Rome: Le cardinal Josef Ratzinger commente le fondamentalisme religieux

«L’abus du nom de Dieu est un véritable problème»

Rome, 14 novembre 2001 (APIC) Dans un entretien accordé à Radio Vatican le 13 novembre, le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, est intervenu sur le problème du fondamentalisme religieux et sur la notion de guerre juste, mais il est aussi revenu sur ses 20 ans de travaux au Saint-Siège, sur les difficultés de transmettre aujourd’hui la doctrine catholique et sur son étroite collaboration avec Jean Paul II.

«L’abus du nom de Dieu est un véritable problème. Une religion qui l’utilise pour ses fins propres devient une religion politisée et ainsi, soumise au pouvoir, elle devient un facteur du pouvoir» a-t-il affirmé à propos des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis.

Son dernier livre dont la traduction française est «Voici quel est notre Dieu» (en co-édition Plon-Mame), est sorti en Italie deux jours après les attentats, mais, s’il avait pu, a-t-il affirmé, il aurait «insisté sur la nécessité de connaître Dieu avec sa face et son visage humain». Pour lui, en effet, «le visage du Christ ­ qui va à notre coeur, souffre avec nous et meurt pour nous – me semble la réponse la plus adéquate à l’abus du nom d’un Dieu qui serait l’instrument de notre pouvoir».

Quant aux fondamentalistes religieux, le cardinal Ratzinger a souhaité faire des distinctions car, «ils sont très différents les uns des autres». Et de préciser:»Je dirais par exemple que, parmi les évangélistes aux Etats-Unis, il y a des personnes qui s’identifient totalement avec la sainte écriture et qui peuvent ainsi, s’ils sont réellement fidèles à la parole de l’Ecriture, outrepasser le danger du fanatisme et d’une religion qui devient violente».

«Dans tous les cas, il est important que la religion ne soit pas définie par nous-mêmes, a-t-il cependant souligné, mais qu’elle soit un don qui nous vient du Seigneur et qui soit vécue dans une réalité vive comme l’Eglise. On y trouve, en effet, un équilibre entre la réalité qui n’est pas manipulable, la parole de Dieu et la liberté qui vit cette parole et l’interprète dans la vie».

Riposte américaine: comparable à la Pologne qui se défend contre Hitler

Sur le problème de la guerre juste, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a souligné que ce point «est un grand problème». «Dans la préparation du catéchisme, a-t-il ainsi expliqué, il y avait deux grands sujets très discutés, celui de la peine de mort et celui de la guerre juste. C’est un discours qui est devenu très concret dans le cas de la riposte des Américains». Pour lui, cette situation est comparable au cas «de la Pologne qui s’est défendue contre Hitler».

«Nous vivons dans un monde marqué par le péché, a-t-il alors affirmé, où l’on ne peut exclure – selon toute la grande tradition chrétienne – qu’il y ait une agression du mal menaçant de détruire non seulement toutes les valeurs, un grand nombre de personnes, mais aussi l’image de l’homme en tant que telle». «Un père de famille qui voit les siens agressés, a-t-il donné comme exemple, a le devoir de défendre sa famille, la vie des personnes qui lui sont confiées, même si pour cela, il doit user d’une violence proportionnée».

Pour le cardinal Ratzinger, le problème de la guerre juste se définit alors sur la base de certains paramètres dont le premier est le fait de savoir «s’il s’agit réellement de l’unique possibilité de défendre des vies et des valeurs humaines, le tout réfléchi en conscience et après avoir pesé toutes les autres alternatives». Le deuxième paramètre est celui du respect et du droit. «Dans une telle guerre, a-t-il affirmé, l’ennemi doit être respecté en tant qu’homme et les droits fondamentaux doivent être respectés».

«Le concept d’autorité n’existe presque plus»

Préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi depuis 20 ans, le cardinal Ratzinger – qui aura 75 ans le 16 avril prochain mais qui devrait, selon toute probabilité, être reconduit dans son mandat par Jean-Paul II – est ensuite revenu sur sa mission qu’il a qualifiée «d’exercice difficile» et cela parce que «le concept d’autorité n’existe presque plus».

«Qu’une autorité puisse décider quelque chose apparaît aujourd’hui comme incompatible avec la liberté de faire tout ce que l’on veut», a-t-il expliqué en précisant que sa charge «créé ainsi des oppositions et des réactions négatives». Pour lui, «les tendances générales de notre époque s’opposent à la foi catholique et les vérités de la foi doivent être repensées pour être exprimées de manière adéquate à l’homme d’aujourd’hui».

Il a cependant exprimé sa satisfaction sur le fait que «l’Eglise catholique reste une force qui exprime la foi catholique et donne un fondement sur lequel on peut vivre et mourir». C’est pour lui, «une chose consolante et satisfaisante. Tant de personnes sont heureuses parce que cette voix existe, parce que l’Eglise, sans violence et avec ses seuls moyens de convictions, cherche à répondre aux grands défis de notre temps».

Ses meilleurs souvenirs: les grands voyages

Le cardinal Ratzinger a enfin été interrogé sur ses meilleurs souvenirs auprès de Jean Paul II. «Ils sont liés aux rencontres avec le pape dans les grands voyages, a-t-il affirmé, ensuite au grand drame de la théologie de la libération où nous avons dû chercher la voie juste, mais aussi à l’engagement oecuménique du pape». Pour lui cependant, «les rencontres du quotidien avec le pape sont peut-être les expériences les plus belles parce que l’on y parle en coeur à coeur avec cette commune intention de servir le Seigneur. Je ne fais rien de moi même, a-t-il précisé, je ne prends pas de décision seul, mais en grande collaboration. Toujours en chemin de communion avec le pape qui a une grande vision du futur. Il me confirme et me guide sur ma route», a-t-il conclu. (apic/imed/bb)

14 novembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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