Rome: Le cardinal Roger Etchegaray plaide pour une «Eglise pauvre»

Pauvreté à combattre et pauvreté à embrasser

Rome, 25 novembre 1997 (APIC) «Le paradoxe de notre époque est que le monde s’éveille au drame des pauvres avec une mentalité de riche, tandis que l’Eglise s’en approche avec un cœur de pauvre», lance le cardinal Roger Etchegaray. D’où l’énorme malentendu qui existe entre la pauvreté économique et la pauvreté évangélique. Et le président du Conseil pontifical Justice et Paix de poursuivre: «Comment expliquer qu’on peut concilier une pauvreté à combattre et une pauvreté à embrasser ?».

Invité par le diocèse de Rome à prendre la parole dans le cadre des grandes conférences de préparation du Jubilé de l’an 2000, le cardinal Etchegaray a expliqué en la basilique St-Jean-de Latran comment la question de l’Eglise doit être posée au seuil du troisième millénaire. Il a plaidé pour une «Eglise pauvre» qui ne soit pas la doublure du pouvoir politique.

Une Eglise qui ne soit pas la doublure du pouvoir politique

«L’Eglise demain ? Si lourd est le fardeau des choses qui ne sont pas siennes, a-t-il répondu, que lorsque l’Eglise s’en dépouille, certains pourront penser, sur les seules apparences, qu’elle est sur le point de mourir. En fait, c’est alors qu’elle aura atteint la plénitude de son être. Une Eglise qui ne soit pas la doublure religieuse du pouvoir politique ou économique. Une Eglise qui ne cesse de se conformer à son Seigneur, pour que l’Esprit la transfigure en ce qu’elle ne devrait jamais cesser d’être: le sacrement du Dieu fait Pauvre.»

Et le cardinal Etchegaray de citer une des «Pensées» de Pascal: «Bel état de l’Eglise, quand elle n’est plus soutenue que de Dieu !». «L’Eglise, commente le cardinal français, n’est signe de salut que si les hommes la voient toujours renaître par pure grâce, dans des situations qui humainement ne lui laissent aucune chance, aucun avenir. L’épaisseur de son institution ne peut être plus grosse que le petit doigt de Jean Baptiste montrant l’Agneau de Dieu et disant: «Il faut qu’il grandisse et que je diminue». L’histoire s’est chargée de nous prouver que l’Eglise, dès qu’elle s’installe dans la puissance ou le confort terrestre perd de son audace apostolique. L’Eglise et l’Evangile fléchissent ou restent debout toujours ensemble: mais il s’agit pour eux de marcher, de progresser vers l’an 2000. […] Ce qui compte c’est notre fidélité au Christ des Béatitudes».

La relation aux pauvres, un critère d’ecclésialité

«Mais plus encore que notre propre fidélité, ce qui est assuré c’est la fidélité absolue que le Christ garde à son Eglise. C’est pour cela que notre Eglise, malgré sa pauvreté, dedans sa

pauvreté, est toujours gonflée d’espérance, toujours tendue vers une ligne d’horizon qui dépasse l’an 2000, puisant son élan dans l’attente eucharistique du retour du Christ.» Avant d’arriver à cette conclusion, le cardinal Etchegaray avait posé cette question: «Ce qui est important […], c’est de savoir pourquoi la relation aux pauvres est ce que l’on appelle un critère d’ecclésialité, c’est-à-dire la marque exigée par la nature même de l’Eglise. Bref, comment passer d’une Eglise des pauvres à une Eglise toute entière pauvre ? Nous touchons là une question abordée rarement, du moins de plein fouet, car elle est une des questions les plus provocantes, les plus mystérieuses aussi: elle concerne Dieu fait non seulement Homme mais Pauvre.»

«Seule une Eglise pauvre devient une Eglise missionnaire et seule une Eglise missionnaire appelle une Eglise pauvre. Qui ne connaît pas la morsure de la pauvreté dans sa propre chair ne peut affiner son regard pour repérer les pauvres dans les recoins où ils se cachent ou dans les formes nouvelles qui les cachent aujourd’hui».

Le drame des pauvres vu avec une mentalité de riches

«Le paradoxe de notre époque est que le monde s’éveille au drame des pauvres avec une mentalité de riche, tandis que l’Eglise s’en approche avec un cœur de pauvre. D’où l’énorme malentendu qui existe entre la pauvreté économique et la pauvreté évangélique. Comment expliquer qu’on peut concilier une pauvreté à combattre et une pauvreté à embrasser ? Comment faire comprendre la recherche spirituelle de ce qui est sans prix dans une économie soumise à la loi du prix ? Comment donner une place à l’acte gratuit dans une civilisation mercantile ? […] Et pourtant l’Evangile résume la vie chrétienne dans un choix radical entre deux maîtres […]. Tout va bien, tant qu’on ne touche pas à notre confort et il faut si peu de choses pour être riche ! […]»

La pauvreté n’est pas à canoniser

«Il suffit d’un clou pour que l’esprit propriétaire s’y accroche ! Il n’y a pas un seul type de pauvreté, un style définitif de pauvreté […] Et il est plus difficile de demeurer pauvre que de devenir pauvre. […] Certes la pauvreté n’est pas à canoniser, pas plus que la souffrance ; elle n’est pas une valeur en soi, si elle devient notre bien, c’est tout simplement, comme l’a dit Charles de Foucauld, en s’adressant au Christ: ’Vous l’avez laissée en héritage à tous ceux qui veulent être vos disciples’». (apic/cip/imedia/be)

30 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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