Sur fond de guerre en Irak et du conflit au Moyen-Orient

Rome: Le pape a reçu le président Bush en audience

Rome, 4 juin 2004 (Apic) Le pape Jean Paul II a reçu vendredi en fin de matinée le président George W. Bush, sur fond de guerre en Irak. Les deux hommes se sont entretenus durant une quinzaine de minutes. L’occasion, pour le pape, de réaffirmer devant l’initiateur de cette guerre unilatéralement décidée, que la situation en Irak et au Proche Orient «doit être normalisée le plus rapidement possible avec la participation active de la communauté internationale et en particulier des Nations Unies».

Le pape, montrant son approbation pour «la récente nomination d’un chef d’Etat en Irak» et pour «la formation d’un gouvernement intérimaire en Irak» – qu’il a qualifiés de «pas encourageant» -, a souhaité «un retour rapide à la souveraineté de l’Irak, dans des conditions de sécurité pour tous».

«Puisse un tel espoir de paix être rallumé en Terre Sainte et mener à de nouvelles négociations, dictées par un engagement au dialogue sincère et déterminé, entre le gouvernement d’Israël et de l’Autorité palestinienne», s’est ensuite exclamé le pape. Les négociations entre le Saint-Siège et le gouvernement israélien sur des thèmes essentiels pour les communautés catholiques en Terre Sainte devraient, par ailleurs, reprendre le 5 juillet prochain.

Evénements déplorables

Jean Paul II s’est aussi arrêté sur le problème du terrorisme, une «menace internationale» qui demeure «une source de préoccupation constante». Rappelant qu’elle «a sérieusement affecté les relations normales et paisibles entre les Etats et les peuples depuis la tragique date du 11 septembre 2001», il a évoqué les «événements déplorables» des dernières semaines, sans doute en faisant allusion aux actes de tortures dans les prisons irakiennes. Ceux-ci «ont troublé la conscience civile et religieuse de tous, et ont rendu plus difficile l’engagement serein et déterminé, à partager les valeurs humaines».

Jean Paul II s’est par la suite félicité de l’action du gouvernement américain et des nombreuses organisations humanitaires en Afrique, qui veillent à améliorer les conditions de vie jusqu’ici «intolérables». Il a également soutenu le gouvernement américain dans «sa défense des valeurs morales», particulièrement en ce qui concerne le respect de la vie et de la famille. Le président méthodiste américain s’est exprimé contre l’avortement, contrairement à son rival catholique John Kerry.

Avant de lancer le fameux «God Bless America !» (Que Dieu bénisse l’Amérique !), Jean Paul II a encouragé une «plus grande et plus profonde compréhension entre les Etats-Unis et l’Europe, qui jouera sûrement un rôle décisif dans la résolution des grands problèmes évoqués ainsi que des autres problèmes auxquels l’humanité est aujourd’hui confrontée».

Jean Paul II décoré

George Bush, l’air ému, a chaleureusement remercié le pape de l’avoir reçu avec sa délégation de 54 membres, dont sa femme Laura, le secrétaire d’Etat, Colin Powell, et Condoleeza Rice, conseillère pour la sécurité nationale. «Je vous transmets les voeux de mon pays où vous êtes respecté, admiré et très aimé», a-t-il tout d’abord confié au pape fatigué.

«De la part de mon gouvernement, je vous assure que nous allons travailler pour la liberté de l’homme, pour la dignité de l’homme de façon à répandre paix et compassion», a-t-il affirmé, avant d’ajouter: «Nous apprécions le symbole de liberté que vous avez représenté et nous reconnaissons le pouvoir de la liberté de changer les sociétés et le monde». Bush a enfin remis au pape la médaille présidentielle de la liberté, la plus haute décoration civile américaine créée en 1945 et remise à des personnalités ayant oeuvré pour la liberté, la dignité humaine et pour la paix. «Les Etats-Unis honorent le fils de la Pologne qui est devenu évêque de Rome, et un héros de notre temps», a dit le pensionnaire de la Maison Blanche.

Le président américain s’est ensuite rendu auprès du cardinal secrétaire d’Etat, Angelo Sodano, qui l’avait déjà accueilli dans la cour Saint Damase du palais apostolique avec le chef du protocole, l’évêque américain, James Harvey.

Le président Bush se rendra vendredi encore au mémorial des Fosses Ardéatines dans le sud de Rome, pour un moment de recueillement en compagnie du chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi. Le 5 juin 2004, G.W.Bush quittera le territoire italien pour la France et Jean Paul II pour la Suisse où il restera 48 heures.

C’est la troisième fois que le pape et George W. Bush se rencontre depuis l’arrivée de celui-ci au pouvoir en janvier 2001. Mais il s’agissait de la première visite depuis le début des hostilités en Irak. Le président Bush et son épouse sont restés près de deux heures au Vatican.

Opposant de la première heure contre la guerre en Irak

Le pape Jean Paul II a été un des opposants les plus déterminés à la guerre en Irak déclenchée par les Etats-Unis en mars 2003. Il n’a depuis jamais cessé de réclamer pour que soit restitué à l’ONU le rôle qu’il aurait toujours dû avoir avant dans ce conflit.

C’est dans une Rome quadrillée par les forces de sécurité – 10’000 policiers, assure-t-on – et survolée en permanence par des avions et des hélicoptères, que la première étape de la visite du président américain eu Europe a commencé. Alors que des dizaines de manifestants contre la politique américaine en Irak se réunissaient pour des actions de protestation.

Le président américain a ainsi souligné l’importance de cette audience, en avançant spécialement sa visite à Rome, cela à l’heure où les Etats-Unis cherchent l’aide de la communauté internationale pour assurer la transition en Irak. A quelques mois de l’élection présidentielle américaine, le poids de l’électorat catholique sera loin d’être négligeable. Le Vatican n’a jamais légitimé le concept contesté de «guerre préventive» avancé par l’administration américaine pour justifier l’invasion d’un pays souverain.

Le forcing du président Bush pour apparaître ainsi à quelques mois des élections en photo aux côtés du pape Jean Paul II a sans doute pour but de récupérer le plus grand nombre d’électeurs catholiques pour les présidentielles. Lors des dernières, en 2000, 50% des catholiques ont voté Gore et 46% Bush – de confession méthodiste -, mais parmi ceux qui vont à la messe plus d’une fois par semaine, 63% ont voté Bush et seulement 30% pour Gore. On compte environ 60,4 millions de catholiques, sur une population d’environ 274 millions de personnes.

Des convergences, pour combien de divergences?

Dire que Washington et le Vatican sont à des années-lumière sur les questions de l’Irak et du Proche-Orient relève par conséquent de l’euphémisme. Certes, sur des sujets comme l’avortement, la défense de la vie, le mariage des homosexuels et le clonage humain, le Vatican n’a aucun mal à rejoindre la politique défendue par l’administration Bush. On est en revanche loin du compte pour quantité d’autres dossiers, dans des domaines aussi divers que ceux des armes et de leur commerce, des mines antipersonnel, des embargos décrétés unilatéralement par Washington, de la peine de mort, mais aussi en matière de politique environnementale, de médicaments à destination du Sud. (apic/pierre rottet, avec imedia)

4 juin 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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