Les cardinaux pour la démission des prêtres pédophiles
Rome: Le mea culpa de l’Eglise des Etats-Unis
Rome, 25 avril 2002 (APIC) Les cardinaux des Etats-Unis ont proposé mercredi soir des mesures spéciales pour amener à la démission des prêtres pédophiles. Ils ont adressé une lettre d’excuses à l’Eglise de leur pays pour n’avoir pas réussi à la protéger des scandales. Parmi ces mesures figurent la possibilité de réduire à l’état laïc un prêtre coupable d’actes pédophiles. Les prélats s’engagent à réaliser les recommandations de Jean Paul II qui a condamné le terrible péché d’actes pédophiles commis par des prêtres.
Les cardinaux ont en effet proposé mercredi soir des mesures spéciales, au- delà des normes prévues par le code de droit canon, pour amener à la démission du sacerdoce les «prêtres qui ont commis de façon notoire des violences sexuels répétées sur des mineurs».
Les prélats demandent en outre pardon pour l’inaction de certains évêques et cardinaux face aux scandales d’abus sexuels de prêtres sur des enfants, à l’issue de leur rencontre de deux jours au Vatican, tout en faisant part, dans un message, de leur soutien envers les prêtres des Etats-Unis en ce moment «douloureux».
Dans un communiqué final publié tard dans la soirée du 24 avril 2002, ils réaffirment par ailleurs la «valeur» du célibat des prêtres estimant qu’il ne peut pas être lié à la pédophilie, et demandent une journée nationale de pénitence en réparation des abus commis dans le passé. Ils soumettent une série de propositions qui devraient être étudiées par le Saint-Siège et les évêques des Etats-Unis lors de leur prochaine assemblée, parmi lesquelles la proposition de réduire à l’état laïc un prêtre ayant abusé de mineurs.
C’est jusque tard dans la nuit du 24 au 25 avril 2002 heure de Rome – que les cardinaux américains ont conclu leurs deux journées de travaux. A l’occasion d’une conférence de presse devant plus de 200 journalistes dont près de 150 d’outre-Atlantique -, le cardinal Theodore Edgar McCarrick, archevêque de Washington, le cardinal James Francis Stafford, président du Conseil pontifical pour les laïcs, ainsi que le président de la Conférence épiscopale, Mgr Wilton Gregory, ont présenté un message rédigé par les cardinaux et destiné à tous les prêtres du continent nord- américain. Au même moment, un communiqué final était publié.
Négligence
«C’est le temps douloureux de la purification», affirment les cardinaux dans la lettre adressée à tous les prêtres américains. «Nous, cardinaux des Etats-Unis, regrettons que l’épiscopat, par négligence, n’ait pas été capable de préserver l’Eglise du scandale de la pédophilie. Au cours de notre rencontre, vous avez été très proches de nos esprits et de nos coeurs, connaissant le lourd fardeau de la douleur et de la honte que vous supportez à cause de certains qui ont trahi la grâce de l’ordination». En conclusion, les cardinaux promettent de soutenir les prêtres «de quelque manière que ce soit en ces temps difficiles», tout en leur demandant de collaborer avec eux dans la résolution de cette affaire.
Ce «temps de la purification» sera particulièrement concrétisé par une journée nationale de prière et de pénitence – dont la date n’a toutefois pas encore été fixée -, «en réparation des offenses commises».
Tolérance zéro
Dans le communiqué final, les cardinaux répondent par ailleurs à différentes questions posées par l’opinion publique – représentée à Rome par les nombreux journalistes présents à chaque briefing – les jours précédant la réunion de travail au Vatican, «réaffirmant» six «principes de base». Parmi ceux-ci, les cardinaux soulignent en particulier que «le lien entre le célibat et la pédophilie ne peut pas être scientifiquement maintenu», rappelant ainsi que «le célibat des prêtres est un don de Dieu à l’Eglise».
Les prélats insistent également sur le fait que même s’ils sont conscients de la «gravité du problème», les cas de prêtres pédophiles restent «rares». «Les statistiques à ce sujet ne sont pas très claires», précisent-ils toutefois, ajoutant en outre que «la plupart des cas impliquant des adolescents ne sont pas de vrais cas de pédophilie».
Faisant enfin allusion au discours de Jean Paul II publié au premier jour de la rencontre, le 23 avril, les cardinaux rappellent que «tout abus sexuel sur des mineurs est à juste raison considéré comme un crime surtout quand il a été commis par des prêtres et des religieux». Ils font alors part de leur solidarité envers les victimes et leurs familles, leur promettant «une assistance appropriée».
Procès spécial
Dans une deuxième partie du communiqué, les 12 cardinaux présents à Rome ces derniers jours soumettent ensuite une liste de propositions au Saint- Siège, visant à affronter la question des prêtres pédophiles au sein de l’Eglise des Etats-Unis.
Les prélats émettent tout d’abord l’idée de l’instauration d’un «procès spécial» visant à réduire un prêtre à l’état laïc, dans le cas où l’accusé «est coupable d’une série d’abus sexuels sur mineurs». Ils vont même jusqu’à demander à ce que tout prêtre «considéré comme une menace par l’évêque diocésain» soit également jugé «dans le but «d’éviter de graves scandales dans le futur».
Une autre proposition demande la visite régulière d’autorités religieuses dans les séminaires et dans les maisons de formation, afin «de consacrer une attention spéciale aux admissions des candidats au sacerdoce». Les cardinaux demandent en outre qu’une fois acceptés, les séminaristes reçoivent l’enseignement de l’Eglise sur la morale «dans son intégralité».
Au cours de la conférence de presse – commencée avec près de deux heures de retard, en raison «de la difficulté à trouver les mots justes dans un contexte si important» – le président de la Conférence épiscopale a précisé que toutes ces propositions seront étudiées de nouveau lors de la prochaine session des évêques des Etats-Unis qui doit se dérouler en juin à Dallas. «Cette réunion au Vatican n’avait pas pour objectif de prendre des décisions finales», a expliqué Mgr Wilton Gregory, précisant en particulier que sur la question de l’adoption d’une politique de «tolérance zéro», «rien de concret n’a encore été décidé», même si «dans les faits, les évêques en ont déjà pris conscience».
Absence remarquée du cardinal Law
L’absence – «pour des raisons personnelles» – du cardinal Bernard Law, archevêque de Boston, qui a fait l’objet de nombreuses critiques quant à la manière dont il a «couvert» certains cas de prêtres pédophiles dans son diocèse en les renommant à d’autres postes, a été particulièrement remarquée par les journalistes, au cours de la conférence de presse finale. Le prélat avait récemment annoncé son désir de continuer sa mission à la tête de son diocèse, avec l’accord du pape. Cette décision divise l’Eglise catholique des Etats-Unis dont une partie continue à demander sa démission.
Pour sa part, le cardinal McCarrick, archevêque de Washington, a précisé, à l’issue de la rencontre avec les journalistes, «qu’il reste encore de nombreuses questions à aborder», faisant notamment allusion au problème de l’homosexualité des prêtres. Interrogé dans l’après-midi du 24 avril, à l’issue d’un repas avec Jean Paul II, le cardinal McCarrick avait évoqué l’idée de la formation d’un conseil national de laïcs chargés d’évaluer le travail du clergé et d’aider à trouver des réponses à ces problèmes soulevés. (apic/imed/pr)



