Regrets du président du Conseil pontifical Justice et Paix

Rome: Le cardinal Martino dénonce la production et le commerce des armes dans le monde

Rome, 13 décembre 2005 (Apic) Le cardinal Renato Martino, président du Conseil pontifical Justice et Paix, a dénoncé mardi 13 novembre la production et le commerce des armes dans le monde. Il s’exprimait lors de la présentation, au Vatican, du Message de Benoît XVI pour la célébration de la Journée mondiale de la paix, intitulé «Dans la vérité, la paix».

Dans son message le pape prend acte avec regret de l’augmentation des dépenses militaires et de la production et du commerce d’armes, a souligné le cardinal Martino, lors de la conférence de presse. Il a illustré ses propos en rapportant qu’en 2004, les dépenses militaires des Etats ont dépassé la somme de 1000 milliards de dollars (environ 160 dollars pour chaque habitant de la planète)».

Le profit obtenu par les cent premiers producteurs et fournisseurs d’armes en 2003 a connu une croissance de 25 % par rapport à celui de 2002, alors que le profit total de 2004 équivaut à la somme du PIB des 61 pays les plus pauvres du monde, a-t-il regretté. Dans son intervention, le cardinal a aussi souligné que les objectifs du Millénaire sont loin d’être réalisés.

Les armes contre la paix et le développement

«Un avenir de paix sera-t-il jamais possible si l’on continue à investir dans la production des armes et dans la recherche dans le but d’en construire de nouvelles, sans tenir compte du sain principe de suffisance que la sagesse bimillénaire de l’Eglise a formulé sur ce sujet ?», a demandé le cardinal italien.

En effet, après les progrès du désarmement de la seconde moitié des années 90, dus à la fin de la Guerre froide, on a assisté, lors des cinq dernières années, «à un arrêt préoccupant du processus de désarmement et de l’actualisation du traité international sur la non prolifération, le contrôle et la réduction des armements, au niveau universel (ONU) autant que régional», a-t-il ainsi expliqué.

Le terrorisme, qualifié de «4e guerre mondiale»

Le cardinal Martino s’est, de ce fait, montré déçu de la dernière conférence de l’ONU sur la non prolifération des armes, à laquelle il a participé à New York. Car, contrairement au Saint-Siège, les Etats membres n’ont pas voulu que le commerce des armes se limite au moins au commerce entre Etats. «Nous savons bien qui sont les producteurs d’armes, a souligné le cardinal italien, et qu’ils les vendent aux pays en développement». Ils favorisent ainsi le terrorisme, a dénoncé le président du Conseil pontifical Justice et Paix.

Or, dans son Message, le pape a défini très largement le terrorisme comme un fléau, a souligné le haut prélat. Pour le cardinal italien, après les deux premiers conflits mondiaux et la Guerre froide, le monde vit d’ailleurs actuellement «la 4e guerre mondiale», «une guerre atypique», celle du terrorisme, qui peut frapper toutes les régions du monde.

La torture n’est jamais un «dernier recours»

Interrogé ensuite sur le fait que la torture, utilisée en dernier recours, puisse permettre de faire parler des terroristes – une argumentation avancée notamment par des responsables au sein de l’administration Bush – , le cardinal Martino a répondu que «la torture est une humiliation de la personne, quelle qu’elle soit». «L’Eglise ne permet pas ce moyen pour extirper la vérité» de la bouche de quelqu’un. Pour lui, il «y a d’autres moyens» pour obtenir la vérité.

Questionné sur la guerre préventive, contre le développement de régimes pouvant favoriser le terrorisme, le cardinal italien a espéré qu’il s’agissait d’une «chose du passé». En revanche, il a défendu les opérations de maintien de la paix mises en place par les organismes internationaux. Questionné plus précisément sur l’attitude des Etats-Unis en Irak, l’ancien observateur permanent du Saint-Siège à l’ONU a expliqué que, dans son message, le pape invitait à observer les Conventions de Genève. «Tous les Etats ont l’obligation d’en observer les prescriptions et le contenu», a-t-il souligné.

Le pape et la guerre contre l’Irak

Le cardinal Martino a aussi rappelé la position initiale du Saint-Siège et du pape contre la guerre en Irak, tout en soulignant qu’ensuite ils avaient soutenu la présence de soldats étrangers dans le pays pour rétablir la paix. Il a dit espérer qu’on soit proches de cette paix et que l’Irak pourra s’autogouverner. «Quand cela arrivera, ce que j’espère bientôt, la présence militaire étrangère ne se justifiera plus», a-t-il estimé.

Enfin, concernant l’appel à la paix en Terre Sainte émis par Benoît XVI dans son message, le cardinal Martino a expliqué que cette terre était comme «notre maison» et que la préoccupation de la paix en Terre Sainte devait être la préoccupation de tous. Regrettant le peu d’empressement à demander aux gouvernants d’intervenir en faveur de la Terre Sainte, il a estimé que quand la paix y sera obtenue, cela permettra d’obtenir la paix dans tout le Proche-Orient.

Au moment de sa publication, le Message du pape pour la paix est envoyé à tous les chefs d’Etat. Dans les pays où le Saint-Siège est accrédité, les nonces ont la mission de le leur porter en main propre. Le cardinal Martino a enfin expliqué que le Message s’adressait aux croyants comme aux non croyants qui peuvent «accepter la vérité de l’homme». (apic/imedia/ar/be)

13 décembre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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