Intervention devant les pères synodaux
Rome: Le grand rabbin d’Haïfa précise les conditions du dialogue judéo-chrétien
Rome, 6 octobre 2008 (Apic) Pour le grand rabbin d’Haïfa, Shear-Yashuv Cohen, qui est intervenu devant les évêques lors du Synode sur la Parole de Dieu, le 6 octobre 2008 au Vatican, «dialoguer» ne signifie pas «influencer son prochain». C’est ce qu’il a affirmé avant son intervention dans une interview accordée au quotidien italien «La Repubblica». Le grand rabbin, co-président de la Commission pour le dialogue entre le Saint-Siège et Israël, est le premier juif et le premier non chrétien à prendre la parole au cours d’un synode au Vatican.
Il y a des limites au dialogue, a ainsi expliqué le grand rabbin d’Haïfa, parce que «dialogue ne signifie pas changer son prochain». «Pousser le dialogue au-delà de cette limite signifie tenter d’influencer son prochain et nous ne vivons plus au Moyen Age», a-t-il poursuivi. «Aujourd’hui, nous cherchons à découvrir ce que nous avons en commun, et avant toute chose, l’Ancien Testament».
Se souvenir des persécutions qui ont eu lieu au cours de l’histoire
Shear-Yashuv Cohen, qui s’est exprimé dans l’après-midi du 6 octobre sur la manière dont le peuple juif lit et interprète l’Ecriture sainte, a par ailleurs affirmé que le fait même que cette rencontre ait lieu était important, «si on se souvient combien de haine et combien de persécutions ont eu lieu au cours de l’histoire, surtout entre le catholicisme et le judaïsme». Pour ce descendant d’une famille de rabbins qui étudient la Torah depuis 18 générations, ce dialogue est important pour «réduire la haine et l’inimitié, et promouvoir la paix et la fraternité».
Après les critiques émises par des groupes extrémistes dénonçant sa participation au Synode des évêques, Shear-Yashuv Cohen a affirmé qu’il n’y participait pas «à titre personnel» mais qu’il était l’»envoyé du Rabbinat Central, la plus haute autorité rabbinique en terre d’Israël».
Le rabbin d’Haïfa, âgé de 82 ans, a également reconnu le travail important effectué par la Commission pour le dialogue entre le Saint-Siège et Israël ces 7 dernières années. «Nous avons examiné des arguments comme la sainteté de la vie, la lutte contre le laïcisme, la valeur de la famille», a-t-il expliqué. «Les débats ont été plutôt fructueux et il y a aussi eu des interventions écrites sur les principes sur lesquels le judaïsme, le christianisme et l’Islam aussi, peuvent se mettre d’accord».
Evoquant enfin le rapport entre l’Etat et la religion, il a affirmé qu’»il doit y avoir une subdivision des devoirs mais que le gouvernement et la religion doivent agir ensemble». Même si, a-t-il affirmé, «il s’agit d’un équilibre très délicat». Le rabbin Shear-Yashuv Cohen est membre de la commission de travail bilatérale permanente Israël-Vatican qui se réunit régulièrement afin de conclure un accord juridico-financier concernant les propriétés ecclésiastiques, les exonérations fiscales des communautés chrétiennes et le statut juridique de l’Eglise catholique en Israël. (apic/imedia/ms/be)



