Rome: Le baptême par le pape d’un musulman italien continue de faire débat

Baptême de Magdi Allam justifié au nom de la «liberté religieuse»

Rome, 26 mars 2008 (Apic) Le baptême par Benoît XVI, lors de la veillée pascale du 22 mars 2008 au Vatican, du journaliste italien de confession musulmane Magdi Allam, a provoqué un ample débat en Italie et à l’étranger. Alors que des voix se sont élevées sur l’opportunité d’un tel baptême par le pape, dans le contexte délicat du dialogue avec l’islam, L’Osservatore Romano, dans son édition datée des 25 et 26 mars, a justifié ce baptême au nom de «la liberté religieuse».

Le directeur du quotidien du Vatican Romano, Giovanni Maria Vian, a ainsi signé un éditorial intitulé «liberté religieuse et dialogue», en première page du journal. Le geste de Benoît XVI, a indiqué le directeur du quotidien du Saint-Siège, a une signification importante car il affirme, de façon douce et claire, la liberté religieuse, qui est aussi la liberté de changer de religion. «Ainsi, quiconque demande sans contrainte à recevoir le baptême a le droit de le recevoir», a-t-il ajouté.

Giovanni Maria Vian a également souligné que le Saint-Siège avait choisi la discrétion concernant l’annonce de ce baptême. Il n’y avait ainsi «aucune intention hostile à l’égard d’une grande religion comme l’islam». Il a enfin souhaité réaffirmer la volonté de débat et de dialogue avec le monde islamique, malgré mille difficultés et obstacles.

La liberté de conscience est «un droit fondamental»

La liberté de conscience est «un droit fondamental», s’est limité à commenter le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Alors qu’il mène actuellement le dialogue avec les musulmans auteurs de la fameuse «Lettre des 138» appelant les leaders chrétiens au dialogue après les propos controversés du pape sur l’islam à Ratisbonne, il s’est dit «pas au courant de la genèse de l’événement et de qui l’a organisé».

Magdi Allam, vice-directeur du Corriere delle Sera, est connu pour ses tribunes virulentes contre le fanatisme islamiste et sa défense des propos de Benoît XVI à Ratisbonne, en septembre 2006.

La liberté de conscience est «un droit fondamental»

Trois jours après la célébration de son baptême controversé, lors d’une messe retransmise en Mondovision, la presse italienne a donné une large place au débat d’idées dans ses colonnes. De nombreux journaux arabes ont quant à eux critiqué le geste du pape. Parmi eux, le quotidien international Al Quds al Arabi a titré sur «l’indignation des musulmans» après le baptême d’un «ex-musulman qui soutient Israël, connu pour son aversion à l’islam».

Au sein du monde musulman, Aref Ali Nayed, directeur du centre stratégique d’études islamiques d’Amman (Jordanie), a regretté l’acte «délibéré et provocateur» que constitue ce baptême «dans une occasion aussi spéciale et de façon aussi spectaculaire». Aref Ali Nayed, qui fait partie des signataires de la «Lettre des 138» a invité le Vatican à «prendre ses distances» avec «les déclarations» de Magdi Allam. Il a également vu dans le geste du pape «une autre façon de réaffirmer le message de Ratisbonne».

Un autre membre de la commission venue préparer dernièrement à Rome le «Forum catholico-musulman» de novembre prochain, l’imam Yahya Pallavicini, a vivement dénoncé le geste du pape. Il s’agit, a estimé le vice-président de la communauté musulmane italienne, d’une «erreur d’honnêteté intellectuelle» commise «avec la complicité de la hiérarchie vaticane».

Moins de deux heures avant la célébration de ce baptême, avec 6 autres baptêmes d’adultes, le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, le Père Federico Lombardi, avait expliqué que le pape administrait ce sacrement «sans faire de différence entre les personnes». Révélant l’identité du baptisé, il avait expliqué que, «pour l’Eglise catholique, toute personne qui demande à recevoir le baptême après une recherche personnelle profonde, un choix pleinement libre et une préparation adéquate, a le droit de le recevoir».

Au lendemain de son baptême, Magdi Allam avait expliqué dans son journal son choix de s’affranchir «de l’obscurantisme d’une idéologie qui légitime le mensonge et la dissimulation, la mort violente qui conduit à l’homicide et au suicide, la soumission aveugle à la tyrannie». Magdi Allam avait aussi salué le geste du pape qui avait accepté de le baptiser comme «un message explicite et révolutionnaire d’une Eglise qui, jusqu’à présent, a été trop prudente dans la conversion des musulmans» car elle avait «peur de ne pas pouvoir protéger les convertis face à leur condamnation à mort pour apostasie». (apic/imedia/ami/be)

26 mars 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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