Contrer le développement des sectes en Amérique latine

Rome: Le cardinal chilien Francisco Javier Errazuriz Ossa encourage l’évangélisation

Propos recueillis à Rome par Ariane Rollier

Rome, 26 avril 2007 (Apic) Benoît XVI se rendra à Aparecida, au Brésil, du 9 au 14 mai 2007 afin d’y présider l’ouverture de la 5e conférence du Conseil épiscopal latino-américain (Celam).

A l’approche de ce premier déplacement outre-atlantique du pape, l’agence I.MEDIA a rencontré l’un des trois présidents de la conférence générale, le cardinal Francisco Javier Errazuriz Ossa, archevêque de Santiago du Chili et président du Celam.

Q: Comment se porte aujourd’hui l’Eglise catholique en Amérique latine face au développement des sectes ?

R: La situation de l’Eglise dans les différents pays du continent est très diverse. Dans un diocèse de la République dominicaine, 90 % de la population peut être catholique par exemple, alors que dans d’autres pays, ce taux n’est que de 50 %. En ce sens, le dynamisme des groupes évangéliques, celui des sectes ou de l’Eglise catholique est varié. Mais il faut reconnaître que, durant les dix dernières années, l’Eglise catholique a perdu une quantité considérable de fidèles, cette baisse allant jusqu’à 10 % dans certains pays.

Q: Pourquoi les sectes attirent-elles autant les fidèles ?

R: Les baptisés ayant perdu contact avec les communautés vivantes de l’Eglise sont très nombreux. Or, ce sont des personnes qui cherchent un contact avec le Christ, avec l’Evangile. S’il n’y a pas de prêtre ou de diacre permanent à proximité, ils vont chercher ailleurs. Car le peuple est religieux, il n’est pas sécularisé comme en Europe. Et l’Eglise, sur le plan pastoral, ne s’est pas assez occupée des fidèles qui s’en sont peu à peu éloignés.

Il n’y a plus, en Amérique latine, les nombreux missionnaires venus de l’étranger, comme dans le passé. Et la pastorale des vocations de l’Eglise n’a pas été assez forte. Parallèlement, les groupes évangéliques ont été très actifs. Ils ont aussi reçu beaucoup d’argent de la part d’organismes internationaux et de pays comme les Etats-Unis.

Q: Pourquoi ont-ils reçu cet argent ?

R: Notamment pour des motifs politiques. En effet, certains ont eu peur face à l’Eglise catholique et à l’option préférentielle pour les pauvres et pour la défense des droits de l’homme. Ils ont senti qu’elle pouvait être une force de déstabilisation de gouvernements plutôt dictatoriaux par le passé et, pour cette raison, ils ont donné beaucoup d’argent aux différentes sectes qui ont pénétré l’Amérique latine (Cf. stratégie découlant notamment du document de Santa Fe, visant à endiguer la théologie de la libération, vue comme un danger pour les pouvoirs en place, ndr).

Les sectes sont aussi allées au-devant des gens. Or, il y a quelques décennies, elles connaissaient sans doute mieux l’Evangile que de nombreux catholiques. Désormais, les fidèles des sectes représentent 10 à 20 % de la population, voire plus.

Q: Quel plan pastoral envisagez-vous de proposer aujourd’hui pour remédier à cette situation ?

R: Le thème de la 5e conférence du Celam est ’disciples et missionnaires de Jésus-Christ’. Nous espérons ainsi que chacun puisse comprendre qu’il est appelé par le Christ et appelé à être missionnaire dans le monde. Cela n’a pas été l’attitude des chrétiens autrefois. Il y a néanmoins de très nombreux mouvements, tant internationaux que nationaux, qui connaissent une forte croissance en Amérique latine. Par ailleurs, les diocèses sont en train de mettre en place un plan de formation pour les laïcs.

Q: Quels sont les courants théologiques actuellement présents en Amérique latine ?

R: Avec la théologie de la libération, une porte s’est ouverte pour réfléchir sur les éléments portés par le message de Jésus-Christ pour changer la situation du monde. En ce sens, la libération du péché et de la mort, la libération de l’esclavage qui s’est uni à la pauvreté est un objectif important. Lors de la Conférence générale de Medellin (1968), on avait ainsi parlé des structures de la société qui sont nées du péché des personnes et dont elles doivent être libérées.

Mais, si la misère et la pauvreté extrême existent toujours, les théologiens de la libération ne sont plus très nombreux. La grande majorité a reçu l’enseignement de la Congrégation pour la doctrine de la foi dans ses deux Instructions sur la libération selon l’Evangile. Ils suivent désormais leur objectif d’une façon différente, en conformité avec l’Evangile.

Par ailleurs, aujourd’hui, dans un continent aussi grand et où les difficultés sont nombreuses, il y a des groupes qui réfléchissent sur la situation de la femme, de la famille, de la vie à son commencement et à son terme, ou sur la façon dont on doit réformer l’enseignement à l’école. Mais je ne dirais pas qu’il y a aujourd’hui une école théologique globale qui s’occupe de tous ces aspects.

Q: Comment celui qui fut le cardinal Ratzinger, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, est-il désormais perçu comme pape en Amérique latine ?

R: Il y a eu un peu d’inquiétude au début de son pontificat. Comment donner toute sa confiance à un pape qui s’est occupé surtout de la doctrine ? Telle était la question. Mais avant son élection, Benoît XVI a dit lui-même que l’objectif d’un pape était très différent de celui du préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

J’ai ainsi pu constater chez le peuple latino-américain une admiration pour cet homme si intelligent et si simple dans son rapport avec les personnes. Sa façon très délicate de traiter les gens et les thèmes. Cette façon de dire la vérité avec une grande profondeur a fait une très bonne impression. (apic/imedia/ar/be)

26 avril 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!