Rome: Le dominicain Konrad Hejmo dément les accusations d’espionnage

«Appelez-moi idiot ou ingénu, mais pas espion»

Rome, 29 avril 2005 (Apic) Le dominicain Konrad Hejmo, responsable des pèlerins polonais à Rome, dément les accusations portées contre lui par le directeur de l’Institut pour la mémoire à Varsovie. «Je n’ai jamais été espion», a-t-il déclaré le 29 avril dans la presse italienne.

Le Père polonais Konrad Hejmo, à Rome depuis 1979, a récemment été accusé par Leon Kleres, directeur de l’Institut pour la mémoire à Varsovie, d’être un espion ou plus précisément ’un contact opératif’ des services de sécurité communistes polonais au Vatican. En attendant l’arrivée de son supérieur Maciej Zieba pour prendre une décision quant à son avenir, le dominicain de 69 ans s’est réfugié dans la zone Monteverde de Rome, lieu de son centre de pèlerinage ’Corda Cordi’. C’est là que des journalistes des quotidiens italiens «la Repubblica», «il Corriere della Sera» et «il Messaggero» l’ont interviewé.

«Je n’ai jamais été un agent. Appelez-moi idiot ou ingénu, mais pas espion», a déclaré le père dominicain que l’on voyait depuis 26 ans auprès de Jean Paul II lors des audiences publiques, des voyages du pape en Pologne ou encore à l’hôpital Gemelli. «Je n’ai pas eu de contact avec des services secrets», a-t-il insisté.

«Cette histoire d’agents ayant fait partie des services communistes sort en Pologne justement à la veille des élections», a poursuivi le Père Hejmo. Ainsi, des élections législatives auront lieu en Pologne au mois de juin prochain et des présidentielles au mois d’octobre. «C’est une façon de soutenir les forces filocommunistes et filosocialistes. Toute cette histoire me semble très étrange», a-t-il ajouté.

Contacts avec un espion de la Stasi

Arrivé à Rome en 1979 pour recueillir des informations sur l’Eglise et sur le pontificat de Jean Paul II pour le compte du primat de Pologne, le cardinal Henryk Muszynski, et du secrétaire de la Conférence épiscopale, le dominicain reconnaît qu’il a eu à ce moment-là des contacts avec le Polonais Andrej, un homme venant d’Allemagne qui s’est avéré être un espion de la Stasi. «Il m’avait été présenté par des prêtres polonais parce qu’il devait m’aider. Il disait faire le même travail pour les évêques allemands», il «venait prendre mes articles», a-t-il justifié. «Nous discutions des problèmes de l’Eglise et du pontificat et il allumait son enregistreur», a aussi poursuivi le dominicain. Mais «je ne lui ai jamais révélé rien d’important». «De moi il n’a eu que des nouvelles sur la doctrine».

En effet, à l’époque, on savait que beaucoup de prêtres étaient des sources des services secrets polonais «sans le vouloir». «Chaque prêtre polonais était surveillé», a-t-il expliqué. Et «quand on en a parlé avec le pape», lors d’un déjeuner avec d’autres prêtres polonais en 1984, «tous disaient avoir un ange gardien, ce qui signifiait être contrôlés pour le compte du gouvernement polonais». «Le pape disait en connaître l’existence» et se «savait espionné».

Le Père Hejmo découvre qu’Andrej était un espion

«Je fréquentais Andrej dans les années 80, puis j’ai compris que c’était un espion», a poursuivi le père Hejmo. En effet, «c’était un ami de nombreux prêtres polonais venus à Rome et il fréquentait les milieux journalistiques». «Il était très peu catholique» et «était toujours contre Jean Paul II», a-t-il justifié. «Il était content que ce soit un pape polonais mais son mode de gouverner et ses voyages ne lui plaisaient pas». Et puis, «il avait été militaire en Pologne, prisonnier à Bratislava puis avait fui, et quand il buvait il parlait de généraux polonais qu’il connaissait».

Le père Hejmo a aussi expliqué qu’il avait fait son travail de revue de presse jusqu’en 1981 jusqu’à l’attentat dont le pape fut victime et, qu’à partir de ce moment-là, Andrej avait d’ailleurs disparu et qu’il ne l’avait jamais revu depuis. Plus tard, il est mort d’un cancer, a-t-il précisé.

Interrogé sur l’argent qu’il aurait obtenu de façon louche à cette époque, le prêtre polonais a expliqué qu’en tant qu’étudiant en sciences sociales à l’Université pontificale de l’Angelicum, l’association ’Aide à l’Eglise en détresse’ – organisation née après la guerre pour soutenir les Eglises d’Europe orientale sous les régimes communistes – «lui versait une pension mensuelle de 50 dollars», et «que des prêtres généreux lui avaient donné de l’argent». Quant au fait qu’il ait pu avoir des contacts avec les services communistes polonais de 1983 à 1988, comme l’affirme le rapport de l’Institut pour la mémoire de Varsovie, il l’a démenti, soulignant qu’à partir de 1984 il s’était «occupé de l’assistance pastorale des pèlerins polonais venant à Rome».

Campagne visant à abattre la mémoire du pape Wojtyla

Ce «grand ami» de Mgr Dziwisz, a également raconté que le secrétaire particulier de Jean Paul II lui avait dorénavant «conseillé de rester tranquille, de ne pas faire de bruit, de rester loin des médias et de penser à se défendre». «Il lui semble étrange que justement aujourd’hui sortent des spéculations sur le pontificat de Jean Paul II. Et qu’ils veulent détruire l’impact provoqué par le pape», a-t-il poursuivi. «Toutes ces polémiques arrivent maintenant qu’il ne peut plus rien dire», a souligné celui qui «aimait profondément» le pape polonais. Il a finalement parlé d’accusations qui arriveront bientôt de Varsovie concernant cinq prêtres, dénonçant «une opération internationale visant à abattre la mémoire du pape Wojtyla».

De source vaticane, le père Hejmo est «une personne bonne mais qui parle trop». Le dominicain polonais n’aurait pas donné «volontairement» des informations au pouvoir communiste, mais bavardant volontiers avec «toutes les personnes qu’il rencontre, il a parlé à des personnes qu’il n’aurait pas dû voir, et qui ont dû enregistrer ses propos».

La question est de savoir pourquoi il est dénoncé aujourd’hui et ne l’a pas été avant. De même source, «sûrement parce qu’il y a des enjeux liés à une volonté de nuire à l’image du pape et parce qu’il y aura bientôt des élections en Pologne». Un dossier encore à éclaircir. Ce que le cardinal de Cracovie Franciszek Macharski revenu à Rome, s’exerce sans doute à faire. (apic/imedia/ar/bb)

29 avril 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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