Jean Paul II et Teoctist ont récité le credo ensemble

Rome: Le pape prône un dialogue fraternel et franc avec l’Eglise orthodoxe

Rome, 13 octobre 2002 (APIC) L’Eglise catholique est «toujours disponible pour un dialogue fraternel et franc avec l’Eglise orthodoxe», a affirmé le pape, le samedi 12 octobre, en recevant en audience le patriarche orthodoxe roumain Teoctist. Ce dernier a participé dimanche à la messe célébrée par Jean Paul II dans la Basilique St- Pierre, concluant ainsi sa visite au Vatican, qui a duré 7 au 13 octobre.

Après un entretien privé d’une quinzaine de minutes en tête-à-tête avec le patriarche Teoctist en fin de matinée du samedi, Jean Paul II a accueilli chaleureusement la délégation roumaine dans sa bibliothèque privée, avant de prononcer un long discours en français sur son point de vue concernant les relations entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe dans son ensemble.

«Comment poursuivre ? Quels pourront être nos prochains pas pour parvenir enfin à la pleine communion?» s’est interrogé le pape. Première tentative de réponse : «poursuivre le dialogue de la vérité», ce qui signifie «tenter d’éclaircir et de dépasser les différences qui demeurent encore aujourd’hui, en multipliant les échanges et les réflexions au niveau théologique». Jean Paul II a ainsi souhaité la reprise des travaux de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe dans son ensemble, commission créée en 1980.

La huitième et dernière réunion en date qui a eu lieu à Baltimore (USA) en juillet 2000 avait buté à nouveau sur le problème de l’uniatisme, l’existence des Eglises catholiques de rite oriental. La reconnaissance de ces églises gréco-catholiques rattachées à Rome avait fait l’objet de la déclaration de Balamand, lors de la réunion précédente de la Commission en juin 1983 au Liban, déclaration qui a été mal acceptée depuis par certaines Eglises orthodoxes, dont celle de Moscou.

Intensifier les échanges

«Notre devoir, a poursuivi le pape, est donc d’extirper les vieux préjugés». «Là où surgissent des problèmes ou des incompréhensions, il est nécessaire, de les affronter à travers un dialogue fraternel et franc, en recherchant des solutions qui puissent engager réciproquement les deux parties» a-t-il déclaré. Jean Paul II prône ainsi une intensification des «échanges» et des «rencontres personnelles», en particulier «la rencontre entre jeunes, car ils sont toujours curieux de connaître des mondes différents du leur, de s’ouvrir à une dimension plus large».

«Un autre aspect me semble intéressant, a-t-il encore confié. Je me demande si nos relations ne seraient pas devenues suffisamment profondes et mûres pour nous permettre de leur donner une solide structure institutionnelle». Pour le pape, il s’agit de «trouver des formes stables de communication et d’échange régulier et réciproque d’informations avec chacune des Eglises orthodoxes, et au niveau de l’Eglise catholique et de l’Eglise orthodoxe dans son ensemble».

Le prosélytisme est un contre-témoingnage

Pour sa part, le patriarche Teoctist a affirmé que l’Eglise orthodoxe roumaine «continue d’apporter sa contribution spécifique aux efforts du dialogue oecuménique bilatéral et multilatéral». Dans un discours lu par un interprète en italien, il a cependant regretté qu’après la période communiste, «des groupes de prétendus évangélisateurs ont assailli les églises locales orthodoxes, provoquant ainsi beaucoup de frustration et de souffrance».

«L’espérance d’une aide de la part des Eglises des pays libres s’est transformée rapidement en désillusion, en confusion, en méfiance et en attitudes sporadiquement anti-oecuméniques, a souligné le patriarche, les Eglises historiques du lieu se sont vues confrontées à des tactiques de compétition déloyale, avec des structures ecclésiastiques parallèles, fondées même par certaines Eglises dont on attendait l’aide fraternelle».

Le chef de l’Eglise orthodoxe roumaine s’est également fait l’écho des divisions qui perdurent entre Moscou et Rome, en abordant les problèmes de prosélytisme et de territoire canonique. «D’autres Eglises venant d’autres lieux sont les bienvenues pour aider à l’activité missionnaire de l’Eglise, mais seulement à côté et en pleine collaboration avec l’Eglise du lieu», a- t-il affirmé soulignant «l’importance» et la «valeur» du principe du territoire canonique. Quant au prosélytisme, il est «un contre-témoignage» estime le patriarche «et doit être dénoncé comme tel en toute circonstance».

Comme dans la déclaration commune signée à l’issue de cette longue audience d’une heure et demie au Vatican, Jean Paul II et le patriarche Teoctist ont, lors de la cérémonie dans la basilique vaticane, manifesté leur désir commun de poursuivre, malgré les «nombreux obstacles d’ordre spirituel et matériel», le chemin vers la pleine communion. Si ces deux hommes d’Eglise ont pu réciter ensemble le credo après avoir participé côte à côte à la liturgie de la parole, ils se sont cependant séparés au moment de la prière eucharistique. SH

Encadré

Signature d’une Déclaration commune

Comme lors du voyage de Jean Paul II à Bucarest en mai 1999, le pape et le patriarche Teoctist ont signé à Rome une Déclaration commune portant sur l’engagement réciproque à «prier et à travailler pour atteindre la pleine unité visible». «Notre but et notre désir ardent, c’est la pleine communion qui n’est pas absorption, mais communion dans la vérité et l’amour» stipule le document.

«Notre rencontre doit être considérée comme un exemple» déclarent les deux hommes, se penchant particulièrement sur la situation en Roumanie. «Par un dialogue sincère, il faut dépasser les conflits, les malentendus et les soupçons issus du passé, afin que, dans cette période décisive de l’histoire, les chrétiens en Roumanie puissent être des témoins de la paix et de la réconciliation».

Quant aux difficultés actuelles auxquelles est confrontée la Commission théologique internationale pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe, «nous désirons formuler le souhait que l’on ne néglige aucune initiative pour réactiver le dialogue théologique et pour relancer l’activité de la commission» estiment les deux parties. Enfin, la Déclaration commune insiste sur la mission des chrétiens d’Orient et d’Occident à être unis «pour donner voix, consistance et espace à l’âme chrétienne de l’Europe» alors que l’Europe «est en train d’étendre ses frontières». (apic/imedia/sh)

13 octobre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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