Prélude à une prochaine réforme de la curie romaine ?
Rome : Le pape procède à l’unification temporaire de la présidence de Conseils pontificaux
Rome, 12 mars 2006 (Apic) Benoît XVI a procédé à l’unification temporaire de certains Conseils pontificaux, laissant penser à une prochaine réforme de la curie romaine. Le 11 mars 2006, la Salle de presse du Saint-Siège a ainsi communiqué la nomination à la tête du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement et de celui pour le dialogue interreligieux de deux cardinaux déjà chefs d’autres dicastères.
Selon le communiqué publié par la Salle de presse du Saint-Siège, Benoît XVI a «accepté la renonciation présentée pour raison d’âge par le cardinal Stephen Fumio Hamao, président du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, et a uni pour le moment la présidence de ce Conseil avec celle du Conseil pontifical Justice et Paix». «En conséquence, poursuit le communiqué, le pape a nommé le cardinal Renato Raffaele Martino nouveau président du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement».
Par ailleurs, «le pape a uni pour le moment la présidence du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux à celle du Conseil pontifical de la Culture, afin de favoriser un dialogue plus intense entre les hommes de culture et les représentants des différentes religions». Ainsi, peut-on lire encore, le pape «a nommé le cardinal Paul Poupard nouveau président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux «.
Ces rapprochements, présentés comme temporaires, apparaissent pour certains observateurs comme un premier pas vers une réforme du lourd appareil de la curie, que semble souhaiter Benoît XVI, et dont il pourrait discuter avec les cardinaux du monde entier convoqués en consistoire privé au Vatican le 23 mars prochain.
Pour réaliser ces rapprochements, le pape avait écarté le Britannique Mgr Michael Louis Fitzgerald de la présidence du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, le 15 février 2006, en le nommant nonce apostolique en République arabe d’Egypte et délégué auprès de l’Organisation de la Ligue des Etats arabes. Fait exceptionnel, un chef de dicastère était ainsi éloigné du Saint-Siège.
Plusieurs hauts prélats en âge de retraite
Puis, le 11 mars, le pape a donc accepté la démission du cardinal japonais Fumio Hamoa, en poste à Rome depuis juin 1998, et qui avait fêté ses 76 ans le 9 mars dernier. Il convient cependant de noter que son successeur, le cardinal italien Martino aura 75 ans courant 2007, mais surtout que le nouveau président du Conseil pour le dialogue interreligieux, le cardinal Poupard, a déjà dépassé l’âge de la retraite canonique, 75 ans, en août 2005. Quant à l’actuel secrétaire d’Etat, le cardinal Angelo Sodano, il est âgé de 78 ans, tout comme le pape.
Le cardinal Paul Poupard, interrogé par l’agence I.MEDIA, partenaire de l’Apic à Rome, a vu dans cette nouvelle nomination un «signe de confiance» du pape, alors qu’il avait lui aussi présenté sa démission canonique à 75 ans. Pour lui, ce rapprochement «renforce le lien intrinsèque entre le dialogue interreligieux et le dialogue interculturel». Dans ce sens, le cardinal français a rappelé que, le 20 août 2005, lorsque Benoît XVI avait rencontré des représentants des communautés musulmanes allemandes à Cologne, en marge des 20e Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), il avait affirmé que «le dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et musulmans» ne pouvait pas «se réduire à un choix passager» mais représentait «une nécessité vitale, dont dépend en grande partie notre avenir».
Vers une réforme de la curie ?
Interrogé sur une prochaine réforme de la curie romaine, le cardinal Paul Poupard a affirmé ne pas être «Madame Soleil». Il a cependant noté que, pendant plus de 10 ans, il avait présidé à la fois le Conseil pontifical pour le dialogue avec les non-croyants (fondé par Paul VI en 1965) et le Conseil pontifical de la culture, créé en 1982 par Jean Paul II. Par le Motu proprio Inde a Pontificatus du 25 mars 1993, le pape polonais avait ensuite uni les deux conseils pontificaux.
Le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux a pour sa part été fondé par Paul VI en 1964, sous le nom initial de Secrétariat pour les non-croyants. Il a pris son nom actuel sous le pontificat de Jean-Paul II, lors de la réorganisation de la curie romaine opérée par la Constitution apostolique Pastor Bonus du 28 juin 1988.
Le Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement a d’abord été institué comme Commission pontificale par Paul VI, en 1970. Il a pour objectif d’étudier et de promouvoir une pastorale des ’personnes en mouvement’ : migrants, exilés, réfugiés, personnes déplacées, pêcheurs et marins, personnels des transports, nomades, gens du cirque et de la fête, pèlerins et touristes, et de tous les groupes de personnes qui, à titres divers, sont touchés par le phénomène de la mobilité humaine, comme les étudiants à l’étranger, les travailleurs et les experts. Lui aussi a changé d’appellation en 1988.
Il en a été de même pour le Conseil pontifical Justice et Paix. Le Concile Vatican II avait souhaité « la création d’un organisme de l’Eglise universelle chargé d’inciter la communauté catholique à promouvoir l’essor des régions pauvres et la justice sociale entre les nations ». En réponse à ce désir, Paul VI avait créé la Commission pontificale Justitia et Pax en janvier 1967. (apic/imedia/ami/bb)



