Sous l’égide et à l’invitation de Sant’Egidio: quelques accords
Rome: Le président du Togo et le chef de l’opposition se mettent à table
Rome, 22 juillet 2005 (Apic) La communauté Sant’Egidio travaille à la réconciliation au Togo. Le président du Togo, Faure Essozimna Gnassingbé, et le chef de l’opposition, président national de l’Union des Forces du Changement (UFC), Gilchrist Olympio, se sont rencontrés à Rome sous l’égide de la communauté, le 21 juillet 2005, indique communiqué de Sant’Egidio, publié vendredi à Rome. Les deux hommes se sont mis à table pour convenir de quelques accords.
A l’invitation de la Communauté de Sant’Egidio, les deux parties en présence se sont rencontrées à Rome pendant six heures, au siège de la communauté. Après «un tour d’horizon de la situation», peut-on lire dans le communiqué, le président togolais et le chef de l’UFC ont convenu «de condamner et d’arrêter la violence, d’où qu’elle vienne, de libérer les prisonniers d’opinion arrêtés en marge du processus électoral, d’appeler au retour des réfugiés (installés en majorité au Ghana et au Bénin, ndlr) et d’oeuvrer ensemble pour inviter la communauté internationale à en soutenir le retour».
Les deux parties ont aussi convenu de poursuivre leurs discussions sous les auspices de Sant’Egidio pour «parvenir à un accord politique sur les grandes lignes du processus de démocratisation du pays».
Gnassingbé et Olympio se sont entretenus une première fois en avril à Abuja (Nigeria) à la demande du président de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré. Selon des responsables de Sant’Egidio, les discussions de jeudi n’ont pas abordé les questions politiques comme la participation de l’UFC au gouvernement.
Le 25 février 2005, à la suite de pressions de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et de l’Union européenne, le président Etienne Gnassingbé Eyadema, très critiqué pour ses méthodes de répression envers ses opposants politiques se retirait, puis disparaissait, après 38 ans au pouvoir. Des élections présidentielles se sont tenues le 24 avril dernier, alors que l’intérim à la tête de l’Etat était assuré par le fils de Gnassingbé Eyadema, Faure Gnassingbé Eyadema soutenu par l’armée nationale. Ce dernier a remporté les élections avec 60,22 % des suffrages. Les différents partis se sont accusés de manipulation et de fraudes électorales.
Partialité française?
La France, très impliquée dans les événements du Togo (son ancienne colonie, ndlr), a pour sa part estimé que le scrutin s’est déroulé dans des conditions acceptables. La Commission européenne, malgré un rapport confidentiel accréditant l’existence de fraudes massives de la part du pouvoir, a pris acte de l’élection de Faure Gnassingbe. Quant au Parlement européen, il a voté une résolution de non-reconnaissance de Faure Gnassigbé comme président élu du Togo
Le dernier rapport d’Amnesty International sur le Togo, publié le 20 juillet dernier, confirme que des exactions et des violences contre l’opposition ont été commises par l’exécutif togolais avant et après les élections présidentielles. Le rapport s’appuie sur des témoignages de quelques-uns des 300’000 réfugiés togolais qui ont trouvé asile au Ghana et au Bénin à la suite des élections. La Ligue togolaise de défense des droits de l’homme estime à 800 le nombre de victimes du pouvoir à la suite des élections.
La responsabilité de la France est également mise en exergue par Amnesty International. L’hexagone apporte son soutien technique dans le cadre d’un accord de coopération militaire avec le Togo.
Nombreuses actions
Ces derniers mois, la communauté de Sant’Egidio a multiplié les actions diplomatiques en faveur de la paix en Afrique. Le 13 mai 2005, la communauté avait réuni les deux mouvements armés d’opposition au gouvernement soudanais afin qu’ils reprennent les négociations avec Abuja, interrompues en décembre 2004.
Le 31 mars, toujours sous la houlette de Sant’Egidio, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) avaient rencontré à Rome le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et signé une déclaration pour cesser la lutte armée et condamner le génocide commis au Rwanda.
La communauté de Sant’Egidio est parfois qualifiée de «diplomatie parallèle» du Saint-Siège. Cette association laïque et internationale, reconnue par le Vatican en 1986, regroupe officiellement environ 40’000 membres en Italie et dans 60 pays. Au plan international, la communauté s’est illustrée par ses actions en faveur de la paix. Sant’Egidio a ainsi conduit des actions de médiations au Guatemala, au Mozambique, en Algérie, en Côte d’Ivoire.
Sant’Egidio est également présente, en particulier par le biais de l’aumônier de la communauté, le père Matteo Zuppi, sur les dossiers soudanais et burundais. Lors d’un colloque consacré à l’Afrique sub- saharienne à Rome, en avril 2004, Mario Giro, coordinateur de l’activité internationale de Sant’Egidio, avait indiqué que sa communauté cherchait à réengager les Etats dans des processus de paix et à «transformer l’homme de guerre en homme politique». (apic/imedia/hy/pr)



