Les relations entre musulmans et catholiques pas compromises
Rome: Le cardinal Paul Poupard appelle à un dialogue de raison avec l’islam
Rome, 18 septembre 2006 (Apic) Le cardinal Paul Poupard, président des Conseils pontificaux pour la culture et le dialogue interreligieux, estime que les relations entre musulmans et catholiques ne sont pas compromises. Il estime cependant qu’elles doivent être fondées sur «un dialogue de raison».
Le cardinal français a répondu aux questions de l’agence I.MEDIA sur la polémique qui enflamme la rue musulmane dans le monde entier.
Q.: Le discours du pape à l’Université de Ratisbonne a-t-il été mal interprété ?
Cardinal Poupard: «Mauvaise interprétation»:le mot est faible ! L’intention du pape est claire: elle porte, dans sa lectio magistralis adressée à un public d’universitaires, sur le rapport entre foi et raison. Il entend devant des représentants de la culture occidentale, souligner la mutilation profonde des cultures sécularisées qui tendent à exclure la religion du champ de la rationalité.
Jean Paul II avait fait un geste analogue à Paris, beaucoup l’ont oublié, lors de son premier voyage apostolique en France (1980), en tenant un discours ’philosophique’ à l’Institut catholique. Dans son ancienne Université, le pape Benoît XVI l’a dit clairement: ’nous avons un besoin urgent d’un vrai dialogue des cultures et des religions’. En affirmant cette exigence, il souligne le fait que ’les cultures profondément religieuses du monde – n’est-ce pas le cas des pays musulmans ? – voient précisément dans l’exclusion du divin du champ universel de la raison une attaque à leurs convictions les plus intimes’. Le pape se fait donc le porte-parole de ces cultures religieuses, et en premier lieu de l’islam.
Q.: Comment le Saint-Siège peut-il aujourd’hui sortir de la crise ?
Cardinal Poupard: Le Saint-Père lui-même l’a dit au terme de son discours universitaire que j’invite à lire ! ’Nous devons devenir capables d’un vrai dialogue des cultures et des religions, un dialogue dont nous avons un besoin urgent’.
Q.: Le dialogue avec le monde islamique est-il aujourd’hui compromis ?
Cardinal Poupard: Certainement pas. Il n’existe pas un monde islamique, mais une multitude de mondes avec qui le dialogue est plus ou moins avancé. Comment renoncerions-nous à tout l’acquis de quarante ans de dialogue entrepris avec nombre de représentants de l’islam en Europe, comme en Afrique, en Asie et partout dans le monde ?
Il n’est nullement dans l’intention du pape, mais aussi de tous ceux qui vivent ce dialogue quotidiennement dans les diocèses ou pays concernés, d’y mettre un terme. C’est pour nous une nécessité qui naît de notre foi. Ce dialogue se développe en dehors du brouhaha médiatique. De solides amitiés se sont établies dans le respect mutuel et une réelle volonté de partager nos communes responsabilités pour la paix dans le monde.
Q.: Dans quel sens Benoît XVI compte-t-il désormais orienter le dialogue avec l’islam et les autres religions ?
Cardinal Poupard: Le pape Benoît XVI ne cesse, depuis le début de son pontificat, de souligner l’importance et l’actualité du dialogue interreligieux, comme le faisait du reste le cardinal Ratzinger dans ses nombreux écrits. Ce dialogue entre croyants de diverses cultures est un dialogue de raison. (apic/imedia/hy/be)



