Rome: Le président de la Conférence épiscopale allemande intervient sur Radio Vatican Pour préciser sa pensée sur l’éventualité d’une démission du pape.

Rome, 10 janvier 2000 (APIC) Mgr Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande, est intervenu lundi sur Radio Vatican pour préciser sa pensée sur l’éventualité d’une démission du pape, après les débats provoqués par ses propos tenus dimanche sur la radio allemande «Deutschlandfunk». Des propos souvent repris dans les médias de lundi comme une «proposition» lancée à Jean Paul II. «Je n’ai pas demandé la démission du pape», affirme Mgr Lehmann.

L’évêque de Mayence a poursuivi: «Cela n’est pas mon style et cela ne correspond pas non plus à ma mentalité. J’ai dit qu’au contraire: «j’ai vu le pape ces derniers mois en bonne forme intellectuellement et très engagé vers l’ouverture de l’Année Sainte. Pour Mgr Lehmann, le pape est «certainement âgé, mais très présent». Soulignant qu’une démission du pape est possible selon le droit canon, mais aussi qu’il n’y en a pas eu depuis le pape Célestin V à la fin du XIIIème siècle, Mgr Lehmann a encore affirmé être certain que Jean Paul II «aurait quoiqu’il en soit le courage et la force, au cas où il le jugeait un jour nécessaire, de prendre sa propre décision dans ce domaine».

Se disant «très fâché» que ces propos à la radio allemande aient été déformés par le bureau de l’agence italienne «Ansa» à Berlin, Mgr Lehmann a insisté sur le fait qu’il a lui-même publié un démenti dans la soirée, en même temps que le texte de son entretien tel qu’il lui avait été envoyé par la radio «Deutschlandfunk». De son côté, le Saint-Siège a publié la traduction italienne d’une partie de ce texte. Evoquant la possibilité d’une démission de Jean Paul II, l’évêque y soulignait comme «très compréhensible» le fait que les périodes au cours desquelles les papes souffrent de faiblesses physiques après de longs pontificats, soient «très sensibles pour l’Eglise. Toutefois, cet homme, adapté à la situation, reste crédible», a-t-il affirmé en parlant de Jean Paul II.

Une éventualité déjà évoquée

L’éventualité d’une démission du pape a été évoquée par Jean Paul II lui-même dans la Constitution apostolique «Universi Dominici Gregis», publiée en février 1996, dans laquelle il a introduit quelques changements dans la procédure des futurs conclaves. Le pape y fait référence au paragraphe 2 de l’article 332 du Code de droit canon de 1983, qui précise l’article 221 du Code de 1917. On peut y lire que «s’il arrive que le Pontife Romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu’elle soit dûment manifestée, mais non pas qu’elle soit acceptée par qui que ce soit».

La question de la renonciation par le pape à sa charge s’est posée juridiquement à partir de celle de Célestin V en 1294. La validité de cette renonciation avait par la suite suscité des doutes chez certains des cardinaux qui avaient élu son successeur Boniface VIII, et donné lieu à un approfondissement concernant les modalités de la proclamation de la renonciation.

Des précédents historiques

Avant Célestin V, certains papes s’étaient déjà retirés lors de circonstances historiques particulières. Mais elles manquent parfois de clarté. Ainsi, le pape Martin Ier, arrêté puis exilé en Grèce en 653 par l’empereur d’Orient de l’époque, aurait approuvé tacitement l’élection faite de son vivant d’un autre pape, Eugène Ier. Trois cents ans plus tard, en 964, le pape Benoît V, souvent présenté comme un antipape, était déposé par l’empereur Otton Ier, et acceptait la sentence, renonçant de ce fait au pontificat. On sait par ailleurs que le pape Jean XVIII est mort en 1009 à Rome comme simple moine de Saint-Paul-hors-les-Murs, que le pape Sylvestre III, expulsé par son rival Benoît IX en 1045, ne s’est plus occupé ensuite que de son diocèse, et que le même Benoît IX abdiqua quelques mois plus tard en faveur du pape Grégoire VI.

Enfin, après Célestin V, le pape Grégoire XII démissionna lors du Concile de Constance en 1415, et se retira comme simple cardinal-évêque. C’était l’époque du grand schisme d’Occident, et l’Eglise se trouvait alors en présence de trois papes. (apic/imed/ba)

11 janvier 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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