Un pape controversé même par l’Eglise

Rome: Le rabbin Cohen évoque les silences de Pie XII et s’oppose à sa béatification

Rome, 7 octobre 2008 (Apic) Le grand rabbin d’Haïfa, Shear-Yashuv Cohen, premier juif invité à parler lors d’un synode d’évêques au Vatican, dans la soirée du 6 octobre 2008, a évoqué devant Benoît XVI et les évêques «le silence» de certains «grands leaders religieux» face à l’Holocauste. Après son intervention, il s’est confié à la presse et s’est opposé à la béatification de Pie XII (1939-1958), le pape de la Seconde Guerre mondiale mort il y a 50 ans.

Dans la grande salle du Synode, au Vatican, le rabbin Shear-Yashuv Cohen a dénoncé les récents propos anti-israéliens du président iranien Mahmoud Ahmadinejad à la tribune des Nations unies, estimant que ces «accusations fausses et malveillantes, les menaces et l’incitation à l’antisémitisme», rappelaient «le souvenir douloureux de la tragédie de notre peuple, les victimes de l’Holocauste». Puis, sortant du texte préparé pour l’occasion, le rabbin a affirmé ne pas pouvoir «oublier le fait triste et douloureux que de nombreuses personnes, y compris de grands leaders religieux, n’aient pas élevé la voix pour sauver nos frères mais qu’ils aient choisi de garder le silence et d’aider secrètement».

«Nous ne pouvons pas pardonner et oublier cela». «J’espère que vous comprenez notre peine, notre chagrin concernant le passé immédiat en Europe», a encore affirmé le responsable juif. Un peu plus tôt dans son intervention, il avait fait état d’une «histoire longue, difficile et douloureuse» des relations entre juifs et catholiques, «une histoire faite de sang et de larmes». Il avait également jugée «vraiment significative» son invitation à parler au Vatican en y voyant un «signal d’espoir» et un «message d’amour, de coexistence et de paix pour les générations à venir»

Interrogé à sa sortie de la salle du Synode, le rabbin Cohen a indiqué qu’il ne souhaitait «offenser personne» par ses propos, mais que Pie XII «ne devrait pas être béatifié ou montré en exemple à cause de son échec à nous sauver, à élever la voix, même s’il a essayé d’aider secrètement» les juifs durant la Seconde Guerre mondiale. «Peut-être a-t-il eu peur ou n’a-t-il pas parlé pour des raisons uniquement connues de lui», a encore expliqué le rabbin d’Haïfa avant de confier : «Cela, nous ne pouvons pas l’oublier».

Le 18 septembre dernier, pour la première fois avec autant de clarté, Benoît XVI avait justifié l’action «secrète et silencieuse» de Pie XII en faveur des juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

Le 9 octobre prochain, il célébrera au Vatican une messe solennelle à l’occasion du 50e anniversaire de la mort du pape qui fait l’objet de nombreuses controverses quant à son attitude face au nazisme, face à la déportation et à l’extermination des juifs.

Le Vatican a ouvert la cause de béatification de Pie XII en octobre 1967. En mai 2007, les membres de la Congrégation pour les causes des saints avaient voté à la majorité «les vertus héroïques» de Pie XII et Benoît XVI aurait dû signer le décret le rendant vénérable. Mais, en décembre 2007, ce dernier avait décidé de créer une commission spéciale pour étudier le dossier du procès. (apic/imedia/ami/js)

7 octobre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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