Clôture du congrès sur la charité organisé par Cor Unum
Rome: Le cardinal Etchegaray regrette que la charité soit souvent caricaturée
Rome, 25 janvier 2006 (Apic) Les caricatures de la vraie charité sont si nombreuses que le mot lui-même est rendu «suspect», a regretté le cardinal Roger Etchegaray, lors de la messe qu’il présidait dans la basilique vaticane dans la soirée du 24 janvier. Le président émérite du Conseil Cor Unum a, au contraire, souligné que la charité devait «présider aux combats de la justice, en dépassant le morne équilibre des droits».
«Cette messe est comme un lever de rideau de la première encyclique du pape Benoît XVI», a déclaré le cardinal Etchegaray, célébrant la cérémonie de clôture du congrès sur la charité organisé par Cor Unum, les 23 et 24 janvier, au Vatican. «Je voudrais (.) vous dire à quel point ce petit mot ’Dieu est charité’ nous plonge dans l’immensité du mystère de Dieu et de l’homme tout à la fois», a-t-il alors expliqué.
Le cardinal français, commentant la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens, a affirmé qu’aimer le prochain, c’est plus qu’aimer Dieu dans le prochain, c’est aimer l’homme tout court, en trouvant dans l’amour de Dieu pour l’homme son fondement et son modèle. «Nous sommes loin de l’altruisme, de la philanthropie, de l’humanitarisme», a-t-il alors estimé. Pour lui, «notre amour des autres doit emprunter à cet amour divin ses traits les plus caractéristiques, en premier lieu celui de la gratuité».
Les caricatures de la vraie charité sont si nombreuses que le mot lui-même de charité est suspecté, voire «démonétisé», a alors regretté le cardinal Etchegaray, qui relève que certains chrétiens n’osent guère l’employer.
«Comment se fait-il qu’un mot inventé et lancé sur le marché de la solidarité par les Evangiles, ne dise plus rien de sa force divine d’amour?», s’est-il aussi interrogé. A ses yeux, toute l’histoire de l’Eglise peut se définir par l’histoire des oeuvres de charité.
«N’oublions pas que la charité aura toujours un caractère prosaïque, celui qui rappelle le lavement des pieds des apôtres par Jésus, la veille de sa mort, inséparable de l’institution de l’Eucharistie», a poursuivi le cardinal français. «N’oublions pas non plus que l’homme ne saurait être isolé dans une sorte d’intimisme charitable et que la charité doit atteindre l’homme dans son être social, dans un réseau de plus en plus complet de la mondialisation».
Un procès inique fait à la charité
«Mais le procès le plus inique fait à la charité est celui qui est entamé au nom de la justice», a encore dénoncé l’ancien président du Conseil Justice et Paix. «Partager par amour conduit plus loin dans le partage que partager par justice», a-t-il renchéri. Le cardinal a aussi expliqué que seul l’amour et le pardon permettaient de rendre la terre respirable et habitable. «Eliminez le pardon dans un monde si juste soit-il et les hommes y grelotteront de froid», a-t-il ainsi lancé. Et d’estimer que c’est peut-être là le plus grand défi lancé à la dureté, à la férocité des temps modernes, si légitimement épris de justice.
Puis, concluant son homélie, le cardinal français a souligné que l’Eucharistie était «le moment et le lieu où Dieu fait le mieux découvrir qu’il est Charité, Agapé». «Voyez combien Dieu nous aime, malgré notre péché, dedans notre péché: mais nous, nous avons du mal à aller jusqu’au bout de la logique divine et nous serions prêts à rougir que Dieu puisse éprouver à notre égard quelque chose qui ressemble à une passion, à une folie d’amour». (apic/imedia/ar/be)




