Un prélat ouvert à la discussion sur le célibat des prêtres
Rome: Le cardinal Hummes prend ses fonctions de préfet de la Congrégation pour le clergé
Rome, 4 décembre 2006 (Apic) Le cardinal Claudio Hummes, ancien archevêque de Sao Paolo au Brésil, âgé de 72 ans, arrivera à Rome dans la soirée du 4 décembre 2006 afin de prendre ses fonctions de préfet de la Congrégation pour le clergé.
Nommé préfet de la Congrégation pour le clergé le 31 octobre dernier, Mgr Claudio Hummes sera accueilli à l’aéroport le 4 décembre au soir par le cardinal Dario Castrillon Hoyos, son prédécesseur.
Le cardinal brésilien a donné récemment un entretien au journal O Estado de San Paolo sur le célibat des prêtres, avant de quitter Sao Paolo, dont il était archevêque depuis 1975. La presse en a repris quelques courts extraits au sujet du célibat des prêtres. «Si le célibat fait partie de l’histoire et de la culture catholique, l’Eglise peut réfléchir sur cette question, parce que ce n’est pas un dogme, mais une norme disciplinaire», a déclaré le cardinal. Il a aussi souligné que certains apôtres étaient mariés et que l’interdiction du mariage avait été adoptée seulement dans les siècles qui ont suivi l’institution du sacerdoce.
«L’Eglise, a ajouté le nouveau préfet de la Congrégation pour le clergé, n’est pas immobile, mais c’est une institution qui change quand elle doit changer. L’Eglise doit d’abord entrer en matière pour savoir s’il est nécessaire de rediscuter les normes du célibat».
Le cardinal a aussi prêché la rigueur face au problème de la pédophilie de certains prêtres. Si le phénomène ne concerne qu’une infime minorité du clergé, il représente un «problème pour toute la société» Le prélat a invité les évêques à s’investir toujours plus dans «la sélection rigoureuse et dans la formation exigeante des candidats au sacerdoce».
Depuis l’An 325, les prêtres orthodoxes et catholiques orientaux peuvent être mariés
Sur ce sujet, le nouveau préfet de la Congrégation pour le clergé n’a cependant fait que rappeler la position et les débats historiques de l’Eglise latine sur le célibat des prêtres.
En 306, le concile d’Elvire avait affirmé la règle du célibat. Mais, en 325, le concile de Nicée avait rejeté une motion imposant le célibat à tout le clergé. Depuis, les Eglises orthodoxes et catholiques orientales admettent que les prêtres, mais non les évêques, puissent être mariés, à condition qu’ils l’aient été avant leur ordination. En Occident, la règle du célibat du clergé séculier est une extension de la règle monastique qui a été régulièrement réaffirmée. Ainsi, au 4e siècle, la règle voulait que l’on s’abstienne d’avoir des relations sexuelles la veille de la célébration de la messe. La continence devint donc permanente lorsque la messe devint, elle aussi, quotidienne.
Les canons du deuxième Concile du Latran (1139), ceux du Concile de Trente (1545-1563), le code de droit canon de 1917, les décrets du Concile Vatican II (1965) et le droit canon de 1983 ont sans cesse réaffirmé cette discipline, selon les nécessités du temps. Au Moyen Age, les évêques pouvaient craindre que les prêtres ne disposent des biens d’Eglise en faveur de leurs enfants. Entre le 10e et le 15e siècles, les moeurs relâchées du clergé faisaient que le concubinage était une pratique courante. L’Eglise a toujours été consciente de la difficulté de cette règle constante, bien que largement critiquée et il a existé des prêtres mariés dans l’Eglise latine, dans certaines circonstances. Ainsi, Pie VI avait été conduit à accepter que des prêtres mariés durant la Révolution continuent leur ministère. Depuis Pie XII, il en est de même avec les prêtres mariés d’autres confessions chrétiennes (anglicans et orthodoxes; Ndlr les pasteurs devant d’abord se convertir au catholicisme) qui rejoignent l’Eglise catholique en tant que prêtres.
La question est à nouveau d’actualité suite à l’excommunication de Mgr Emmanuel Milingo pour son ordination épiscopale illicite de quatre prêtres mariés. Le 16 novembre dernier, Benoît XVI a ainsi convoqué les chefs de dicastères de la curie romaine pour discuter de la question des prêtres mariés souhaitant regagner les rangs du clergé actif. La réunion s’était terminée par la réaffirmation de «la valeur du choix du célibat sacerdotal selon la tradition de l’Eglise». La question de l’ordination d’hommes mariés pour lutter contre le manque de prêtres en Occident avait aussi été discutée lors du Synode des évêques d’octobre 2005. Cette solution avait été écartée par les pères synodaux. Lors de la messe de clôture du Synode, le pape avait rappelé «le don» que constitue le célibat des prêtres.
Les propos du cardinal Hummes ont surtout tranché avec le ton de son prédécesseur, le cardinal Dario Castrillon Hoyos. Dans une préface de la seconde édition en français du livre Les origines apostoliques du célibat sacerdotal, du jésuite Christian Cochini (publié par les éditions Ad Solem, à Genève), le préfet émérite de la Congrégation pour le clergé rappelait lui aussi que le célibat des prêtres est «une discipline» et non «un dogme», mais il soulignait la nécessité de «conserver le don de la continence perpétuelle des clercs», en réaffirmant que «la loi du célibat sacerdotal en vigueur dans l’Eglise latine devait être intégralement conservée». (apic/imedia/hy/vb)




