Il déplore la dissolution du sens du mariage
Rome: Le cardinal Joseph Ratzinger déplore une perte profonde de l’identité européenne
Rome, 14 mai 2004 (Apic) Au cours d’une longue conférence prononcée le 13 mai au soir à Rome et consacrée à «l’Europe. Ses fondements spirituels hier aujourd’hui et demain», le cardinal Joseph Ratzinger a déploré «le déclin» de l’Europe et la perte de son identité.
Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a regretté que la «Charte des droits fondamentaux» européenne parle du mariage, sans autre précision et signale que l’aboutissement des requêtes juridiques en faveur du mariage homosexuel provoqueraient une «dissolution de l’image de l’homme dont les conséquences peuvent être extrêmement graves».
Au cours de cette conférence organisée par la présidence du sénat italien, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi s’est notamment inquiété des dérives liées au mariage et à la famille. «La charte des droits fondamentaux parle de droit au mariage, a-t-il ainsi expliqué, mais n’exprime aucune protection spécifique, juridique et morale pour celui- ci et n’en propose, par ailleurs, pas de définition plus précise. Et tous nous savons à quel point le mariage et la famille sont menacés». Le cardinal allemand a particulièrement insisté sur «la requête de communion de vie des homosexuels qui maintenant, paradoxalement, demandent une forme juridique, laquelle devra correspondre plus ou moins au mariage». «Avec cette tendance, a-t-il poursuivi, on sort de l’histoire morale de l’humanité».
Le cardinal Ratzinger a tenu à préciser qu’il «ne s’agit pas de discrimination, mais bien plutôt de savoir ce qu’est la personne humaine en tant qu’homme et en tant que femme et de savoir comment ’l’être ensemble’ d’un homme et d’une femme peut recevoir une forme juridique». «Si d’une part le fait d’être ensemble se détache toujours plus de la forme juridique et si d’autre part, l’union homosexuelle est toujours plus considérée à l’égal du mariage, nous sommes alors devant une dissolution de l’image de l’homme dont les conséquences peuvent être extrêmement graves», a-t-il prévenu.
Regret
Concernant la perte de l’identité européenne, la préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a proposé une analyse soulignant qu’en Europe, «la problématique laissée derrière lui par le marxisme continue à exister aujourd’hui encore: la dissolution des certitudes primordiales de l’homme sur Dieu, sur soi et sur l’univers, la dissolution de la conscience des valeurs morales intangibles, est encore et toujours notre problème et peut conduire à l’autodestruction de la conscience européenne que nous devons commencer à considérer comme un réel danger».
Le cardinal Ratzinger a ensuite justifié son regret d’une l’Europe plus ouverte aux valeurs qui lui sont étrangères qu’aux siennes propres. «Dans notre société actuelle, grâce à Dieu, est puni celui qui déshonore la foi d’Israël, son image de Dieu ; ses grandes figures», a-t-il ainsi affirmé en ajoutant qu’est «aussi puni celui qui vilipende le coran et les convictions de fond de l’islam». «En revanche, a-t-il noté, quand il s’agit du Christ et de ce qui est sacré pour les chrétiens, c’est alors que la liberté d’opinion apparaît comme le bien suprême et la limiter serait menacer voire même détruire la tolérance et la liberté en général».
L’islam
Pour lui la «haine de soi de l’Occident» est «étrange» et «quelque chose de pathologique». «L’Occident, a-t-il ajouté, tente de manière louable de s’ouvrir à la pleine compréhension des valeurs externes, mais ne s’aime plus lui-même». Le cardinal regrette que l’Europe ne considère de sa propre histoire, «que ce qui est dépréciatif et destructeur» et qu’elle n’est plus en mesure «de percevoir ce qui est grand et pur». «L’Europe, a-t- il prévenu, a besoin d’une nouvelle – certainement critique et humble – acceptation d’elle-même si elle veut réellement survivre. La multi culturalité, qui est constamment et passionnément encouragée et favorisée, est parfois surtout un abandon et un reniement de ce qui lui est propre.»
A propos de l’islam, le cardinal Ratzinger a souligné que «sa renaissance» n’est pas «seulement liée à la nouvelle richesse matérielle des pays islamiques», mais qu’elle est «surtout et aussi alimentée par la conscience que l’islam est en mesure d’offrir une base spirituelle valide pour la vie des peuples, une base qui semble avoir échappé aux mains de la vieille Europe, laquelle, malgré sa puissance politique et économique qui perdure, est toujours plus considérée comme condamnée au déclin».
Il a aussi insisté sur la séduction exercée par les spiritualités orientales en Europe. Pour lui, «les grandes traditions religieuses de l’Asie, surtout la composante mystique qui trouve son expression dans le bouddhisme, s’élèvent comme des puissances spirituelles face à une Europe qui renie ses fondements religieux et moraux».
En conclusion de son intervention, il a appelé les «chrétiens croyants» à se «concevoir eux-mêmes comme une minorité créative» et à «contribuer à faire en sorte que l’Europe acquiert de nouveau le meilleur de son identité et se mette ainsi au service de l’humanité entière». (apic/imedia/pr)



