Rome: Le cardinal Tauran dénonce le traitement des prisonniers en Irak
«Un effet terrible» dans le monde arabe
Rome, 6 mai 2004 (Apic) Les images des tortures pratiquées par des militaires américains sur des prisonniers irakiens ont «un effet terrible» dans le monde arabe et sont «très graves», a déclaré le cardinal français Jean-Louis Tauran, ancien «ministre des Affaires étrangères» du pape. Quant à l’»Osservatore Romano» du 6 mai, il titre propos de ces cas de tortures et de meurtres: «L’homme a été balafré».
«Quand on bafoue ainsi la dignité humaine, on dresse des barrières», a ajouté le prélat dans cet entretien réalisé à New York où il est en visite.
«Ces images ont un effet terrible sur les populations arabes et dans le monde», a-t-il dit dans un commentaire publié jeudi par le quotidien italien «La Stampa». «Quand on piétine ainsi la dignité humaine, on crée des barrières», relève-t-il le cardinal Tauran, archiviste et bibliothécaire du Vatican, en se référant à ce et aux photos publiées par la presse dans le monde entier.
Interrogé sur la situation en Irak, l’ancien secrétaire du Saint- Siège pour les relations avec les Etats a dénoncé la violence et la guerre, pour prôner une solution internationale et consensuelle aux tensions internationales. «Il y a une façon de faire la guerre qui respecte la loi», ce que le Saint-Siège a toujours défendu, a expliqué le cardinal. 35 dossiers sur les cas de tortures physiques et psychologiques et de sévices infligés par des militaires américains à des prisonniers irakiens et afghans à Abu Ghraib en Irak, ont été ouverts dernièrement.
«Ces images ont un impact terrible sur la population, non seulement arabe mais mondiale», a lancé ’l’ancien ministre des Affaires étrangères’ du Saint-Siège.
Concernant l’utilité de la guerre en Irak menée contre le terrorisme, celui qui a été durant treize ans à la tête des affaires étrangères du Vatican considère «que le pape avait raison», «que la guerre préventive n’a pas éliminé le terrorisme, ce qui se voit très bien aujourd’hui», car «la violence entraîne la violence, et la guerre la guerre».
«Désormais il faut regarder l’avenir et voir comment aider le peuple irakien à retrouver sa souveraineté», a encore affirmé le cardinal Tauran. Pour cela, «chaque composante de la société doit être consultée, parce que le gouvernement ne peut être imposé de l’extérieur, (.) il faut que les Irakiens se reconnaissent dans le nouveau gouvernement». «Dieu merci, tout le monde comprend maintenant qu’il faut avoir recours à la communauté internationale dans son ensemble, conformément à la charte de l’Onu», a-t- il conclu.
Interrogé sur la date du 30 juin 2004 choisie pour la passation de pouvoirs du gouvernement militaire de la coalition à un gouvernement provisoire irakien, le cardinal, âgé de 61 ans, a répondu que «là servait la concertation internationale», car «si la guerre peut se lancer seul, la paix doit être faite ensemble». Pour lui, une nouvelle résolution de l’Onu approuvant le gouvernement et créant une force multinationale est nécessaire.
«L’homme a été balafré»
«L’homme a été balafré» a titré de son côté l’»Osservatore Romano», en date du 6 mai 2004, comme commentaire à ces tortures infligées par des militaires américains à certains prisonniers irakiens et afghans. L’organe de presse officiel du Saint-Siège a par ailleurs évoqué «l’indignation du monde», et particulièrement des Américains, «les plus blessés d’apprendre qu’un être humain pouvait être balafré ainsi sous son drapeau, contraste inadmissible avec les principes d’une grande démocratie». (apic/imedia/pr)



