Il succède au Colombien Castrillon Hoyos

Rome: Le cardinal Claudio Hummes nommé préfet de la Congrégation pour le clergé

Rome, 31 octobre 2006 (Apic) Le cardinal brésilien Claudio Hummes, archevêque de Sao Paulo, a été nommé préfet de la Congrégation pour le clergé par le pape, le 31 octobre 2006. C’est un religieux franciscain qui succède au cardinal colombien Dario Castrillon Hoyos, âgé de 77 ans, dont la démission a été acceptée ces derniers jours par Benoît XVI.

Le cardinal colombien semble demeurer néanmoins président de la Commission «Ecclesia Dei». Par ailleurs, le même jour, Mgr Angelo Comastri, vicaire général pour l’Etat de la Cité du Vatican et président de la Fabrique de Saint-Pierre, a été nommé par le pape archiprêtre de la basilique vaticane. Il succède ainsi au cardinal Francesco Marchisano, âgé de 77 ans, dont il était coadjuteur depuis février 2005.

Agé de 72 ans, celui que les Brésiliens appellent affectueusement «Dom Claudio», était tenu comme «papabile» avant le conclave d’avril 2005. Archevêque de Sao Paulo, la mégapole brésilienne qui passe pour être «le plus grand diocèse du monde», le cardinal Hummes est un homme solide dont l’expérience pastorale a été marquée par son souci de la justice sociale et de l’évangélisation.

D’origine allemande

Claudio Hummes est né le 8 août 1934 à Montenegro, à 100 km de Porto Alegre, à l’extrême sud du Brésil, de parents allemands immigrés, dans une famille d’agriculteurs de 14 enfants. Il est entré assez tôt chez les franciscains où il a été ordonné prêtre le 3 août 1958, à l’âge de 24 ans, à Divinopolis, au sud-est du Brésil. Il a vécu ses premières années de ministère à Rome, de 1959 à 1963, où il a étudié la philosophie, s’intéressant plus particulièrement à l’oeuvre du philosophe français Maurice Blondel. Il a ainsi obtenu un doctorat en philosophie en présentant une thèse sur «Le Renouvellement des preuves traditionnelles de l’existence de Dieu dans L’Action de Maurice Blondel».

De retour dans son pays natal, il s’est penché sur les relations avec les chrétiens des autres confessions, et est devenu consultant pour l’oecuménisme à la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), de 1965 à 1968. Ses supérieurs l’ont alors envoyé se spécialiser dans ce domaine durant une année à l’Institut oecuménique de Bossey, dans le canton de Genève, en Suisse.

Après avoir été élu supérieur provincial des franciscains de Rio Grande do Sul, à Porto Alegre, Claudio Hummes a été nommé à 40 ans évêque coadjuteur de Santo André, ville de la zone industrielle de Sao Paolo, le 22 mars 1975, devenant évêque de ce diocèse quelques mois plus tard. Il y est resté 21 ans. C’était l’époque des batailles des métallurgistes, à la fin des années soixante-dix, qui défiaient la dictature militaire.

Contre la dictature militaire

Le leader des ouvriers était celui qui devait devenir le président Luís Inácio Lula da Silva. Mgr Hummes a alors ouvert les portes des églises pour permettre les réunions des syndicalistes, et s’est interposé entre la police et la manifestants pour éviter des issues sanglantes aux affrontements. Très engagé dans la pastorale ouvrière, il a cependant toujours placé l’évangélisation et la foi avant les luttes sociales. Pendant ces années à Santo André, il a ainsi fait construire près de 80 églises, fondé deux séminaires ainsi qu’une faculté de théologie.

En 1996, Mgr Hummes a été nommé archevêque de Fortaleza, au nord-est du pays, au bord de la mer. A cette époque, il est devenu responsable de la famille et de la culture au sein de la CNBB, et s’est trouvé être, à ce titre, un des piliers de l’organisation de la deuxième rencontre mondiale des familles avec Jean Paul II, à Rio de Janeiro, en 1997.

Autant d’expériences qui l’ont finalement conduit à prendre la tête, le 23 mai 1998, du plus grand diocèse du Brésil, Sao Paulo, l’un des principaux archidiocèses du monde, composé de 261 paroisses et regroupant près de dix millions d’habitants.

A peine arrivé à ce poste, il a désigné «l’immense pauvreté» comme le plus grand défi auquel il devait faire face à Sao Paulo. Il s’est également intéressé à la manière avec laquelle l’Eglise devait s’engager dans la société. Il a encouragé en particulier les mouvements de laïcs et les communautés charismatiques. Il a aussi dû affronter la crise qui affecte l’Eglise catholique au Brésil, où, en l’espace de trente ans, des millions de Brésiliens ont tourné le dos à l’Eglise catholique pour adhérer à des Eglises évangéliques, ou des sectes fondamentalistes.

Complètement dans la ligne de Jean Paul II

Mgr Hummes s’est efforcé de donner une impulsion à la pastorale des vocations, à la formation des prêtres et à l’évangélisation de son diocèse totalement urbain, dont la densité de population est l’une des plus hautes d’Amérique. En même temps, il est intervenu dans les débats modernes, notamment scientifiques, particulièrement sur les questions liées à la biotechnologie et à la bioéthique, thème sur lequel il était complètement dans la ligne de Jean Paul II.

Enfin, Mgr Hummes était sensible au dialogue pour la promotion de la paix et des droits de l’homme, aux défis sociaux. «Il y a des pays entiers qui sont exclus du grand projet économique mondial, déclarait-il à la presse au moment de la mort de Jean Paul II. C’est inacceptable pour les chrétiens, pour l’Eglise catholique et pour le prochain pape».

Créé cardinal par Jean Paul II en février 2001, Claudio Hummes exerçait jusqu’à présent de nombreuses charges au sein du Vatican, outre son poste au Brésil, comme membre des Congrégations pour la doctrine de la foi, pour le culte divin, pour les évêques, et des Conseils pontificaux «Cor Unum», pour le dialogue interreligieux, pour la famille, pour les laïcs, et pour la culture, et de la Commission pontificale pour l’Amérique Latine.

Dans l’ensemble, c’est un homme d’une grande finesse, un polyglotte qui sait dialoguer avec des hommes de différences tendances, tant avec les «conservateurs» qu’avec des hommes comme le dominicain brésilien Frei Betto, figure de proue de la théologie de la libération. Jean Paul II l’appréciait beaucoup et lui avait demandé, en 2002, de prêcher la retraite de carême au Vatican. Il l’avait ensuite remercié d’avoir su allier méditations spirituelles et témoignages de la vie de son diocèse brésilien.

Avec sa nomination à la tête de la Congrégation pour le clergé, c’est un religieux (franciscain) qui va désormais gérer les dossiers concernant les prêtres du monde entier. Benoît XVI est par ailleurs attendu au Brésil en mai 2007. AMI/AR/JB

Encadré

La Congrégation pour le clergé

Créée en août 1967 par Paul VI, la Congrégation pour le clergé fait partie des neuf congrégations du Saint-Siège. Organe important de la curie romaine, elle veille surtout sur les paroisses, les curés et les clercs dans le monde entier. Elle a aussi la charge de la formation religieuse des fidèles, la catéchèse.

Il est original qu’un religieux – le cardinal Claudio Hummes est un franciscain – ait été nommé préfet de la Congrégation pour le clergé, à la tête d’un dicastère supervisant le clergé dans le monde, soit quelque 400’000 prêtres.

La Congrégation pour le clergé était dirigée depuis 1996 par le cardinal colombien Dario Castrillon Hoyos, qui a beaucoup modernisé le dicastère du point de vue informatique, lui offrant un site internet autonome: http://www.clerus.org. Les compétences de ce dicastère romain sont définies par la Constitution apostolique «Pastor Bonus».

Depuis le 1er août 2005, selon une décision de Benoît XVI, la Congrégation pour le clergé a notamment aussi officiellement la compétence du traitement des causes de dispense, pour les prêtres et les diacres, de l’obligation du statut clérical. Relever un prêtre ou un diacre permanent de ses voeux de célibat, ce que l’Eglise peut accepter dans des circonstances particulières, et qui lui permet notamment de se marier, était jusqu’alors réservée à la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements.

La nomination du cardinal Hummes à la tête de la Congrégation pour le clergé s’inscrit dans la démarche de Benoît XVI qui, petit à petit, depuis mai 2005, renouvelle son équipe de collaborateurs étroits, commençant par les postes les plus importants, les confiant en général à des archevêques venant du monde entier. Les choix du pape se portent toujours sur des personnes ayant un fort sens pastoral et religieux. Beaucoup, comme les cardinaux Levada, Dias, Bertone ou Hummes, sont d’anciens collaborateurs du cardinal Ratzinger à la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Ainsi, le premier à avoir été nommé à un poste important a été le cardinal William Joseph Levada, archevêque américain de San Francisco, appelé à Rome le 13 mai 2005 pour prendre le poste de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, laissé vacant par le cardinal Ratzinger au moment de son accession à la papauté. Benoît XVI a ensuite procédé peu à peu à différentes nominations parmi lesquelles le préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, en la personne du cardinal indien Ivan Dias, archevêque de Bombay, le 20 mai 2006. Il a aussi nommé le père jésuite italien Federico Lombardi, directeur de Radio Vatican et du Centre de télévision du Vatican, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, le 11 juillet dernier. Et le cardinal Tarcisio Bertone, archevêque italien de Gênes, a été nommé secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le 15 septembre dernier. (apic/imedia/ar/ami/be)

31 octobre 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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