Celui qui s’ouvrira le 18 avril sera le 54ème au Vatican

Rome: Le conclave, son origine, son histoire et ses anecdotes

Rome, 7 avril 2005 (Apic) Le conclave débutera lundi 18 avril romain. Les observateurs estiment qu’il pourrait s’étendre sur quatre jours. Mais d’où vient le terme conclave, autrement dit «fermé à clef». Un peu d’histoire.et quelques anecdotes. Le conclave qui élira le successeur de Jean Paul II sera ainsi le 54ème au Vatican.

Le mot «conclave» remonte à l’élection du pape Grégoire X, qui se déroula de novembre 1268 à septembre 1271 à Viterbe, au nord de Rome. Les autorités de la ville, après plusieurs mois d’attente, enfermèrent les électeurs dans le palais épiscopal et finirent par soumettre les cardinaux à un régime de pain et d’eau, dans l’espoir d’accélérer l’élection.

A la suite de cela, en 1274, Grégoire X institutionnalisa le conclave – du latin «cum clave»: «fermé à clef» -, prévoyant ainsi que, pendant l’élection, les cardinaux se réuniraient dans un local strictement clos, et seraient soumis à une discrétion absolue et à un régime austère.

Le premier conclave tenu au Vatican est celui de 1303, pour l’élection du pape Benoît XI. Après lui, les papes se sont installés à Avignon, si bien que le second conclave qui a eu lieu au Vatican est celui d’Urbain VI en 1378, au moment de l’ouverture du grand schisme d’Occident.

Ce n’est ensuite qu’en 1455, avec l’élection du pape Calixte III, que les conclaves se sont à nouveau tenus au Vatican, jusqu’à l’élection de Pie VII en 1800, qui a pour sa part eu lieu à Venise.

Les successeurs de Pie VII ont par la suite été élus au palais romain du Quirinal, jusqu’à ce que celui-ci devienne la résidence du roi d’Italie en 1870, lorsque Rome est devenue capitale du nouvel Etat. Les cardinaux se sont donc à nouveau réunis au Vatican à partir de 1878 pour l’élection de Léon XIII, puis pour celle des huit papes qui lui ont succédé. Le conclave qui élira le successeur de Jean Paul II sera ainsi le 54ème au Vatican. I

Tout change, même au Vatican

Les choses ont bien changé depuis. Désormais, selon la Constitution apostolique «Universi Dominici Gregis», ils logeront à la maison Sainte- Marthe, à près de 500 mètres de la Chapelle Sixtine mais située à l’intérieur des murs du Vatican.

Pour la première fois en effet, les cardinaux disposeront de studios modernes et confortables, à la place des chambres austères et peu confortables qui étaient jusqu’au dernier conclave, rapidement aménagées dans une partie du palais apostolique et des musées du Vatican.

En août 1978, lors de l’élection de Jean Paul Ier, ils avaient beaucoup souffert de la chaleur qui était alors étouffante à Rome. Aujourd’hui, les cardinaux auront donc chacun au moins une chambre individuelle avec une salle de bain personnelle. La plupart disposeront également d’une pièce supplémentaire, pouvant servir de bureau. Les 108 suites et 23 chambres seront attribuées par tirage au sort.

Des ascenseurs ainsi que de vastes escaliers de marbre blanc et vert relient les étages où de petites chapelles sont disponibles pour qu’ils puissent y prier et y célébrer la messe. Enfin, les repas sont servis dans une grande salle à manger située au rez-de-chaussée par des religieuses de nationalités variées, appartenant à la congrégation des Filles de la charité. Celles-ci sont chargées de la maison depuis son inauguration, en 1996.

Entre un et quatre jours, au XXe siècle

Entre une journée et quatre jours: c’est le temps qu’il a fallu aux cardinaux du 20e siècle pour élire les huit derniers papes, à partir du moment où ils sont entrés dans la chapelle Sixtine pour le premier tour de scrutin. Le 20e siècle a aussi connu huit conclaves. Leur déroulement a souvent déjoué les pronostics électoraux des spécialistes.

Le 1er août 1903, 62 cardinaux votent pour la première fois pour élire le successeur de Léon XIII. Quatre jours et sept scrutins sont nécessaires pour le dernier conclave au cours duquel une puissance politique utilise son «droit d’exclusive» (privilège réservé à l’Autriche, à la France et à l’Espagne). Ce veto de l’empereur d’Autriche porte contre l’un des favoris de l’élection, le cardinal Mariano Rampolla. Celui-ci n’aurait toutefois sans doute pas atteint la majorité requise des deux tiers des voix. C’est finalement le patriarche de Venise, le cardinal Giuseppe Sarto, futur saint Pie X, qui est élu le 4 août, avec 50 voix en sa faveur.

En 1914, l’élection de Giacomo Della Chiesa sous le nom de Benoît XV demande trois jours, du 1er au 3 septembre, et dix scrutins. 57 cardinaux y participent. Benoît XV est élu avec exactement les deux tiers des voix, soit 38. Elu dans les tout premiers jours de la première guerre mondiale, Giacomo Della Chiesa, ancien substitut de la Secrétairerie d’Etat et archevêque de Bologne, est un cardinal diplomate, considéré comme «modéré».

En 1922, le cardinal Achille Ratti est élu pape en quatre jours et quatorze scrutins – un record pour le 20e siècle – du 3 au 6 février. 53 cardinaux sur 60 participent à l’élection, les cardinaux américains ne pouvant pas arriver à Rome en bateau dans les dix jours fixés pour l’attente des retardataires. 42 votent finalement pour le futur Pie XI, ancien préfet de la Bibliothèque vaticane et archevêque de Milan.

Le conclave de 1939 est, quant à lui, sans surprise. L’élection a lieu en une journée, le 2 mars, en présence de 63 cardinaux. Dès le troisième tour de scrutin, après le conclave le plus rapide des trois derniers siècles avec celui de Jean Paul Ier, le cardinal Eugenio Pacelli est élu avec le chiffre probable de 48 voix. A la veille de la seconde guerre mondiale, celui qui prend le nom de Pie XII est un diplomate, ancien nonce en Allemagne et secrétaire d’Etat du Saint-Siège depuis 1930.

En 1958, le conclave qui élit Jean XXIII dure trois jours, du 26 au 28 octobre. Au onzième scrutin, le cardinal Angelo Roncalli est élu à l’âge de 77 ans, avec 36 voix sur les 51 cardinaux présents, dans l’ensemble tous assez âgés. Certains voient chez ce patriarche de Venise la possibilité d’un pontificat de transition, lui permettant notamment de compléter le collège des cardinaux, particulièrement restreint au moment de l’élection.

Les années du Concile Vatican II

En 1963, le conclave se déroule pendant le Concile Vatican II. Le 20 juin, 80 cardinaux sont présents pour le premier scrutin, un nombre d’électeurs encore jamais atteint lors d’un conclave. Le nombre de cardinaux italiens est en revanche proportionnellement et exceptionnellement faible. Ils représentent en effet 35% du collège. Le cardinal Giovanni Battista Montini, archevêque de Milan, est élu le 21 juin après deux jours de conclave et six scrutins, recueillant 57 ou 58 voix. Sous le nom de Paul VI, il se voit donc chargé de poursuivre les travaux du Concile.

Quinze ans après, le premier conclave de 1978 se déroule au milieu d’un grand intérêt de la part de l’opinion publique, du fait que le pape élu sera le premier de l’Eglise post-conciliaire. Le nombre des cardinaux présents est alors de 111, Paul VI ayant fixé à 120 le nombre maximum d’électeurs, ceux-ci devant avoir moins de 80 ans. La proportion des cardinaux européens a quant à elle beaucoup diminué. Ils sont cette fois-ci à peu près à égalité avec les cardinaux non-européens. Les cardinaux se connaissent relativement bien depuis le Concile et les synodes des évêques qui ont suivi.

Alors que la chaleur de l’été romain est particulièrement pénible, tant dans la chapelle Sixtine que dans les chambres improvisées dans les musées du Vatican et dans le palais apostolique, le premier scrutin a lieu le 26 août. Partagés d’abord entre le cardinal Giuseppe Siri, archevêque de Gênes, et le cardinal Albino Luciani, patriarche de Venise, les cardinaux se décident finalement en une journée pour ce dernier, qui prend le nom de Jean Paul Ier, avec près d’une centaine de voix, obtenues au quatrième scrutin.

Sa mort au bout de trente-trois jours (jamais un pontificat n’a été aussi court depuis celui de Pie III, décédé au bout de vingt-six jours en 1503) est suivie d’une grande perplexité quant au choix du nouveau pape. Les cardinaux ont l’impression d’avoir commis une erreur en choisissant un homme dont les forces physiques n’étaient manifestement pas suffisantes pour le gouvernement de l’Eglise.

Ils sont donc plutôt favorables, cette fois, à l’élection d’un pape jeune. Au début du conclave, le 15 octobre, deux cardinaux italiens obtiennent l’essentiel des voix, l’archevêque de Gênes, le cardinal Siri, et celui de Florence, le cardinal Benelli. Mais aucun des deux n’atteint la majorité des deux tiers. La possibilité de l’élection d’un pape étranger commence alors à se profiler, soutenue notamment par le cardinal autrichien Franz König, archevêque de Vienne. Celui-ci pense déjà à l’archevêque de Cracovie, âgé de 58 ans, pour lequel les suffrages augmentent de scrutin en scrutin. Jean Paul II est finalement élu après deux jours de votes, le 16 octobre, et compte selon les versions, un total de 91, 97, ou 99 voix (sur 111, selon «L’Osservatore Romano», du 18 octobre 1978) au huitième et dernier tour de scrutin.

Pronostics électoraux des «spécialistes» déjoués

Alors que le 1er conclave du 21e siècle s’ouvrira le 18 avril 2005, le précédent en a connu huit en 1903, 1914, 1922, 1939, 1958, 1963 et deux coup sur coup en 1978. Ils illustrent que les pronostics autour de l’élection du pape sont parfois erronés et que les favoris désignés sont souvent déboutés. Cette vénérable institution qu’est le conclave garde encore beaucoup de son mystère.

Le premier conclave du 20e siècle se déroule en août 1903. Il voit succéder à Léon XIII (1878-1903), Pie X, patriarche de Venise. C’est la dernière fois qu’une puissance politique, l’Empire austro-hongrois, intervient dans le libre déroulement du vote. Vienne oppose un veto au favori du conclave, le cardinal Mariano Rampolla, secrétaire d’Etat de Léon XIII, jugé trop francophile. Pie X est alors élu. Le nouveau pape légifère dès le lendemain de son élection pour empêcher qu’une telle intervention puisse se reproduire. Pie X sera canonisé en 1954.

Au début de la première guerre mondiale, le 3 septembre 1914, Benoît XV est élu pape. Il est cardinal depuis le mois de mai précédent et ne fait pas partie des favoris. D’aucuns prétendent qu’il ne montra pas beaucoup d’hésitation à accepter la charge suprême, ce qui a été interprété comme présomptueux ou comme le signe d’un sacrifice volontaire pour servir l’Eglise dans la guerre.

Achille Ratti est élu pape le 6 février 1922 au 14e tour de scrutin. Election difficile d’un pape qu’on veut de consensus dans une situation politique italienne contrastée. La presse ne le considère pas comme un favori, face aux grandes pointures de la curie : le «conservateur» Merry del Val et le «libéral» Gasparri. Ce dernier devient pourtant le secrétaire d’Etat du nouveau pape Pie XI.

En 1939, autre année terrible pour le monde, Eugenio Pacelli devient Pie XII en moins de 24 heures et trois tours de scrutins. La brièveté du conclave fait alors courir la rumeur que le cardinal Pacelli, secrétaire d’Etat et favori du sacré collège, a été élu à l’unanimité.

Le 28 octobre 1958, les cardinaux élisent le patriarche de Venise, ancien nonce en France, Giuseppe Roncalli. Avec la Guerre froide en arrière- plan, la situation est alors difficile dans l’Eglise après le long pontificat très personnel et centralisé de Pie XII. Pourtant, le conclave ne dure que trois jours. On pense à l’élection de l’archevêque de Milan, Giovanni Battista Montini, qui n’est pas cardinal, ce qui aurait été une rupture dans la tradition du choix du pape dans le collège des cardinaux. Le conclave veut un candidat pouvant assurer un bref pontificat de détente et de réflexion. Jean XXIII a 77 ans, mais est le maître d’oeuvre du Concile Vatican II.

Le 21 juin 1963, l’archevêque de Milan, devenu cardinal Montini, monte enfin, sans difficulté, sur le trône pontifical. Il devient le pape Paul VI. Les cardinaux jugent qu’il est le plus apte à conduire à bon port le concile voulu par Jean XXIII en 1959.

Le 26 août 1978, Jean Paul Ier est élu. Pour les journalistes, Albino Luciani ne s’impose pas plus qu’un autre cardinal italien et l’on prévoit un long conclave. Dès le 4e scrutin, les cardinaux choisissent un pasteur, homme de terrain. C’est le 3e patriarche de Venise, originaire du milieu rural et de condition modeste, élu pape en un siècle qui voit six Italiens du nord accéder à la tiare. C’est le premier pape à choisir un nom composé en hommage à ses deux prédécesseurs, Jean XXIII et Paul VI.

L’inconnu du 16 octobre 78.et le mystère d’une élection

33 jours plus tard, le 16 octobre 1978, le conclave choisit un inconnu du grand public, peu cité comme «papabile» par les journalistes ’vaticanistes’ : le cardinal archevêque de Cracovie, en Pologne, Karol Wojtyla. Le conclave brise la tradition d’un pape italien, alors que les cardinaux de la péninsule sont un bon groupe constitué (29). L’élection se fait après huit votes. Les cardinaux veulent aller vite. En raison du secret qui couvre le déroulement du conclave, on ne sait pas grand chose du résultat des scrutins. Combien de voix exactement a-t-il obtenu? Refuse-t- il une première fois? D’où un nouveau scrutin pour emporter la décision? Sur la place Saint-Pierre, quand son nom est prononcé, on croit à un pape africain.

Ces 8 exemples montrent que l’élection du nouveau pape est le plus souvent une surprise, même pour les observateurs attentifs. Beaucoup de rumeurs circulent autour des conclaves et c’est dans doute le meilleur moyen pour les cardinaux de préserver leur liberté de vote, garantie de plus par le strict secret imposé par la législation des papes sur l’élection de leur successeur. (apic/hy/ar/pr)

7 avril 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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