Le pape renonce à son titre de patriarche de l’Occident
Rome: La titulature pontificale est allégée par Benoît XVI
Rome, 1er mars 2006 (Apic) Le pape Benoît XVI a allégé la titulature des papes. Il ne sera plus patriarche de l’Occident révèle mercredi la presse italienne. Dans L’Annuaire pontifical 2006, présenté au pape le 18 février dernier et mis en vente à la mi-mars, Benoît XVI a ainsi décidé de se séparer de l’un des 9 titres traditionnels attribués au pape.
L’Annuaire pontifical désigne traditionnellement le pape comme: évêque de Rome, vicaire de Jésus-Christ, successeur du prince des apôtres, souverain pontife de l’Eglise universelle, patriarche de l’Occident, primat d’Italie, archevêque métropolite de la province romaine, souverain de l’Etat de la Cité du Vatican et, enfin, serviteur des serviteurs de Dieu.
Benoît XVI a ainsi décidé d’abandonner le titre de ’patriarche de l’Occident’, ont confirmé des sources vaticanes à l’Agence I.Media, partenaire romain de l’Apic. Le terme de patriarche pour le pape a été rarement employé depuis le Grand schisme d’Occident de 1054 qui sépara définitivement catholiques et orthodoxes. Le théologien et cardinal Yves Congar estimait qu’il ne s’agissait pas d’un titre pontifical à proprement parler. Pour les orthodoxes, la carte de l’autorité ecclésiale était dessinée par cinq patriarcats originaux: Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem. Le titre de patriarche n’entra d’ailleurs dans la titulature du pape qu’en 1870, à l’occasion du Concile Vatican I. De nombreux théologiens catholiques estimaient que cette appellation n’avait aucun fondement historique et théologique et demandait la radiation de cette appellation de la titulature officielle des papes. D’autant plus qu’elle était réductrice à l’Occident.
Le choix opéré par Benoît XVI intervient alors que le dialogue théologique avec les Eglises orthodoxes se concentre particulièrement sur le primat du pape au sein de la chrétienté. L’abandon du titre de ’patriarche de l’Occident’ pourrait être interprété comme la mise en avant des prétentions universelles du souverain pontife. Paul VI avait déjà voulu renforcer cette vocation universelle en signant toutes les constitutions et textes du concile Vatican II par la mention «Episcopus catholicae Ecclesiae», signifiant que l’évêque de l’Eglise locale de Rome était avant tout le pasteur de l’Eglise universelle.
Un brin d’histoire
Au cours des siècles, la titulature des souverains pontifes a beaucoup évolué selon la perception et l’exercice de leur pouvoir et de l’autorité apostolique. L’appellation même de ’pape’, le terme le plus populaire pour désigner les évêques de Rome, n’était pas à l’origine un privilège exclusif. Il désignait alors tous les évêques. Ce n’est qu’au 11e siècle que Grégoire VII (1073-1085) par un «dictatus papae» décréta que le titre de pape serait réservé au successeur de Pierre sur le siège de Rome: «Quod hoc unicum est in mundi» (parce qu’il est unique au monde, ndlr).
Le premier titre de Benoît XVI, celui d’’évêque de Rome’, désigne la fonction primordiale du pape, élu du clergé romain (les cardinaux réunis en conclave sont titulaires d’une église de Rome). Le plus riche de ses titres est sans doute celui de ’vicaire de Jésus-Christ’, de représentant sur terre de Jésus. Il est apparu au 5e et 6e siècles. Il ne définit pas un pouvoir, mais indique la manifestation de l’action transcendante du Christ. C’est pourquoi il était au début appliqué à tous les évêques, voire aux prêtres et aux rois. Le titre ordinaire pour l’évêque de Rome restant pendant longtemps celui de vicaire de Pierre.
Un terme à éviter
A partir du 12e siècle, les prétentions des papes à une autorité radicale et plus étendue que celle des autres évêques se développant, Innocent IV (1234-1254) alla même jusqu’à utiliser le terme de ’vicaire de Dieu’. Six siècles plus tard, le concile Vatican I établit définitivement le primat de la juridiction remise à Pierre et à ses successeurs à Rome. Vatican II confirma le titre de ’vicaire du christ’, en même temps que ceux de ’successeur de Pierre’ et de ’souverain pontife’. Pourtant, la constitution Lumen Gentium affirme l’idée de la présence active du christ pour le corps épiscopal dans son ensemble. Le futur cardinal Yves Congar estimait alors que le terme de ’vicaire du Christ’ pris séparément était «à éviter». Il est pourtant mis en avant dans L’Annuaire pontifical écrit en gras et dans une police plus large.
Le terme de ’souverain pontife’ trouve ainsi ses origines à la fin du 5e siècle. C’était à l’origine un titre païen porté par les empereurs romains, qui l’abandonnèrent alors. Dans l’Eglise, ce titre pouvait au début être attribué à tous les évêques métropolitains. C’est une nouvelle fois au 11e siècle que les papes s’en réservent l’usage exclusif. L’adjonction des termes ’de l’Eglise universelle’ est récente.
L’expression de ’serviteur des serviteurs de Dieu’, que l’on trouve chez saint Augustin et saint Benoît, n’est pas non plus réservée au pape avant le 13e siècle. Elle manifeste cependant la primauté pontificale, comme l’a souligné le concile Vatican II, au titre de la collégialité.
Quant aux titres de ’Primat d’Italie’, d’’archevêque et métropolite de la province romaine’ et de ’souverain de l’Etat de la Cité du Vatican’, ils sont tous liés à la définition de la juridiction propre à l’évêque de Rome après les Accords du Latran en 1929. (apic/imedia/hy/pr)




