Et parle de sa future tâche au dialogue interreligieux
Rome: Le cardinal Tauran appelle à la création d’un statut international pour Jérusalem
Rome, 28 juin 2007 (Apic) Le cardinal Jean-Louis Tauran a appelé à la création d’un statut international pour Jérusalem en vue de protéger les lieux saints, au cours d’une conférence organisée à Rome dans la soirée du 27 juin par la revue Aspenia de l’institut américain Aspen Institute.
Celui qui présidera le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux le 1er septembre prochain a aussi expliqué à I.Media le sens de sa mission en vue d’un plus grand dialogue avec «les» islams.
«Entre Jean-Paul II et Benoît XVI, il y a une continuité» de pensée concernant la Terre Sainte, a déclaré le cardinal Tauran, notamment parce que le Saint-Siège, en tant que sujet de droit international, se présente comme «super partes», sans proposer «de solution technique» pour résoudre le conflit entre juifs et palestiniens, mais défendant les droits de chaque peuple. «Peut-être avec la nuance que Benoît XVI est très préoccupé par la précarité des chrétiens au Proche-Orient».
Pour lutter contre l’exode des chrétiens en Terre Sainte, le cardinal français a recommandé que «la communauté internationale soit plus présente, de manière à aider les parties en conflit à s’asseoir autour d’une table, à se regarder, à s’écouter», parce que tant que le problème israélo-palestinien ne sera pas résolu «toutes les crises du Moyen-Orient continueront» et «les gens vivront continuellement dans la guerre».
Le conflit au Proche-Orient «n’est pas une guerre de religion», a par ailleurs déclaré l’ancien secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, «la religion n’est pas le début de la crise». Pour lui, en revanche, «il n’y aura pas de paix tant que la question des lieux saints ne sera pas affrontée de façon adéquate». La ville de Jérusalem devrait aussi «être l’objet d’un statut spécial internationalement garanti». Car seule «la communauté internationale peut garantir la stabilité et conserver le caractère unique et sacré» de ces lieux à la fois saints pour les chrétiens, les juifs et les musulmans. A ce sujet, s’il a reconnu que l’accès au sanctuaire du Saint-Sépulcre «est bien meilleur qu’avant», il a précisé qu’il n’était toujours pas parfait, un prêtre catholique venant de Bethléem ne pouvant pas organiser de pèlerinage vers le tombeau du Christ le vendredi saint par exemple.
Plusieurs islams
Concernant sa récente nomination à la tête du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, le cardinal Tauran a souligné «que le dialogue interreligieux, spécialement avec l’islam, était particulièrement important aujourd’hui». «Nous parlons de l’islam, mais en réalité il existe plusieurs islams», et «nous devons parler avec tous, mais spécialement avec l’islam modéré de façon à créer cette fraternité sans discrimination» dont parle Nostra Aetate, a-t-il précisé. Pour lui, sa nomination représente à la fois «une responsabilité», «mais aussi une preuve d’intérêt du pape qui a fait du dialogue interreligieux une priorité de son pontificat». Il a aussi confié être actuellement en train de lire pour se préparer à la charge qu’il prendra en septembre.
«Nous sommes dans une situation paradoxale, parce que l’islam a contraint les gouvernements européens à accepter que l’on parle des religions dans la sphère publique, mais il s’agit de l’islam le plus extrémiste, qui n’est pas le vrai islam», a encore expliqué le futur chef de dicastère. Aussi, «nous devons aider nos frères musulmans à redécouvrir les racines de leur religion, à favoriser les musulmans modérés enclins à la cohabitation civile».
«La foi ne s’oppose pas à la raison»
Si le discours de Ratisbonne a créé une telle polémique dans le monde musulman, c’est pour lui «parce que personne n’avait lu le discours», et que les responsables «ont fait confiance à certaines interprétations de journalistes». «En réalité, le discours parlait de l’impossibilité de faire avancer ensemble religion et violence» et le «pape raisonnait comme un professeur d’université, avec la dialectique académique». En tous cas, selon lui, «il faut tout faire pour que l’islam soit compatible» avec la raison, «parce que la foi ne s’oppose pas à la raison».
«Je crois que pour ce problème de rapport interreligieux, en particulier à cause de l’islam, il faut travailler avec la seconde section de la Secrétairerie d’Etat, la Congrégation pour les Eglises orientales, la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, l’Institut pontifical pour les études arabes et le Conseil pour la culture évidemment», a encore expliqué le cardinal Tauran. Ce sont ces institutions «qui doivent travailler ensemble pour avoir une approche globale du problème». (apic/imedia/ar/pr)




