxe de Serbie ont reprises le 6 février dernier, lorsque Jean Paul II a reçu pour la deuxième fois en dix ans, une délégation de membres du Saint Synode orthodoxe de Serbie.

Quelques jours plus tard, Mgr Jean-Louis Tauran, ministre des Affaires étrangères du Vatican, s’est rendu à Belgrade, du 17 au 20 février. Ces deux événements avaient alors été qualifiés de «premiers pas» vers un rétablissement de la normalité des relations.

Depuis la dernière guerre des Balkans, la Serbie semble retrouver peu à peu ses bases pour la reconstruction du pays, en particulier au niveau de ses relations avec l’Eglise catholique. «Je crois que la dernière visite de Mgr Jean-Louis Tauran en février dernier, a permis de faire prendre conscience aux Serbes que la politique du Saint-Siège n’est pas celle que l’opinion publique circule depuis la Seconde guerre mondiale», a commenté à l’Apic l’ambassadeur.

Auparavant, la venue à Rome de huit évêques membres du Saint Synode avait déjà été le signe du début d’un dégel entre les deux parties. «Maintenant, tous les membres du Saint Synode de Serbie devraient rencontrer les évêques de la Conférence épiscopale serbe, ce qui est encore un nouveau pas en avant!»

Au niveau politique, la reconstruction des Balkans est également sur la bonne voie, mais il ne faut pas oublier qu’elle est encore fragile, estime l’ambassadeur, qui rappelle l’assassinat du Premier ministre, Zoran Djindjic.

Moindre pression

Pour l’ambassadeur, la récente constitution unissant la Serbie et le Monténégro constitue un élément positif. «Je suis en effet encouragé par le fait que pour la première fois depuis le drame de la guerre des Balkans, deux Républiques ont réussi à aboutir à un compromis rationnel. Il a fallu un long processus pour y parvenir, mais je crois que cette nouvelle situation est un avantage pour tous. Cette petite victoire, dont les conséquences devront toutefois être évaluées d’ici quelques années, a permis de faire prendre conscience qu’avec un peu de patience, nous pourrons progressivement relever le pays. Nous avons réussi à arrêter en partie une désintégration incontrôlée de la région grâce à ces efforts de reconstruction. La communauté internationale semble l’avoir compris et la pression se fait moins forte».

Quel rôle joue le Saint-Siège dans cette reconstruction? «Dès 1999, au moment des bombardements de l’OTAN, la visite de Mgr Tauran à Belgrade a été considérée comme un geste très positif et apprécié par la population. La nonciature est par ailleurs restée ouverte tout le temps des bombardements. Sa dernière visite, qu’il a tenu à effectuer malgré la guerre en Irak, a permis de créer un climat nouveau, une nouvelle atmosphère de confiance très prometteuse. Pour la première fois, un fonctionnaire de haut niveau a eu une vision complète de notre pays, essayant de rencontrer hommes politiques et responsables religieux du pays. Lui-même m’a affirmé en repartant: «Je vois mieux maintenant ce qu’il faut faire». Il a en particulier promis le soutien du Saint-Siège pour la prochaine entrée de la Serbie dans le Conseil de l’Europe, prévue début avril. Tous ces gestes aident beaucoup les Serbes à voir différemment l’engagement du Vatican».

Des progrès encore à faire

L’ambassadeur se dit très heureux des voyages que le pape effectuera en Bosnie et en Croatie. «Celui en Bosnie sera particulièrement délicat, en raison de la composition de la population, à 43% musulmane, 30% serbe et 17% croate».

Le pape se rendra à Banja Luka, en Republika Srpska, où vivent la majorité des Serbes du pays. La question est donc notamment de savoir comment ceux- ci vont recevoir le successeur de Pierre.

Au début, seule la béatification d’Ivan Merz avait été prévue, mais peu à peu, ce voyage a pris également une forme politique, en particulier après la visite des trois présidents tournants de Bosnie-Herzégovine. D’après les dernières informations officielles, il devrait y avoir un accord de base qui sera signé entre la Bosnie et le Saint-Siège. Le texte serait déjà prêt et doit être maintenant approuvé par les différentes assemblées du pays ainsi que par le Saint-Siège. La situation est désormais suffisamment mûre pour qu’un consensus entre les trois peuples puissent être signé, en particulier concernant la liberté de culte.

«Quant à la Croatie, nous en attendons également beaucoup. J’ai récemment parlé avec le cardinal Walter Kasper, qui s’occupe du dialogue avec les chrétiens au Vatican, et je lui ai dit combien la visite de Jean Paul II dans ce pays sera très importante pour le processus de réconciliation avec les Serbes. Il m’a répondu qu’il en parlerait avec le pape pour que celui- ci encourage les catholiques croates en ce sens. De notre côté, il nous faut aider les Serbes à ne plus identifier l’Eglise catholique de Croatie comme étant l’Eglise universelle. Et je suis persuadé que ce voyage aidera à relativiser les préjugés, notamment envers le Vatican. Beaucoup de gens commencent à comprendre quelle est la volonté du Saint-Siège et que ce dernier peut être un interlocuteur très important pour notre bien».

Voyage du pape en Serbie? Pas le moment

Peut-on envisager un voyage du souverain pontife en Serbie? «Pas encore. Même si des avancées sont faites, il y a encore des gens qui se méfient un peu de cette détente du dialogue, non seulement chez les fidèles orthodoxes serbes, mais aussi les évêques orthodoxes. Au Vatican aussi, il semble que certaines personnes préfèrent avancer avec prudence. Mais les derniers événements sont en eux-mêmes des signes suffisants qui montrent que la reprise est bien là. Par ailleurs, le Saint-Siège a compris que nous avions besoin de temps pour nous reprendre et que les pressions ne servent à rien pour nous faire aller plus vite dans le dialogue».

L’ambassadeur n’imagine pas davantage une rencontre à court terme entre Jean Paul II et le patriarche Pavle. «Il nous faut du temps, surtout pour préparer l’opinion publique. Le Saint Synode serait prêt, mais il faut toujours évaluer les conséquences d’un tel acte. Nous pourrons y penser lorsque nous serons sûrs que les conséquences de cette rencontre ne seront pas contre-productives. Pour l’instant, le tissu est encore trop fragile. Il faut faire des petits pas, qui soient irréversibles. Si nous voulons servir une bonne cause, il faut être réaliste. Un voyage ou une rencontre dans le contexte actuel provoqueraient une véritable révolution au sein de la population serbe ! Il ne faut pas oublier les quelque 350’000 réfugiés serbes renvoyés de Croatie et de Bosnie pendant la guerre». (apic/imedia/as/pr)

28 mars 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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