Inquiétude de ’l’analphabétisme de la foi’
Rome: Le cardinal Poupard invite au renouveau de la vie liturgique
Rome, 17 janvier 2007 (Apic) Inquiet de ce qu’il appelle «l’analphabétisme de la foi», le cardinal Paul Poupard invite aussi l’Eglise à «un vrai renouveau de la vie liturgique». Réagissant pour I.MEDIA au sondage publié par le bimestriel français Le Monde des Religions de janvier et février 2007, le président des Conseils pontificaux de la culture et pour le dialogue interreligieux a aussi estimé que l’Eglise n’avait pas seulement la charge de proposer la foi chrétienne mais aussi celle de la transmettre.
Selon cette enquête (*), 51% des Français se déclarent catholiques et la moitié d’entre eux croit en l’existence de Dieu. Parmi les catholiques, 52% ne se rendent jamais à l’église en dehors des cérémonies (baptême, mariage, enterrement), 17% s’y rendent «régulièrement» dont 8% vont à la messe chaque dimanche. Parmi ceux qui s’affirment catholiques, 81% sont «très» ou «assez» favorables au mariage des prêtres et 79% sont pour l’accès des femmes à la prêtrise. Enfin, 71% d’entre eux ont une bonne opinion de Benoît XVI. L’interprétation du sondage par Le Monde des Religions est jugée «déplorable» par le cardinal français.
I.Media: Quelle est votre première réaction aux résultats de cette enquête?
Cardinal Poupard: Nous sommes face à une énième enquête sur la foi des Français, que la grille de sondage ne permet pas toujours d’identifier clairement, comme le manifestent, par exemple, les questions posées sur les «autres religions», ou encore la demande équivoque: «si Dieu existe, comment le voyez-vous?». Ce «comment» est trop flou pour inviter à des réponses nettes et significatives sur le contenu de la foi en Dieu des catholiques. Quant à l’interprétation donnée, elle est parfois discutable, sinon déplorable.
Par exemple, si les pratiquants réguliers forment, selon le sondage, 17% des catholiques, et que le même nombre est opposé au sacerdoce des femmes et au mariage des prêtres, ne faut-il pas en déduire que ceux qui ont une vie spirituelle en conformité avec ce qu’ils croient, ne veulent ni du mariage des prêtres, ni du sacerdoce des femmes. Ce qui n’est pas la même chose que de dire: l’écrasante majorité des catholiques souhaitent le mariage des prêtres et le sacerdoce pour les femmes. et de dénoncer l’aveuglement d’un Vatican soi-disant borné sur le sujet. Le Vatican n’est-il pas plutôt du côté des ’croyants réguliers’, de ceux qui peuvent dire ce qu’ils attendent des prêtres ?
I.Media: Que vous inspirent les changements que reflète cette enquête concernant les Français et la religion catholique ?
Cardinal Poupard: Ce sondage suscite la réflexion. Il n’y a pas si longtemps, ces mêmes sondages disaient qu’un nombre important de catholiques croyaient en la réincarnation, ce dont il n’est pratiquement plus question aujourd’hui. Il est intéressant, et surprenant, que plus de 70% des catholiques interrogés aient une bonne idée du pape, alors qu’il était de bon ton, voici encore pas si longtemps, en certains milieux, d’éviter toute référence au pontife romain.
Mais il faut aussi expliquer pourquoi des gens qui se disent catholiques sont arrivés à se priver de la messe. Il faut bien trouver une réponse à cette question qui invite, sinon à de nouveaux choix pastoraux, du moins à un vrai renouveau de la vie liturgique dans nos églises. Enfin, l’analphabétisme de la foi pose question. Aussi, il ne s’agit pas de nier la réalité. Elle est préoccupante pou r tous ceux qui sont en charge de la transmission de la foi. Ainsi, le Conseil pontifical de la culture réfléchit sur les grands défis du nouveau millénaire, et ses dernières Assemblées plénières ont été consacrées à ces sujets pour proposer des réponses. En 2004, nous avons travaillé sur la non-croyance et l’indifférence, (.) nous avons analysé ce ’croire sans appartenir’ qui semble une découverte pour les auteurs de l’enquête du Monde des Religions.
I.Media: Comment affronter aujourd’hui cet ’analphabétisme de la foi’?
Cardinal Poupard: La question de la transmission de la foi est une question cruciale dont les termes évoluent parallèlement à la question de la transmission de la culture. Le sondage sur les croyances des catholiques donne à penser sur la difficulté de ses prêtres à transmettre, non seulement à travers la catéchèse, mais aussi à travers les homélies, le contenu de la foi de l’Eglise. Nous l’oublions souvent, et l’enquête ne le prend pas en considération, les parents sont parfois, aujourd’hui, les personnes qui exercent le moins d’influence sur leurs enfants! L’école, c’est-à-dire les enseignants et surtout les autres jeunes, les personnages de fiction du cinéma, de la télévision et d’Internet sont, en nombre d’heures et en puissance d’influence, beaucoup plus présents à leurs enfants qu’eux-mêmes au retour du travail.
Quant au développement des activités de loisir et extrascolaires, il prend de plus en plus de temps et ne favorise pas la lecture et les débats d’idées à la maison, non seulement sur la foi, mais aussi sur la vie en société, sur la culture en général. Pensons aussi à la catéchèse. Je constate que si 80% des jeunes Français fréquentaient le catéchisme dans les années 60, ils ne sont plus que 30% aujourd’hui. De toute évidence, il ne suffit pas de «proposer la foi chrétienne»: l’Eglise a la charge de la transmettre à la suite de saint Paul dans son épître aux Corinthiens: «Je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu.». La vie de l’Eglise est tradition-transmission. Le sondage donne à penser sur l’analphabétisme de la foi de nos contemporains. Nous le savons, peu lisent, et beaucoup se contentent de la presse à sensation, qui ne publie sur la religion que ce qui relève du scandale ou semble remettre en cause la foi: exemple du pseudo Evangile de Judas, du Da Vinci Code, d’ouvrages destructeurs sur Marie et l’Eglise, etc. (.)
I.Media: Comment réagissez-vous au fait que seul un catholique sur deux affirme croire en Dieu ?
Cardinal Poupard: A côté des 52% qui affirment croire en Dieu, 31% expriment un doute qui ne peut-être assimilé à une négation. Ceux qui doutent ont-ils la possibilité concrète de rencontrer des chrétiens, fidèles ou prêtres, aptes à les aider à faire la lumière? L’ouverture religieuse est un progrès sensible, à condition que ce ne soit pas le symptôme d’un relativisme religieux. Le dialogue interreligieux se fonde sur une claire identité religieuse personnelle et communautaire, il est l’une des conséquences de la foi chrétienne qui est amour et recherche de l’autre, reconnaissance de sa dignité, alliées au désir de mettre en pratique le commandement du Christ : «Allez, de toutes les nations faites des disciples.». Nous avons devant nous un immense champ de mission dont l’ampleur est de nature à stimuler non seulement les communautés chrétiennes, mais aussi chacun des fidèles à un témoignage de vie chrétienne plus que jamais nécessaire.
(*) Sondage CSA pour Le Monde des Religions, réalisé par téléphone du 18 au 25 octobre 2006 auprès de 1 021 personnes se déclarant catholiques issues d’un échantillon national représentatif de 2 012 personnes âgées de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas après stratification par région et catégorie d’agglomération.
(apic/imedia/bb)



