Celui qui s’ouvrira le 18 avril sera le 54ème au Vatican
Rome: Le conclave, son origine, son histoire et ses anecdotes
Rome, 14 avril 2005 (Apic) Le conclave débutera lundi 18 avril romain. Les observateurs estiment qu’il pourrait s’étendre sur quatre jours, guère plus. Et même plutôt moins. Le conclave qui élira le successeur de Jean Paul II sera ainsi le 54ème au Vatican.
Après la messe d’ouverture du conclave, le 18 avril 2005 à 10h et l’arrivée des cardinaux en procession à partir de 16h30, les portes de la chapelle Sixtine sont fermées par le dernier des «cardinaux diacres» électeurs. Par la suite, les cardinaux commenceront par tirer au sort neuf d’entre eux, pour désigner trois scrutateurs, puis trois délégués – les ’infirmarii’, chargés d’aller recueillir les votes des éventuels cardinaux malades restés dans leur chambre -, et enfin trois réviseurs, chargés de vérifier le travail des scrutateurs, responsables quant à eux du dépouillement des bulletins de vote. Ces derniers se placeront près de l’autel de la chapelle, sous la fresque du Jugement dernier de Michel-Ange.
Tous les cardinaux écriront alors à la main le nom de celui pour qui ils veulent voter, en prenant soin d’éviter que l’on puisse reconnaître leur écriture. Pliant et repliant leurs bulletins rectangulaires qui porte l’inscription Eligo in Summum Pontificem., J’élis comme souverain pontife., ils iront ensuite un par un jusqu’à l’autel, le bulletin levé de telle sorte qu’il puisse être vu, toujours selon l’ordre de préséance.
«Je prends à témoin le Christ Seigneur qui me jugera que je donne ma voix à celui que, selon Dieu, je juge devoir être élu», diront-ils alors à haute voix. Puis ils feront glisser leur bulletin, à l’aide d’un plateau, dans l’urne placée sur l’autel, avant de s’incliner devant l’autel et de regagner leur place.
Si des cardinaux sont retenus dans leur chambre par la maladie, les trois ’infirmarii’, qui auront voté parmi les premiers, se rendront auprès d’eux dans la Maison Sainte-Marthe, avec quelques bulletins et une urne vide fermée à clef, munie d’une fente, pour recueillir leurs votes. A leur retour, la boîte sera ouverte par les scrutateurs, qui mettront dans l’urne les bulletins qu’elle contient.
Quand tous les cardinaux auront voté, l’un des scrutateurs agitera l’urne plusieurs fois pour mélanger les papiers, et un autre entreprendra d’en faire le compte, prenant ostensiblement chacun des bulletins pour les déposer dans un vase vide préparé à cet effet.
Assis à une table placée devant l’autel, les trois scrutateurs se feront alors passer chaque bulletin, le troisième étant chargé de lire les noms à haute voix et de les noter au fur et à mesure. En même temps, il perforera les bulletins avec une aiguille et du fil, les enfilant les uns à la suite des autres pour qu’aucun ne se perde. A l’issue du dépouillement, les scrutateurs feront le compte des voix obtenues et en noteront les résultats sur une feuille séparée, puis les cardinaux réviseurs viendront vérifier tant les bulletins que les relevés des suffrages.
Les trois urnes
Trois urnes et deux petits plateaux en argent et en bronze doré, destinés à recueillir le vote des cardinaux électeurs, ont été réalisées pour l’occasion par le sculpteur italien Cecco Bonanotte.
Parmi ces trois urnes, la première, en forme de «soucoupe volante», possédant une fente sur le dessus et une clef, servira pour les cardinaux malades qui ne pourraient pas se rendre dans la Chapelle Sixtine pour voter. La seconde urne servira aux cardinaux qui votent dans la chapelle Sixtine. Celle-ci est munie d’un couvercle circulaire orné de deux figurines représentant des agneaux, que l’on soulève pour faire glisser les bulletins. Dans cette ouverture ronde, les cardinaux, à l’aide de l’un des deux petits plateaux, feront glisser leur bulletin de vote. La troisième et dernière urne est destinée à recueillir tous les bulletins une fois le dépouillement opéré. Son couvercle s’ouvre par une poignée représentant le bon pasteur et deux clefs entrecroisées, symbolisant le pouvoir dont le pape est investi, se trouvent sur les côtés.
L’élection du nouveau pape
Conformément à la Constitution apostolique Universi dominici gregis, promulguée par Jean Paul II le 22 février 1996, l’élection du prochain pape aura lieu après la messe pour ’l’élection du pontife romain’, l’entrée en conclave et la prestation de serment. Les scrutins, comme le prévoit cette constitution qui décrit les modalités pratiques de l’élection du prochain pape avec précision, auront lieu deux fois par jour.
Les deux-tiers des voix des cardinaux présents au conclave sont nécessaires pour élire le pape, avec une voix supplémentaire dans le cas où leur nombre ne serait pas divisible par trois. Pour les 115 cardinaux actuellement âgés de moins de 80 ans et qui voteront dès le 18 avril prochain, c’est donc 77 voix qui seront exigées pour l’élection. Tant que ce chiffre ne sera pas atteint, les cardinaux se réuniront deux fois par jour pour procéder chaque fois à deux scrutins.
Si, après trois jours de vote, il n’y a aucun résultat, une journée doit être consacrée à la prière et à de libres échanges entre les électeurs. Ainsi, si les cardinaux avaient du mal à élire le successeur de Jean Paul II, ils pourraient interrompre les votes le jeudi 21 avril 2005. Les cardinaux procèderont ensuite encore à sept scrutins, avant une nouvelle interruption.
Toutefois, après trois pauses de ce type, et donc environ douze jours de conclave, si les sept derniers scrutins ne donnent toujours aucun résultat décisif, les cardinaux devront alors décider à la majorité absolue de changer la manière de procéder. Près d’un mois après la mort de Jean Paul II, deux solutions se présenteront alors à eux : opter pour un vote à la majorité absolue des suffrages, ou bien prendre le parti de voter sur deux noms seulement, les deux ayant obtenu le plus de voix au scrutin précédent.
A la fin de chaque demi-journée, avant que les cardinaux ne quittent la chapelle Sixtine, les bulletins et les notes éventuelles seront brûlées dans un poêle situé sur place par les scrutateurs, avec l’aide du secrétaire du collège des cardinaux et des cérémoniaires, rappelés entre- temps. Et la fumée du feu qui les consumera, noircie grâce à une substance chimique particulière, indiquera aux observateurs extérieurs que le pape n’a pas encore été élu. La coutume de la fumée a été conservée pour impliquer symboliquement les Romains dans le processus de l’élection, en souvenir du temps ancien, avant le 11e siècle, où ils participaient au choix de leur évêque.
Acceptation du nouveau pape et présentation au peuple
Le nouveau pape élu par le collège des cardinaux électeurs, reste donc à celui-ci d’accepter ou de refuser cette charge. S’exprimant dans la Constitution apostolique Universi Dominici Gregis, Jean Paul II a souhaité prier «celui qui sera élu de ne pas se dérober à la charge à laquelle il est appelé, par crainte de son poids, mais de se soumettre humblement au dessein de la volonté divine».
Ainsi, quand le pape sera finalement élu, le dernier des cardinaux diacres appellera dans la chapelle Sixtine le secrétaire du collège des cardinaux et le Maître des célébrations liturgiques pontificales. Le cardinal Ratzinger, au nom de tout le collège, demandera officiellement au cardinal élu «Acceptez-vous votre élection canonique comme souverain pontife ?» Et aussitôt qu’il a reçu le consentement, il lui demandera : «De quel nom voulez-vous être appelé ?». Alors le Maître des Célébrations liturgiques pontificales, faisant fonction de notaire et ayant comme témoins deux cérémoniaires qui seront appelés à ce moment-là, rédigera un procès-verbal de l’acceptation du nouveau pape et du nom qu’il a pris. Juste après l’acceptation, l’élu qui a déjà reçu l’ordination épiscopale est immédiatement «évêque de l’Eglise de Rome, vrai pape et chef du collège épiscopal». Il acquiert de facto et il peut exercer le pouvoir plein et suprême sur l’Eglise universelle. Si l’élu n’a pas le caractère épiscopal, il doit aussitôt être ordonné évêque.
Les cardinaux rendront alors hommage un par un au nouveau pontife, tout en lui promettant obéissance. Puis le premier des «cardinaux diacres», le cardinal chilien Jorge Arturo Estévez Medina, se rendra sur la loggia centrale de la basilique vaticane, et annoncera à tous, en latin, le nom du nouveau pape. C’est dès ce moment que prendra fin le conclave. (apic/imedia/ms/pr)



