Rupture avec la pratique sous Jean Paul II?
Rome: Le préfet de la Congrégation pour la cause des saints présidera 2 béatifications
Rome, 5 mai 2005 (Apic) Le préfet de la Congrégation pour la cause des saints, et non le pape Benoît XVI, présidera la béatification de deux religieuses dans la basilique Saint-Pierre, le 14 mai 2005. La volonté de Benoît XVI de confier cette cérémonie au cardinal Martins pourrait marquer une rupture avec la pratique sous Jean Paul II, notent les observateurs romains.
La première cérémonie de béatification du pontificat de Benoît XVI devrait se dérouler le samedi 14 mai 2005 à 17h dans la basilique Saint- Pierre. Mais, pour la première fois depuis 1971, ce ne sera pas le pape qui présidera cette cérémonie, mais le préfet de la Congrégation pour la cause des saints, a confirmé mercredi à Rome le cardinal José Saraiva Martins sur les ondes de Radio Vatican.
Le cardinal Martins béatifiera deux religieuses, la franciscaine américaine Marie Anne Barbara Cope, plus connue sous le nom de mère Marianne de Molokai (Hawaï) et la cofondatrice espagnole des soeurs missionnaires dominicaines du rosaire, soeur Ascension du Coeur de Jésus.
Une messe de béatification présidée par Jean Paul II avait été programmée avant son décès pour le 15 mai 2005. Le Français Charles de Foucauld aurait alors été béatifié avec sept martyrs espagnols et trois religieuses. En outre, il avait aussi été prévu que Jean Paul II béatifie six servants de Dieu le 24 avril dernier, parmi lesquels le Français Jean du Sacré-Coeur ou, dans le siècle, Léon Gustave Dehon.
La date de ces célébrations devait être à nouveau fixée par Benoît XVI. Le 15 mai, il a décidé d’ordonner de nouveaux prêtres du diocèse de Rome. Le nouveau pape aurait donc aussi décidé de ne pas présider lui-même la première cérémonie de béatification de son pontificat. Jean Paul II avait, quant à lui, présidé 147 cérémonies de béatification en 26 ans de règne, dont 62 hors du Vatican.
Pas une nouveauté pourtant
Ce n’est pas à proprement parler une nouveauté, mais cela pourrait marquer une rupture avec les pratiques de Jean Paul II. Jusqu’en 1971, les papes ne présidaient pas les cérémonies de béatifications. Cette année-là, le pape Paul VI décida de présider personnellement la messe de béatification de Maximilien Kolbe, franciscain polonais mort dans un camp de concentration. Karol Wojtyla, alors cardinal archevêque de Cracovie, avait concélébré cette messe. Dans une lettre que le cardinal secrétaire d’Etat Angelo Sodano aurait adressé à Mgr James Michael Moynihan, évêque de Syracuse aux Etats-Unis où se trouve la maison mère de l’ordre auquel appartenait Marie Anne Barbara Cope, il aurait indiqué qu’à «l’avenir» le préfet de la Congrégation pour la cause des saints présiderait les cérémonies de béatifications et que le pape présiderait les cérémonies de canonisation.
Depuis des années, les responsables du Saint-Siège réfléchissent à un renvoi aux pratiques liturgiques d’avant 1971 afin de souligner la différence entre une béatification et une canonisation. Le cardinal Saraiva Martins avait indiqué en 2003 que le choix de la présidence d’une cérémonie de béatification «n’est pas un problème théologique, mais pastoral». «Je sais que 99% de catholiques ne noteraient pas cette différence», avait alors déclaré le cardinal.
La différence la plus évidente entre une béatification et une canonisation relève de l’implication de l’autorité papale. Elle indique jusqu’à quel point la personne élevée à la gloire des autels peut être honorée. Ainsi, normalement, lors d’une cérémonie de béatification, l’évêque du diocèse où le candidat à la béatification est mort demande au pape de le «déclarer» bienheureux. Lors d’une cérémonie de canonisation, le préfet de la Congrégation pour la cause des saints demande au pape, au nom de l’église universelle, de «proclamer» saint un candidat. Ainsi, lorsque quelqu’un est béatifié, le pape permet aux membres de l’ordre religieux auquel il peut appartenir et aux fidèles des endroits où il a vécu de le vénérer. En revanche, une canonisation fait qu’un bienheureux doit être vénéré par toute l’Eglise catholique.
L’avis du cardinal Ratzinger, il y a 15 ans
En 1989, dans un entretien au mensuel italien 30 Giorni, le cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait lui-même souligné la nécessité de revenir à cette distinction. «Faire la part entre la béatification et la canonisation est quelque chose de pleinement raisonnable pour différencier les figures qui peuvent être des exemples dans un environnement spécifique et ceux qui ont un message à transmettre à l’église entière», avait alors déclaré le «gardien de la doctrine de l’Eglise». Il avait ajouté qu’il avait «l’impression qu’aujourd’hui cette distinction n’est pas facilement identifiée de l’extérieur».
Lors d’une conférence de presse à Rome, le 2 mai 2005, le cardinal Saraiva Martins a répondu sur les critiques parfois faites au pape Jean Paul II d’être «le plus grand faiseur de saints» de l’histoire de l’Eglise. «Fréquemment, Jean Paul II a été informé du nombre ’excessif’ de proclamations de saints et de bienheureux durant son pontificat», a déclaré le cardinal. «Ce n’est pas le pape qui fait des saints et encore moins ma Congrégation, que certains surnomment ’l’usine à saints’», s’est-il amusé. «L’Eglise identifie les saints, le pape les proclame, mais c’est Dieu qui fait des saints en accordant sa grâce à des individus». Durant son pontificat, Jean Paul II a fait 1342 bienheureux et 147 saints, alors que de 1588 à 1978, les papes avaient béatifié 1201 individus et en auraient canonisé 302. (apic/imedia/hy/pr)



